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19/10/2017

Deux, trois pas au Livre de Job

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"Vir erat in terra Hus, nomine Job: simplex et rectus, ac timens Deum: quem Satan petiit, ut tentaret: et data est ei potestas a Domino in facultates et in carnem ejus...

"Il y avait, au pays de Hus, un homme appelé Job, simple, droit et craignant Dieu. Satan demanda de le mettre à l'épreuve et reçut du Seigneur pouvoir  sur ses biens et  sur son corps..."

Job, 1 (offertoire du 21e dimanche après la Pentecôte)

 

job 007.jpg

Il était un homme, appelé Job...

 

Un homme simple et droit,

qui vénérait Dieu

et veillait à garder ses enfants en son amour.

~

Job était entouré d’estime

et comblé de biens.

~

Il n’est pas entouré d’estime

et comblé de biens

parce qu’il vénère Dieu.

 

Il ne vénère pas Dieu

parce qu’il est entouré d’estime

et comblé de biens.

 

Simplement Job est Job

et Dieu, Dieu.

~

Là,

ni « parce que », ni « pour que ».

Simplement Job est Job

et Dieu, Dieu.

C’est tout.

 

C’est Tout.

Il ne faut pas chercher plus loin.

~

Dieu garde l’homme en bienveillante main ;

il « ne dort ni ne somnole » :

il veille.

 

« Regardez les oiseaux du ciel...

Regardez les lis des champs... »

Dieu pourvoit à tout

et au-delà.

 

Job le sait : Job est Job

et Dieu, Dieu.

~

Il ne faut pas chercher plus loin.

Job est un homme simple et droit.

Job vénère Dieu :

Il est Job ; Dieu est Dieu.

~

Dieu pourvoit.

A tout.

Pour rien.

Dieu est Dieu.

~

« Il fait lever son soleil

sur les bons, et sur les méchants ;

et sa pluie, il la prodigue

aux justes et aux injustes.»

 

Dieu est Dieu.

Il donne à chacun

comme il lui plaît.

Dieu donc comble Job ;

Job se tient simple sous le regard de Dieu.

Tout cela sans calcul.

 

Ainsi vont selon Dieu les choses.

En leur principe.

« In principio... »

~

Sous le regard de Dieu,

Job est auprès de Dieu.

 

A l’image du modèle...

mais de cela, il n’a point révélation

― bien plus tard viendra

la plénitude des temps ―

... à l’image du Verbe-modèle.

 

« Au principe, le Verbe était auprès de Dieu. »

~

La clé de l’Ecriture,

de toute l’Ecriture,

c’est le Verbe de Dieu.

 

Abraham, Isaac, Jacob, Joseph,

Job et les autres,

chacun à sa façon le préfigure.

 

Chaque trait de l’Ecriture

est touche de pinceau

où librement s’exprime

la liberté de l’homme.

 

Chaque trait, sa liberté ;

et le tableau pourtant,

les personnages,

les récits :

tout y aboutit au Verbe de Dieu.

~

Pleine vraiment est la liberté de l’homme.

Et voici : quelque usage qu’il en fasse,

jamais elle ne met en échec

le dessein de Dieu.

 

Par oui, par non,

c’est le dessein de Dieu qu’elle avantage,

toujours.

 

Moïse y concourt,

Pharaon y concourt.

 

La bourrasque se lève-t-elle contraire ?

vent debout cingle le vaisseau.

~

Avance donc, Satan, viens,

allez, viens

parmi les fils de Dieu,

toi qui te présentes devant le Seigneur

pour dénigrer son Juste.

Un jour, comme les fils de Dieu

venaient se présenter devant le Seigneur,

Satan aussi s’avança

parmi eux.

 

«  D’où viens-tu ?

― De parcourir la terre. »

~

« ... tel un lion rugissant

cherchant qui dévorer... »

précisera le bon saint Pierre.

 

Le Nouveau le dit

tout ainsi que l’Ancien.

C’est l’Ecriture.

Satan rôde, et jamais ne se lasse,

il rôde et il dévore.

~

Qui ne reçoit

humblement

l’avertissement

ne sait

ni le danger

ni le recours.

~

«  D’où viens-tu ?

― De parcourir la terre.

― As-tu remarqué mon serviteur Job ?

