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Eglise du Saint-Sacrement à Liège - Page 52

  • Juger....ne pas juger: le piège de la miséricorde

     

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    Juger... ne pas juger...

     le piège de la miséricorde 

    Extrait de notre magazine trimestriel "Vérité et Espérance/ Pâque Nouvelle"

    (n° 93, Noël 2014)  

    301659432.jpgDans les esprits les mieux disposés, une grave confusion règne depuis longtemps à propos de la faculté de juger. Combien de fois n’avons-nous pas entendu un plus ou moins sentencieux : “Tu ne peux pas juger !”, trancher d’autorité toute discussion autour d’un constat évident voire d’une simple appréciation. On pourrait rétorquer : “En m’accusant de juger, tu portes à ton tour un jugement sur moi ; pourquoi fais-tu toi-même ce que tu m’interdis ?” On voit ainsi que notre vie quotidienne est faite d’un nombre incalculable de ces actions de l’intelligence qu’on appelle jugements : choisir ses mots avant de parler, critiquer un livre, acheter cet objet ou pas, prendre ce chemin ou un autre... On comprend que l’interdit de juger mentionné plus haut se confond dans le sens commun avec un interdit de condamner, mais cette acception est déjà un abus de sens, car juger c’est d’abord peser, estimer, jauger et pas forcément condamner, sachant que tout jugement peut déboucher aussi sur un acquittement et une libération.

    Cette confusion – qui crée un grave obscurcissement de la pensée - est due pour une grande part aux diverses définitions du mot jugement. En effet, ce même mot recouvre en français (et dans la plupart des langues européennes) plusieurs sens différents et complémentaires qu’il convient de départir pour mieux les comprendre et circonscrire leur champ d’application. 

    Le jugement est à la fois une faculté (le pouvoir de l’entendement et du goût), un acte (un processus de décision) et le résultat d’un acte de décision (une proposition, une sentence). Or, ces activités ne sont désignées que par un seul mot : juger. Quand le philosophe Emmanuel Kant (1724-1804) disserte sur la faculté de juger, il n’entend pas donner des leçons aux juges d’instruction, mais décrire comment la réalité se présente à l’intelligence au moyen de l’observation et des mots. René Descartes (1596-1650) distinguait, quant à lui, la puissance de connaître (l’intelligence) et la puissance d’élire (la volonté), c’est-à-dire la capacité à porter librement des jugements sur ce que l’entendement permet de connaître. Ces questions philosophiques sont passionnantes et ont été largement traitées dans de savants ouvrages. Nous nous contenterons de présenter ici quelques exemples concrets qui vont éclairer la toute-puissance despotique du “Tu ne peux pas juger”. 

    Jugement de fait

    Dire : “La voiture de mon voisin est rouge” est déjà un jugement, précisément un jugement de fait. Que la voiture soit rouge, nul ne peut le nier ; on pourra ergoter sur la variété de rouge (plus ou moins clair), mais la couleur rouge est aussi indiscutable que le ciel est bleu et l’herbe verte. Le jugement de fait est nécessairement vrai ou faux (il serait faux de dire que la voiture rouge est jaune), il est neutre et objectif. Ceci semble évident, mais, expérience faite, peut-on encore exprimer les jugements de fait suivants (dûment comptabilisés) sans s’attirer les foudres des censeurs : “Il y a environ 60 % de musulmans dans les prisons françaises”... ou bien “Il y a une majorité de joueurs noirs et arabes dans l’équipe nationale de football”. Devant ces faits, visibles et indiscutables, les censeurs, pour disqualifier le simple jugement de fait et couper court à toute discussion, vont immédiatement glisser du jugement de fait au jugement de valeur (“vous n’aimez pas les musulmans”) et de celui-ci au jugement judiciaire et à la condamnation sans procès. On passe arbitrairement du vrai/faux (jugement de fait) au bien/mal (jugement de valeur ou jugement moral) pour en arriver à la négation du réel, à la paralysie de l’intelligence, à l’inaction, voire à la complicité passive avec le mal.

    Jugement de goût

    “Je n’aime pas le rouge, je préfère le gris”, est un jugement de goût, comme “je déteste les chicons au gratin” ou “la musique de Mozart est quelquefois frivole”. Les goûts et les couleurs sont – quoi qu’on en dise – les choses les plus discutées... même si trouver Shakespeare pompier et détester Picasso peut valoir des haussements d’épaules ou des sourires apitoyés, sachant toutefois que les goûts peuvent évoluer avec le temps et l’expérience. L’impératif “Tu ne peux pas juger” devrait échapper en principe au domaine du goût, des modes et des arts, qui sont les domaines de la liberté et de la création, mais ce n’est pas si simple ; il y a un totalitarisme qui s’exerce également dans le domaine des “goûts et des couleurs”. Par exemple, manifester son dégoût personnel pour les excès scatologiques et blasphématoires de l’art contemporain, c’est prendre le risque de la marginalisation, de la ringardisation, de la violence peut-être, car c’est une certaine conception de l’homme qui entre en jeu, une certaine conception des valeurs qui mobilisent les pensées et les actes. Transition parfaite pour aborder les jugements de valeurs. 

    Jugement de valeur

    C’est le moment de citer Blaise Pascal : “Tout le monde fait le dieu en jugeant : cela est bon ou mauvais.” On oublie (commente l’historien Marc Bloch) qu’un jugement de valeur n’a de raison d’être que comme la préparation d’un acte et de sens seulement par rapport à un système de références morales, délibérément accepté.[1] Le jugement de valeur est comme le GPS de l’automobiliste : on l’allume pour se laisser guider. Le jugement de valeur ou jugement moral permet de discerner le bien du mal, le bon du mauvais en vue d’une action précise ; en ce sens il est non seulement permis mais exigé par la dignité humaine.

    C’est ici que les choses se compliquent en raison de la diversité des critères moraux ; par exemple, pour le chrétien, l’avortement est un homicide, pour certains il est un droit ; selon la Bible, l’homosexualité est une “abomination”[2], pour d’autres elle est légitime et normale ; pour une grande majorité de personnes, le mariage est l’union d’un homme et d’une femme et non l’appariement d’êtres vivants indifférenciés, etc. Dans une vision non chrétienne, le jugement moral est dépourvu de toute validité objective (les Commandements de Dieu, la loi d’amour des Evangiles), il est subjectif (“à chacun sa vérité”), fluctuant (au gré des majorités parlementaires ou de l’esprit du temps) et déconnecté de toute référence transcendante, il s’exerce dans une totale relativité, ce qui ouvre évidemment la porte à l’hypocrisie, à l’illusion, à l’aveuglement. Comme l’écrit avec humour La Rochefoucauld dans ses Maximes : “Tout le monde se plaint de sa mémoire ; personne ne se plaint de son jugement”. Or, tout jugement fondé sur l’opinion est fondé sur le sable et non sur le roc. Plus largement, si les règles du droit s’appuient sur le sable et non sur le stable, c’est toute la société qui vacille. Et l’écroulement menace.

    Jugement sentenciel

    Justice.jpgQuant au jugement judiciaire ou “sentenciel”, il est réservé au juge terrestre et au Juge suprême. Dans la Bible, 90 % des références au jugement concernent Dieu lui-même, qu’il s’agisse du Jugement Dernier ou du jugement personnel qui suit la mort. “L’Eternel se présente pour plaider. Il est debout pour juger les peuples” (Is 3, 13) ou encore : “Ils rendront compte à Celui qui est prêt à juger les vivants et les morts” (1 P 4, 5). 

    En résumé, et pour faire simple, sous le seul terme de jugement, nous pouvons distinguer le constat, le goût, le discernement et la sentence. Toute la perfidie de l’interdit de juger vise à brouiller cette distinction essentielle et à confondre tous les types de jugement en un seul : la condamnation. Le “Tu ne peux pas juger” est l’arme atomique qui dévaste tout. Parfois, se hasarder à constater une simple réalité qui dérange (jugement de fait), c’est risquer d’emblée la sentence fatale ; oser émettre un goût à l’encontre de l’opinion dominante, c’est déjà provoquer un jugement de valeur.

    Dire la vérité 

    Sommes-nous condamnés au silence ? Faut-il renoncer à constater la simple véracité desprocai_peint_001.jpg faits, fussent-ils dérangeants ? Faut-il éviter de discerner le bien du mal pour éviter de recevoir des coups de règles sur le bout des doigts de la part des professeurs de relativisme? Faut-il, pour notre survie sociale, louvoyer entre “peut-être” et “ça dépend”, au lieu que notre “oui” soit “oui” et notre “non” soit “non” ? Au risque de...

    Que disent les Saintes Ecritures ? Des évidences. Par exemple : “Rejetant le mensonge, dites la vérité chacun à son prochain” (Eph 4, 25) ; “Discernez ce qui est agréable au Seigneur et ne prenez aucune part aux œuvres stériles des ténèbres, mais plutôt réprouvez-les” (Eph 5, 10-11) ; “Voici ce que vous devez faire : jugez dans vos portes selon la vérité et en vue de la paix” (Za 8, 16).

    Nous sommes donc fermement invités à alimenter notre jugement moral à la Vérité du Christ pour ne pas tomber dans les pièges de l’amalgame, de l’irénisme, du simplisme : “La nourriture solide est pour les hommes faits, pour ceux dont le jugement est exercé par l’usage à discerner ce qui est bien et ce qui est mal” (He 5, 14). Voulons-nous cette nourriture solide? Ou préférons-nous le laitage des idées toutes faites?

    Ne pas juger...

    Et pourtant, il est écrit aussi : “Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés” (Mt 7, 1) ou “Pourquoi juges-tu ton frère ou toi pourquoi méprises-tu ton frère? Puisque nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Dieu” (Rom 4, 10) ou encore “Un seul est législateur et juge, c’est celui qui peut sauver et perdre ; mais toi, qui es-tu qui juges le prochain?” (Jc 4, 12), “On vous jugera du jugement dont vous jugez ; et l’on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez” (Mt 7, 2). Comment comprendre dès lors ces invitations catégoriques à ne pas juger, que les mieux intentionnés nous mettent en travers de la conscience pour nous empêcher d’exercer notre devoir de discerner le bien du mal et le vrai du faux?

    Juger...

    Si le jugement était réservé à Dieu seul, Jésus n’aurait pas recommandé la correction fraternelle comme règle de la communauté ; or cette correction ne peut s’exercer qu’après avoir constaté le mal, discerné dans la vérité, et jugé objectivement. Jésus demande de prendre entre quatre yeux le frère “qui vient à pécher” et de “lui faire des reproches seul à seul”, s’il n’écoute pas, qu’on le fasse dans un cercle plus élargi et ainsi de suite jusqu’à la sentence finale et légitime, quitte à ce qu’il soit considéré “comme le païen et le collecteur d’impôt” (Mt 18 15-18). Ce langage est rude, qui peut l’entendre? C’est pourtant la Parole de Dieu. Comme le souligne le pape Benoît XVI, ce que le Maître nous enseigne, c’est de ne pas nous prendre pour Dieu en nous instituant juges du monde entier, mais il nous faut respecter aussi, en jugeant, le mystère de l’autre. Même lorsque la justice, pour maintenir l’ordre, doit juger, elle ne condamne pas la personne mais certains de ses actes en essayant de trouver la réponse adéquate ; nous devrions en tout cas respecter le mystère du non-dit dont Dieu seul est juge. Nous sommes invités à garder la juste mesure, à connaître les bonnes limites, à faire preuve du vrai respect envers l’autre. Jésus nous fournit une règle intérieure pour juger quand cela s’avère indispensable. Elle consiste à reconnaître sans cesse cette dernière instance :“On vous jugera du jugement dont vous jugez ; et l’on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez”.[3]

    Le jugement qui nous est interdit, c’est le jugement réservé à Dieu seul, qui sonde les reins et les cœurs et connaît tout de chacun, le meilleur comme le pire. Le jugement que nous devons exercer est celui du discernement et du bon choix. Dans la parabole de l’ivraie mêlée au bon grain par l’ennemi pendant la nuit (Mt 13, 24-30), les disciples savent distinguer l’ivraie du bon grain ; Jésus ne leur reproche pas d’avoir bien jugé de la nature différente des plantes pourtant si inextricablement mélangées dans le champ du monde par le diable. Jésus interdit seulement de procéder au seul jugement réservé à Dieu : séparer les bons des méchants, engranger le froment et brûler les plantes nocives : ceci ne nous appartient pas, car nous risquerions de nous tromper dans notre jugement et d’arracher le froment en même temps que l’ivraie. Laisser croître côte à côte le bien et le mal ne nous dispense pas de distinguer l’un de l’autre, c’est même notre impérieux devoir.

    Le piège de la fausse miséricorde

    On peut comprendre qu’au nom d’une miséricorde mal comprise voire hypocrite (“Qui suis-je pour juger?”), certains cœurs généreux veuillent à tout prix sauver l’ivraie du feu en l’emmêlant généreusement dans la gerbe de froment. Il faut le dire clairement : cette miséricorde-là est une forme de lâcheté doublée de fausse humilité. Car la miséricorde n’est pas une démission devant l’obstacle du mal ; elle n’est pas un aveuglement, mais une suprême lucidité ; lucidité sur soi-même (je suis aussi un pécheur) et lucidité sur le mystère d’autrui (fût-il celui d’iniquité). Comment faire miséricorde à celui dont on ne voit pas la faute, que cette cécité soit volontaire ou accidentelle? Comment pardonner de tout cœur à quelqu’un si l’on refuse de constater son péché, si l’on en minimise la gravité? Comment la miséricorde pourrait-elle s’exercer pleinement dans la confusion des valeurs ?

    topic (5).jpgQui plus est, la miséricorde n’est pas automatique : l’évangile nous enseigne que le pécheur n’obtient la miséricorde que s’il la demande, il ne reçoit le pardon que s’il le sollicite : “Si ton frère a commis une faute contre toi, fais-lui de vifs reproches, et, s’il se repent, pardonne-lui (Lc 17, 3-4). Pas de pardon possible sans repentir préalable du pécheur et pas de repentir valable sans résolution de changer de vie, “Va et désormais ne pèche plus”, demande Jésus à la femme adultère (Jn 8, 11). En exigeant que nous soyions miséricordieux, comme notre Père du ciel est miséricordieux (Lc 6, 36-38), Jésus ne nous demande pas de nous prendre pour Dieu (ce serait contradictoire avec l’interdit de juger son prochain), mais il exige humilité et lucidité, car on ne pardonne pas à l’aveuglette, mais en connaissance de cause, en l’occurrence après avoir distingué le bien du mal, c’est-à-dire après avoir procédé à un jugement de valeur, éclairé par l’amour et la vérité (ps 84, 11). L’amour qui pardonne n’a rien à voir avec la gentillesse ou une quelconque forme d’amabilité.

    Aimer, c’est aussi juger et punir

    D’ailleurs, n’avons-nous pas l’audace de dire au Père : “Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé”? C’est du donnant/donnant : tu pardonnes à ton frère et je te pardonne. Sinon, tu seras jugé sévèrement pour tes propres fautes. La miséricorde n’exclut pas le jugement, ceci est vrai “sur la terre comme au ciel”, sinon à quoi bon les sacrements (en particulier la confession : l’aveu et la contrition sont nécessairement précédés d’un discernement des fautes, d’un examen de conscience), à quoi bon le droit canonique et les tribunaux ecclésiastiques? Comme l’écrit justement Jean-Paul Schyns sur l’excellent blog www.belgicatho.be : “La miséricorde n’exclut pas le jugement (...) Au fond, juger et punir peuvent aussi être des actes d’amour. C’est toujours Dieu, source de toute justice et de toute miséricorde qui est seul juge : celui qui aura le “dernier mot”. Sa grâce n’exclut pas sa justice. Elle ne change pas le tort en droit. Ce n’est pas une éponge qui efface tout, de sorte que tout ce qui s’est fait sur la terre finisse par avoir toujours la même valeur...”

    Et, toujours sur le même blog, M.-O. Houziaux développe : “En Dieu seul se résoud l’apparente antinomie entre la sentence et la clémence, la justice et la miséricorde. L’Eglise a besoin de l’assistance de l’Esprit Saint pour être juste et miséricordieuse, mais elle n’a pas le droit de soutenir une thèse selon laquelle la miséricorde s’opposerait à la loi, sous peine de verser dans l’hérésie. Est-ce si difficile à dire dans une homélie? L’opposition, si fréquemment formulée, entre un Benoît XVI dogmatique et un François pastoral, est absurde et dangereuse : un pape ne peut être dogmatique sans être pastoral, ni pastoral sans s’appuyer sur le dogme”.

    En conclusion, tout jugement final est réservé à Dieu, et l’interdit de juger n’est recevable que s’il entretient la confusion entre l’ordre divin et l’ordre humain. En dehors de ce cadre, la faculté de juger est non seulement permise mais obligatoire pour, sous la motion du Saint Esprit, distinguer le bien du mal, discerner les esprits et conduire notre existence éphémère dans les pas de Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie.

                                                                                              Pierre René Mélon


    [1] Marc Bloch, Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien,1949, p. 81.

    [2] “Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme ; ce serait une abomination” (Lévitique 12, 22).

    [3] Benoît XVI, Voici quel est notre Dieu, Entretien avec Peter Seewald, Plon/Mame, 2001, pp. 202-203.

  • NOËL ANONYME DU QUINZIÈME SIÈCLE

    Extrait de notre magazine trimestriel "Vérité et Espérance/ Pâque Nouvelle"

    (n° 93, Noël 2014) 

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    CESTE NUICT TANT HEUREUSE

    I

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    Ceste nuict tant heureuse

    Et pleine de soulas

    Chose miraculeuse

    Est advenue en bas

    Car c'est chose certaine

    Qu'en ceste saincte nuict

    Est naquist de la Vierge

    Le Sauveur Jesus-Christ.

    II

    Ceste Vierge benigne

    Par son humilité

    A esté trouvee digne

    De la divinité

    Elle a esté esleue

    Pour nostre saulvement

    Et est demeuree Vierge

    Perpetuellement.

    III 

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    Les Saints Anges Celestes

    De Dieu sont envoyés

    Annoncer les nouvelles

    Aux pauvres desolés

    Disoient en leurs cantiques

    Gloire a Dieu exalté

    Et paix en terre aux hommes

    De bonne volonté. 

    IV

    Prenez resjouissance

    O pauvres pastoureaux

    Vivant en esperance

    Chantez Noëls nouveaux

    Allez voir vostre maistre

    Dans un petit hostel

    Ainsi a voulu naistre

    Le Doux Emmanuel.

    V 

    Nativite_Campin_Decembre_Bergers.jpg 

    Les pasteurs de Judee

    Gardoient leurs moutons

    Voyant la nuict si claire

    Tous estonnés estoient

    Se disoient l'ung a l'aultre

    Mon amy qu'est ceci ?

    Pour moy je croy sans doute

    Que c'est nostre desir.

    VI

    Voila une armonie

    Des anges glorieux

    Oncques jour de ma vie

    Je ne fus si joyeux

    Cela me resconforte

    Et me rend tout content

    D'ouyr chose si doulce

    Du Roy du Firmament. 

    VII

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    Allons donc je vous prie

    A Bethleem tout droit

    Ne craignons ni la pluie

    Ni le vent ni le froid

    Et la nos bergeries

    Laissons-les pasturer

    Toutes en la prairie

    Et l'allons adorer.

    VIII

    Trestons d'une alliance

    Faisons nostre devoir

    Portons-luy reverence

    Chascun a son pouvoir

    Avecques nos houlettes

    Aussi nos flageolets

    Solennisons la feste

    Du fils Dieu eternel.

    IX

    Hugo-Van-Der-Goes-The-Adoration-of-the-Shepherds-detail-13- (1).JPG

    Entrant dedans l'estable

    Ont vu une clarté

    Ung rayon de sa face

    Plus clair que le soleil

    A genoux se prosternent

    Adorant leur Seigneur

    Qui gisait en la creche

    Entre l'asne et le bœuf. 

    X

    Nous vous prions o Prince

    Prince sur toutes gens

    Prenez en gré l'humblesse

    De nos petits moyens

    Car pour vous faire offrande

    N'avons que nos jouetz

    Mais nos corps et nos ames

    Sont a vous s'il vous plaist.

    XI

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    Trois roys d'estranges terres

    Y vinrent promptement

    Sur de grands dromadaires

    Des pays d'Orient

    En chemin se rencontrent

    Par le vouloir de Dieu

    Et d'un accord s'assemblent

    Pour venir jusqu'au lieu. 

    XII

    Ils ont trouvé la Vierge

    Tenant son cher enfant

    Auquel ont fait hommage

    D'or de myrrhe et d'encens

    Luy prient par sa clemence

    Qu'ils leur doint retourner

    En leur pays estrange

    Et sans aucun danger.

    XIII

    Or prions donc Marie

    De cœur devotement

    Que pour nous elle prie

    Jesus son doux enfant

    Qu'il nous fasse la grace

    De si bien luy servir

    Que tout soyt a sa gloire

    Et nous doint Paradis.

     

    Amen.

      

                   Vieux Noëls                  

    La Roche-sur-Yon.   

     

  • Noël 2014: De l’archevêque de Malines-Bruxelles à la messe de minuit

    TEMOINS

     

    media_xll_6392425.jpg2014, peut-être le dernier Noël de Mgr Léonard comme archevêque de Malines-Bruxelles : la cathédrale des saints Michel et Gudule était archi-comble. Voici son message :

    « Il se passe toujours d’étonnantes merveilles la nuit et le jour de Noël. En lisant les chroniques de la Grande Guerre, j’ai lu, comme vous, comment, un soir de Noël, par-dessus les tranchées qui les séparaient, des combattants anglais et allemands ont alterné des chants de Noël et en sont venus à fraterniser entre eux. Car, ce soir-là, ils n’étaient plus des belligérants, mais des frères en humanité et, souvent, dans la même foi chrétienne. Le lendemain, hélas, les « ordres » reçus d’en-haut leur imposaient à nouveau de se tirer dessus au nom d’intérêts dits supérieurs. 

    Mais, pour quelques heures, ce fut un moment d’intense humanité au milieu d’un océan de barbarie collective. Pour un instant s’était vérifiée la prophétie d’Isaïe entendue à la messe de minuit : « Toutes les chaussures des soldats qui piétinaient bruyamment le sol, tous leurs manteaux couverts de sang, les voilà brûlés : le feu les a dévorés ! » (Is 9, 4).  Et cela simplement parce que « Oui ! Un enfant nous est né, un fils nous été donné ! » (Is9, 5). Tout nouveau-né soutire de ses parents des merveilles de générosité et de tendresse. Ah ! Les trésors d’amour et de patience qu’un nourrisson peut susciter même au milieu des bombes et de la violence !

     Il en va de même quand l’amour de Dieu fait homme est déposé dans une mangeoire pour animaux dans la nuit du premier Noël. Que de cœurs s’attendrissent devant une crèche ! Certes, beaucoup fêtent « Noël », c’est-à-dire la « naissance » de Jésus, sans même lui souhaiter « bon anniversaire » et sans même penser à le rejoindre dans l’Eucharistie et la communion, alors que, dans sa « mangeoire », l’Enfant-Jésus leur dit déjà, sans paroles : « Prenez et mangez, ceci est mon corps qui est livré pour toi ».

    Mais beaucoup se laissent attirer. Mes confrères et moi avons été impressionnés de constater qu’en plein milieu des « plaisirs d’hiver » (Winterpret) à Bruxelles, des milliers de personnes entrent dans l’église Sainte-Catherine sur le Vismet, pour regarder, visiter, mais aussi allumer un cierge, prier un instant devant le Saint-Sacrement, et même se confesser. Et cela se passe en bien d’autres lieux encore.

    Oui ! Ce n’est pas pour rien qu’en ce jour « la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes » (Tite 2, 11). Quand le Verbe éternel de Dieu se fait chair dans le temps et vient habiter parmi nous, plein de grâce et de vérité (cf. Jn 1, 14), cela touche le cœur humain et suscite des sursauts d’amour et d’oubli de soi. Je pense aux équipes qui, en ce jour, sillonnent les rues des grandes villes pour y offrir accueil, chaleur et douceurs de Noël aux personnes sans abri.  Je pense à la détenue qui, lors de mon premier Noël en prison, à Namur, m’a confié : « Moi aussi, je suis née à nouveau, en prison. Je suis entrée ici en odieuse criminelle. Mais, grâce à des visiteurs de prison, j’ai rencontré Jésus. Et, même si je dois demeurer enfermée ici jusqu’à la fin de ma vie – et je le mérite – je suis désormais une femme libre. Jésus m’a permis de renaître en prison ». Je garde aussi le souvenir ému d’un Noël à la prison d’Ittre. Au moment de la prière universelle, un détenu s’est exprimé ainsi : « Je devrais être heureux aujourd’hui. C’est le soir de Noël et demain je verrai ma famille. Mais je ne peux pas être pleinement heureux. Je pense aux gens qui, à Bruxelles, vont dormir dans la rue, sur un carton, dans le froid. Moi, je loge dans une cellule chauffée et je dispose d’un lit. Seigneur, je te prie de veiller sur eux ». Quelle splendide prière de Noël !

    Et, à titre tout à fait personnel, je te remercie, Jésus, pour ce jour de Noël 1946. J’avais 6 ans et demi. Ce fut ma toute première communion. Après la messe, au pied de la crèche, tu as obtenu de moi ce mot d’enfant, devenu ensuite l’idéal et la réalité de toute ma vie d’homme : « Jésus, pour toi je serai prêtre ! ». Merci, Seigneur, pour tout ce que tu obtiens de notre cœur à chacun. De mes frères détenus. Et même de moi, aussi. Surtout en ce jour de Noël !

    + ANDRÉ-JOSEPH LÉONARD,

  • Jeudi 25 décembre 2014, 10h et 11h15: messes de Noël en l'église du Saint-Sacrement à Liège

    EGLISE DU SAINT-SACREMENT

    Boulevard d’Avroy, 132 à Liège

     

    JEUDI 25 DECEMBRE 2014

    MESSES DU JOUR DE NOËL

     

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    Noël, c’est l’Enfant

    « Dans leur traduction grecque de l’Ancien Testament, les Pères de l’Église trouvaient une parole du prophète Isaïe, que Paul citait aussi, pour montrer que les voies nouvelles de Dieu étaient déjà annoncées dans l’Ancien Testament. On pouvait y lire: « Dieu a rendu brève sa Parole, il l’a abrégée » (cf. Is 10, 23; Rm 9, 28).  La Parole de la Sainte Écriture était devenue trop longue et complexe. Toute la Loi et les Prophètes ont ainsi été abrégés dans le double commandement de l’amour. La Parole incarnée a été raccourcie à la taille d’un petit enfant avant d’être réduite aux dimensions d’un morceau de Pain. D’où cette abréviation : le Créateur qui tient tout dans ses mains, dont nous dépendons tous, se fait petit et nécessiteux de l’amour humain. » (Extrait de Benoît XVI, homélie de la nativité 2006).

    Joyeux noël 2014, sainte et heureuse année du Seigneur 2015 !

      

    10h, célébration festive en latin (missel de 1962)

     

    Chants grégoriens, motets  traditionnels  et populaires (schola) 

    Orgue (Patrick Wilwerth, professeur au conservatoire de Verniers) 

    Propre grégorien de la Messe « Puer natus est » 

    Kyriale IX « Cum Jubilo » 

    Repons bref « Notum fecit Dominus salutare suum » 

    Conduit « Gaudens in Domino » en diaphonie 

    Carol « In dulci jubilo » (XVe siècle) 

    Hymne « Adeste fideles » (XIIIe siècle)

     

     

    11h15, célébration festive en français (missel de 1970)

     

    Chants grégoriens et traditionnels, violoncelle (Octavian  Morea) et orgue (Mutien-Omer Houziaux)

     

  • Une Reine rentre à la maison

    Mieux que les communiqués convenus des autorités civiles et religieuses, ce petit mot du chanoine Eric de Beukelaer, Curé-Doyen de Liège (rive gauche), dit les choses avec a-propos et sobriété sur son « minisite » :

    koningin-fabiola-en-pieter-de-crem-met-de-dood-bedreigd-id1873999-1000x800-n.jpg« Même si elle gardait un sourire chaleureux et ce sens de l’humour à toute épreuve – rappelons-nous la pomme qu’elle sortit de son sac en plein défilé de la fête nationale, pour défier la menace d’un attentat à l’arbalète  – la reine Fabiola vivait un exil intime depuis la mort de son cher Baudouin. Elle était le double solaire de ce timide, qui fut bien plus qu’un Roi pour son peuple . C’est à travers son cœur et ses yeux qu’elle avait épousé la Belgique. Depuis, si Fabiola poursuivait son œuvre – c’était dans l’ombre omniprésente du royal disparu.

    Ce soir, une Reine rentre à la maison. La maison du Père pour cette chrétienne fervente. Mais aussi la maison du cœur pour cette veuve qui n’avait jamais cessé d’aimer sa moitié invisible. Je me rappelle une visite à la crypte royale. Sur la tombe du roi Baudouin, une petite couronne de roses. Avec cette simple mention : « A l’homme de mon cœur ».

    Ref. Une Reine rentre à la maison

  • Le chant grégorien s’apprend aussi à Liège : programme 2014-2015

     

    Académie  de  Chant  grégorien à Liège

    Secrétariat : Jean-Paul Schyns,  Quai Churchill , 42/7  4020  Liège.E-mail : jpschyns@skynet.be Tél. 04.344.10.89  (depuis l’étranger : +32.4.344.10.89)Site :    http://www.gregorien.com 

    Le programme 2014-2015

     

    marcel-peres.jpg1.      CINQ WEEK-ENDS AVEC MARCEL PÉRÈS, DIRECTEUR DE L’ENSEMBLE ORGANUM ET DU CIRMA (Centre itinérant de recherche sur les musiques anciennes).

     A l’abbaye de la Paix-Notre-Dame, Bd d’Avroy, 54,  à Liège.

    Les deux premiers week-ends seront consacrés à l’œuvre d’Hildegarde von Bingen :

     du vendredi 12 (17h00) au dimanche 14 (18h00) décembre 2014 et du vendredi 23 (17h00) au dimanche 25 (18h00) janvier 2015.

     Les trois suivants constitueront un mini-cycle pour restituer les vêpres de l’office primitif de saint Lambert :

    du vendredi 12 (17h00) au dimanche 14 juin (18h00) juin 2015 ; du vendredi  4 (17h00) au dimanche 6 (18h00) septembre  2015 ; du  vendredi 18 (17h00) au dimanche 20 (18h00) septembre 2015.

    Ce dernier week-end se clôturera par le chant des vêpres restituées à l'église du Saint-Sacrement, dans le cadre d’une célébration liturgique organisée le 20 septembre (16h00) pour la Solennité de la fête de saint Lambert, patron de la ville et du diocèse de Liège.

    Le droit d’inscription (repas compris et collations compris) reste inchangé : 100 € par week-end (règlement sur place).

    Réduction de 10  % pour : ceux qui s’inscrivent à tout le moins aux trois week-ends consacrés aux vêpres primitives de la fête de saint Lambert ; les religieuses et les religieux ; les jeunes de moins de 33 ans.

    Des possibilités de logement à prix modique sont offertes à l’abbaye des Bénédictines et à l’hôtel des acteurs (proche de l’abbaye).

    Trente places sont ouvertes par week-end. Les inscriptions peuvent se faire dès à présent . Personnes de contact : Jean-Paul Schyns (académie de chant grégorien) : tel. 04.344.10. 89 (de l’étranger : +32.4.344.10.89) ou emailjpschyns@skynet.be ou Sœur Petra (abbaye des bénédictines de Liège) email : petra.osb@skynet.be . L’inscription est également possible en ligne sur le site web de l’académie http://www.gregorien.com

    stéphan Junker.jpg2.  CYCLE DE COURS D’INITIATION  AVEC STÉPHAN JUNKER, PROFESSEUR AU CONSERVATOIRE DE VERVIERS

      À l’église du Saint-Sacrement, Bd d’Avroy, 132, à Liège

    Deux samedis après-midi par mois, de fin novembre 2014 à mai 2015 (calendrier à préciser). Chant d’ensemble : 12  leçons (de 15h à 17h30). Travail individualisé de la voix (supplément facultatif) : 4 leçons (de 17h30 à 18h30). Journée grégorienne de clôture : le samedi  30 mai 2015 (concert à 16 h. et messe chantée à 18h ) avec le concours de la Schola Resupina  de Vienne (Autriche), direction : Isabell  Köstler. Le thème du cycle sera « le chant romano-franc  célèbre Charlemagne († 814). De la réforme carolingienne à l’ars nova. »

    Calendrier des cours: 

    Les samedis 29 novembre et 20 décembre 2014, 17 et 31 janvier,  janvier, 14 et 28 février, 21 et 28 mars, 25  avril, 2 et 16 mai 2015, de 15h à 17h30 ● Le  jeudi 28 mai 2015, de 19h30 à 21h30 : répétition générale  ● Le samedi 30 mai 2015, de 16h à 18h : concert et messe de clôture avec le concours de la Schola Resupina de Vienne

    Ces cours sont ouverts à tous, sans pré-requis, même si une expérience musicale est la bienvenue.

    La participation aux frais est fixée comme suit : 33 ans et plus : 105€ ∙  moins de 33 ans : 75€  ∙ réduction pour ceux qui ont déjà participé aux cours de l’académie : -15€  ∙ supplément pour inscription (facultative) à un travail individuel de la voix : 20€.  

    Les paiements sont reçus au compte IBAN: BE96 2100 6808 9305  BIC : GEBABEBB de l’Académie de Chant grégorien à Bruxelles, avec la mention  « cours Liège ». Le paiement d’un acompte de 20€ est requis (avant le 20 novembre 2014).

    Renseignements et inscriptions :

    ● S’adresser à Jean-Paul Schyns, Quai Churchill, 42/7 4020 Liège. Tél. 04.344.10.89 (en cas d’absence, tél portable 0498.33.46.94 de Ghislain Lahaye). E-mail : jpschyns@skynet.be

    ● Informations générales et inscriptions en ligne sur le site de l’académie :http://www.gregorien.com

     Office de saint Lambert ( Extrait: Preciosus Landbertus, repons des matines) par l'Ensemble Psallentes (dir. H. Van den Abeele)

    Hildegarde von Bingen (Extrait:  Deus Enim) par l'Ensemble Psallentes (dir. H. Van den Abeele)

  • « Moyen orient et persécution religieuse » : plus que deux jours pour s’inscrire au lunch débat à l’ULg

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    Pour rappel, ce lunch débat avec Vanessa Matz et Pierre Piccinin da Prata, c'est le lundi 24 novembre à 18h, à l’Université de  Liège (Salle des professeurs, Bâtiment du Rectorat, Place du XX aout, 7, 1er étage) . Il faut s’inscrire le 20 novembre au plus tard : tel. 04.344.10.89 ou en ligne sur le site  http://www.ethiquesociale.org/

     

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  • Moyen-Orient et persécution religieuse

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    La cause des chrétiens d’Orient et des autres minorités nous concerne tous, au titre de la fraternité et au nom de la liberté. Le renoncement ou l’impuissance seraient intolérables devant cette tragédie quotidienne qui met en péril l’existence de communautés chrétiennes dans le monde musulman. Leur existence même est un  enjeu de civilisation commun pour l’Europe et pour l’Islam.

    Vanessa Matz est licenciée en droit de l’Ulg. Ancienne directrice politique du cdH, elle fut aussi sénatrice, de 2008 à 2014. Elle est aujourd’hui députée fédérale de Liège. Membre suppléant du député Georges Dallemagne à la commission des Relations Extérieures de la Chambre, elle se consacre notamment, avec celui-ci, au dossier des minorités du Proche-Orient .

    Historien et politologue, enseignant et reporter de guerre, spécialiste du monde arabo-musulman, Pierre Piccinin da Prata a couvert les terrains de toutes les révolutions du Printemps arabe. Avec l’envoyé spécial su quotidien italien La Stampa, Domenico Quirico, il a été, entre autres, retenu en otage, d’avril à septembre 2013, par les brigades islamistes al-Farouk.

    Par Vanessa Matz
    Députée de Liège au Parlement fédéral
      Programme
    Apéritif à 18h00
    Exposé suivi du lunch-débat de 18h15 à 20h30
    Pierre Piccinin da Prata
    Historien et politologue, enseignant et reporter de guerre, spécialiste du monde arabo-musulman

    La rencontre se tient a la salle des professeurs dans le bâtiment du Rectorat de l’Université de Liège, place du XX août, 7, 1er étage (accès par la grande entrée : parcours fléché).

    Participation aux frais : 10 € (à régler sur place); 2 € pour les étudiants
    Inscription nécessaire trois jours ouvrables à l’avance (19 novembre) :
    soit par téléphone : 04 344 10 89
    soit par email : info@ethiquesociale.org
    soit via le site internet : ethiquesociale.org
  • Une méditation de Toussaint par Benoît XVI…

    Nous célébrons aujourd'hui avec une grande joie la fête de Tous les Saints. 
    En visitant une pépinière botanique, on reste stupéfait devant la variété de plantes et de fleurs, et il nous vient spontanément à l'esprit la fantaisie du Créateur qui a fait de la terre un merveilleux jardin. 
    Un sentiment analogue "nous cueille" lorsque nous considérons le spectacle de la sainteté : le monde y apparaît comme un "jardin", où l'Esprit de Dieu a suscité avec une merveilleuse fantaisie une multitude de saints et saintes, de chaque âge et condition sociale, de chaque langue, chaque peuple et culture. Chacun est différent de l'autre, avec la singularité de sa personnalité humaine et de son charisme spirituel. Tous cependant portent imprimé le " sceau" de Jésus (cf Ap 7.3), c'est-à-dire l'empreinte de son amour, témoigné à travers la Croix. 

    1ernovembre_lbs.jpgIls sont tous dans la joie, dans une fête sans fin, mais, comme Jésus, ce but, ils l'ont atteint en passant à travers les difficultés et l'épreuve (cf Ap 7.14), chacun affrontant sa part de sacrifice pour participer à la gloire de la Résurrection. 

    La solennité de la Toussaint est venu pour affirmer au cours du premier millénaire chrétien la célébration collective des martyres. Déjà en 609, à Rome, le Pape Boniface IV avait consacré le Panthéon, le dédiant à la Vierge Marie et à tous les Martyres. 
    Ce martyre, par ailleurs, nous pouvons l'entendre au sens large, c'est-à-dire comme amour pour le Christ sans réserves, amour qui s'exprime dans le don total de soi à Dieu et à ses frères. Ce but spirituel, auquel tous les baptisés sont appelés, se rejoint en suivant la voie des "béatitudes" évangéliques, que la liturgie nous indique dans la solennité de ce jour (cf Mt 5,1-12a). 

    C'est la voie même tracée par Jésus et que les saints et les saintes se sont efforcés de parcourir, bien que conscients de leurs limites humaines. Dans leur existence terrestre, en effet, ils ont été pauvres en esprit, peinés pour les péchés, indulgents, affamés et désireux de justice, miséricordieux, purs de coeur, artisans de paix, persécutés pour la justice. Et Dieu les a fait participer à sa félicité : ils l'ont goûtée dans ce monde et, dans l'au-delà, ils en jouissent dans la plénitude. Ils sont maintenant consolés, héritiers de la terre, rassasiés, pardonnés, ils voient Dieu dont ils sont les enfants. En un mot : "en eux est le Règne des Cieux"(cf Mt 5,3.10). 
    En ce jour, nous sentons se raviver en nous l'attraction vers le Ciel, qui nous pousse à hâter le pas de notre pèlerinage terrestre. Nous sentons s'allumer dans nos coeurs le désir de nous unir pour toujours à la famille des saints, dont nous avons maintenant déjà la grâce de faire partie. Comme le dit un célèbre chant spiritual : "Lorsque viendra la troupe de tes saints, oh comme je voudrais, Seigneur, être parmi eux ! ".

    Puisse cette belle aspiration brûler en tous les chrétiens, et les aider à dépasser chaque difficulté, chaque peur, chaque tribulation! 
    Mettons, chers amis, notre main dans la main maternelle de Marie, Reine de tous les Saints, et laissons nous mener par Elle vers la patrie céleste, en compagnie des esprits bienheureux " de chaque nation, chaque peuple et chaque langue" (Ap 7.9). 
    Et unissons déjà dans la prière le souvenir de nos chers défunts que demain nous commémorerons

    source: une méditation de Toussaint (site web Benoît et moi)

  • Le Père Zanotti-Sorkine répond aux questions de La Libre

    Témoins

    Interview du Père Zanotti-Sorkine

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    Par Dorian de Meeûs

     

    Sur le site de la Libre.be :

    Il y a dix ans à Marseille, en haut de La Canebière, l’église Saint Vincent de Paul, dite "des Réformés", était menacée de fermeture, car très peu fréquentée. L’évêque tente une dernière chance et en confie la charge au père Michel-Marie Zanotti-Sorkine (55 ans). Rapidement, dans ce quartier où les catholiques sont minoritaires, l’église est archi-pleine tous les dimanches. Plus de 1.000 baptêmes seront célébrés en dix ans dont 262 baptêmes d’adultes au cours des fêtes pascales. Depuis plusieurs semaines, trois prêtres de la Fraternité des Saints Apôtres – inspirée par le Père Zanotti-Sorkine - sont installés à l’Eglise Sainte-Catherine de Bruxelles.

    Entretien avec un prêtre médiatisé, voire encombrant pour certains...

    Vous êtes un ancien chanteur de cabaret. Comment s’est faite cette transition ?

    Tout naturellement. Je portais en moi depuis l'enfance le désir de la prêtrise, mais avec la volonté de rejoindre ceux qui étaient éloignés de la foi. Pendant une dizaine d'années, j'ai chanté tous les soirs de cabarets en pianos-bars la poésie française, j'ai vu les amours se faire et se défaire, la misère morale mais aussi la beauté intrinsèque de l'homme cachée dans des lieux d'enfer. Ce furent des années magnifiques où le Christ m'apprit que chaque être, quels que soient ses choix, son histoire, ses déviances, reste son enfant et continue mystérieusement d'être habité par son amour.

    Pourquoi avez-vous abandonné l’ordre des Dominicains, puis celui des Franciscains ?

    Je n'ai rien à reprocher à ces deux familles religieuses. Je les ai quittées pour des raisons diverses. Permettez-moi de penser qu'il me fallait en partir. Personne ne maitrise le cours de sa propre existence. Sans doute était-ce nécessaire que j'exprime d'une manière plus personnelle ce que je portais en moi d'idéal apostolique. Quelle est votre recette pour attirer les fidèles à la messe ? Les églises se rempliront si elles ouvrent leurs portes douze heures par jour, afin que l'on y perçoive avec ses sens la présence du Christ et de sa mère, que le silence y soit respecté pour permettre à l'âme de rejoindre l'amour qui est Dieu, que la liturgie eucharistique ne soit ni plate ni insipide ni bavarde, qu'elle soit célébrée sans pompe excessive mais avec soin et beauté. Il faut que le prêtre soit présent dans son église plusieurs heures par jour, qu'il n'ait rien du fonctionnaire, qu'il reçoive sans rendez-vous, qu'il parcoure les rues de son quartier et de la ville, parlant avec les uns et les autres…

    Et en soutane, comme vous ?

    Si possible en soutane ou en clergyman pour donner une chance à ceux qui ne pratiquent pas de voir un prêtre, de le reconnaître et de lui parler. Le prêtre ne doit pas être un homme de structure, de plans, dans lesquels les personnes se doivent absolument d'entrer, que l'on sente en lui qu'il n'est qu'un intendant des mystères de Dieu, un gérant et non le propriétaire des richesses divines.

    Malgré votre succès pastoral et en librairie, vous êtes fortement critiqué au sein de l’Eglise. Jugé encombrant et trop médiatique, comment percevez-vous ces critiques ?

    Ces critiques viennent en effet de l'intérieur de l'Eglise et dans la plupart des cas, de personnes qui ne m'ont jamais rencontré et qui fondent leur jugement sur leur propre sensibilité religieuse ou à partir de "on-dit". Comment voulez-vous alors que je les considère ? Je les laisse courir. Ce qui m'intéresse, c'est la foule des petits et des humbles qui ont besoin de Dieu et qui eux ne vous jugent pas parce qu'ils ne sont jamais idéologiques.

    Votre site internet est très impressionnant. Vous comprenez que vos détracteurs dénoncent ce côté bling-bling ?

    Très franchement, je n'ai pas l'impression que mon site soit bling-bling ! Il contient tout au plus des centaines d'homélies et quelque articles de presse... mais dites-moi, puisque nous en sommes à cette question, le prêtre doit-il rester dans son coin, effacé, couleur gris muraille, loin de la modernité, adepte du minima dans tout ce qu'il propose ? Je ne le crois pas. Nous sommes les représentants d'un Christ solaire et rayonnant qui, avant de monter sur la croix, a été suivi par des milliers de personnes à qui il a adressé sa parole de feu ! Et nous devons l'imiter... avant l'incontournable croix !

    Il est de notoriété publique que vos relations avec votre archevêque, Mgr Pontier, étaient mauvaises. Est-ce là la raison de votre départ de Marseille ?

    Rien de plus faux. Mes relations avec Mgr Pontier sont excellentes. Je dois notamment à Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef au journal de La Croix, d'avoir insinué dans un de ses articles que je n’obéissais pas à mon évêque ! Cette dame que j’entends cependant respecter, elle non plus, ne m'a jamais rencontré ! Je constate encore que c'est de "l'intérieur" que le mal s'accomplit et se répand, et c'est ainsi que les chrétiens se divisent et que l'évangélisation piétine. Mais là encore, je passe sous les aboiements qui ne gênent en rien l'œuvre de Dieu…

    Même en Belgique, l’ordination des 3 prêtres qui suivent votre courant est perçue par certains comme une mauvaise nouvelle. Envisagez-vous de venir vous installer en Belgique ?

    Je demande à tous ceux qui formulent des critiques à leur sujet d'avoir la bonté d'aller les rencontrer et de se rendre compte de ce qu'ils sont, et de ce qu'ils font. De passage à Bruxelles pour une journée la semaine dernière, je suis allé les visiter, et j'ai été émerveillé de voir à quel point ils étaient déjà insérés dans le tissu social de leur quartier et combien les commerçants les apprécient et les entourent d'une grande gentillesse. Par pitié, arrêtons de critiquer, de détruire, de juger gravement des personnes qui ont donné leur vie au Christ ! La Belgique est-elle si riche en vocations pour ne pas se réjouir de l'arrivée de ces jeunes frères qui ont pour idéal de vie de rejoindre ceux qui se sont éloignés, ceux qui, bien que baptisés, ne pratiquent plus ? Un prêtre de plus dans une ville, ça vaut de l'or ! Alors plusieurs, quel don ! Réjouissons-nous ! Et surtout ne jugeons pas sur l'apparence, sur leur soutane, sur leur liturgie qui n'est rien d'autre que catholique ! L’amour de la différence si souvent prôné par les uns et les autres doit aussi se manifester au sein même de l'église où toutes les sensibilités sont les bienvenues.

    A vos yeux, un prêtre doit-il aujourd’hui être médiatique et visible, à l’instar des évangélistes américains ?

    Uniquement ceux qui doivent l'être. Le but n'est pas d'être médiatique mais de travailler ardemment jusqu'à susciter l’intérêt du grand nombre et son questionnement. "Allez de toutes les nations, faites des disciples !" Quant à être visible, c'est vital ! Un prêtre doit être reconnaissable. Le dernier des athées doit pouvoir lui cracher dessus ou lui parler. Il n'est pas l'homme d'un sérail, de sa petite chapelle, fut-elle ardente et sympathique.

    Vous dénoncez les artistes qui s’attaquent au Christ et vous appelez les chrétiens à s’indigner face à cela. Les religions ne doivent-elles pas accepter les critiques, comme elles dénoncent parfois elles-mêmes certains comportements humains ou évolutions sociétales ?

    Vous faites sans doute allusion au spectacle de Monsieur Castellucci qui eut lieu à Paris au Châtelet il y a quelques années et où l'un des protagonistes jetait des excréments sur le visage du Christ ! Tout en sauvegardant une saine liberté d'expression, je ne crois pas qu'il soit bon de rire de tout ou encore de porter atteinte à certaines réalités qui, pour des êtres, sont sacrées. Et il est bon que de temps en temps, instinctivement, le sang monte au visage face à l'insulte. A l'heure la plus tragique de l’expansion du SIDA dans les années 80, je me souviens qu'un mot d'ordre avait été donné : il était alors interdit de se moquer de ce fléau et des personnes atteintes. Je partage ce point de vue. Il y a des réalités intouchables : la souffrance des êtres, et les croyances les plus sacrées. Quant aux artistes, qu'ils écoutent encore ce que François Mauriac disaient d'eux : « l'artiste est celui qui sauve le monde de la douleur en lui donnant les formes les plus belles de l’amour. »

    Le pape François appelle les prêtres à éviter de faire "comme on a toujours fait", c’est pourtant ce que vous faites en restant très traditionnaliste, non ?

    Pourquoi me rangez-vous dans une catégorie ? Je suis un homme et un ami du Christ et cela suffit. Depuis deux mille ans, les prêtres célèbrent l'eucharistie et accordent le pardon de Dieu, depuis deux mille ans, ils cherchent à aimer avec démesure tous les êtres qu'ils rencontrent, à commencer par les plus abjects, depuis deux mille ans, ils tiennent à ne juger personne, depuis deux mille ans, ils cherchent des voies nouvelles pour annoncer l'évangile, et à ce sujet, je fais ce que je peux avec mes livres et mes chansons. Le drame c'est que si vous sortez des sentiers battus comme je le fais là, on vous accuse de mettre le système en péril, de sortir de l'institution, de ne plus faire corps avec l'establishment, d'exprimer librement ce que vous portez en vous. Et si vous êtes complètement « dedans », on vous accuse d'être ringard ! Il faudrait tout de même se mettre d'accord ! Et par rapport au pape ? Je reçois la pensée du pape comme une invitation à sortir de nos plans pastoraux souvent dépassés. Regardez par exemple, pour le baptême : tout le monde est obligé de faire deux à trois ans de préparation pour le recevoir, alors qu'il faudrait faire du sur-mesure, en tenant compte de ce que sont les personnes ! Nous absolutisons les moyens. Sur ce point, le pape François, lorsqu'il était archevêque de Buenos Aires, avait réglé la question en simplifiant au maximum la procédure ! En ce sens, il faut entrer dans des perspectives nouvelles et abandonner nos systèmes étroits et caducs.

    Quelles sont vos relations avec les musulmans ? Est-ce vrai que vous avez baptisé des musulmans ?

    J'ai trouvé chez mes frères musulmans que je croisais tous les jours dans les cafés et dans la rue une gentillesse et un accueil que je n'ai pas toujours trouvés dans le monde chrétien. Ils m'ont toujours respecté et considéré comme un serviteur de Dieu. L’amitié était au rendez-vous. Et, en effet, j'ai baptisé plusieurs d'entre eux tout simplement parce qu'ils désiraient être immergés dans sa grâce !

    Entretien : Dorian de Meeûs"