Il n’a point son pareil sur la terre :

un homme intègre et droit.

― Est-ce pour rien que Job vénère Dieu... »

Voilà le propos assassin !

C’est à bon droit qu’on te nomme le Menteur,

le Calomniateur,

toi qui ne vois que mal

là où il n’est que bien.

 

Parce que ton œil est ténèbres

tout ce que tu vois est ténèbres.

~

Et moi, hélas,

ne suis-je pas disciple complaisant

à ta détestable école,

qui tant de fois me prends

 à prêter à autrui

un noir penser,

que tu m’instilles ?

 

« Que si une action pouvait avoir cent visages,

il la faut regarder

en celui qui est le plus beau. »

C’est bien le Tentateur

qui réclame de nous passer au crible.

Il ne le peut toutefois

sans l’agrément de Dieu.

 

Dieu ne nous soumet pas à la tentation

Dieu ne nous fait nul mal.

Mais c’est de sa main,

de la main de Dieu,

de Dieu sans qui rien ne se peut,

que nous recevons

tentation et mal.

 

A la requête de l’Ennemi.

~

L’Ennemi frappe Job

encore, encore et encore.

 

Et Job dit :

« Le Seigneur a donné

le Seigneur a ôté :

comme il a plu au Seigneur

ainsi en a-t-il été fait :

que le nom du Seigneur soit béni ! »

 

L’Ennemi frappe Job

« peau pour peau »

encore, encore et encore.

 

Et Job dit :

« Si nous accueillons le bonheur

comme un don de Dieu,

comment

ne pas accueillir de même le malheur ? »

~

L’Ennemi frappe

mais Job ne s’y trompe pas.

C’est de la main du Seigneur

qu’il accueille le coup.

Et Job bénit le Seigneur.

Dieu accède à la requête de Satan,

de Satan qui plus tard,

à nouveau,

réclamera les Apôtres cette fois,

pour les « cribler comme du froment. »

 

Satan s’acharne

et de la fournaise qu’il embrase

coule, or pur,

l’amour de l’homme pour Dieu.

 

L’amour désintéressé.

 

Simplement

Job est Job

et Dieu, Dieu.

C’est tout.

L’amour désintéressé,

celui auquel aspire le cœur

vraiment épris,

celui qui fait fils de Dieu

à l’image du Verbe,

celui qui donne plénitude à l’homme,

par participation

au Sacrifice du Verbe fait homme

crucifié :

l’officine de Satan en est la forge,

la pierre de touche

et le creuset.

~

Satan met en œuvre la souffrance

et Dieu y produit son Saint.

En haute estime,

en grande confiance.

 

Il sait son cœur,

car il l’habite.

Le Seigneur sait le cœur de Job.

Dieu est Dieu :

il sonde reins et cœurs.

Job ne sait pas les voies du Seigneur

Job est Job :

il ne peut comprendre Dieu.

 

Il n’a qu’un recours,

s’en remettre au Seigneur.

En pleine confiance,

plein de nuit.

~

Dieu est Dieu,

et Job, Job.

~

Immense est sa nuit.

Et Job maudit le jour qui l’a vu naître.

Immense est sa nuit.

Elle est immense comme Dieu la fait.

~

Il n’en peut plus.

« Mon Dieu, mon Dieu,

pourquoi

m’avoir abandonné ? »

 

Job est à présent

en le Verbe enlevé.

 

En le Verbe élevé.

~

Immense est sa nuit,

immense son « pourquoi ? »

Immense apparaît

la fidélité de son cœur,

la fidélité

en l’Unique Recours :

« Mon Dieu, mon Dieu. »

Dieu est l’Unique.

 

« Seigneur, à qui irions nous ? »

 

Quelle que soit la détresse,

à lui le cri revient.

Il ne peut en être autrement :

Dieu est l’Unique,

il n’y a pas d’autrement.

 

La fidélité de Job

la voilà.

 

Elle n’est pas conditionnelle :

elle est.

 

Dieu est,

alors elle est.

A Dieu unique

réponse unique.

~

Pourquoi est-il dit

que les amis de Job

n’ont pas bien parlé de Dieu ?

― Leurs discours pourtant étaient sages ! ―

 

Pourquoi le courroux de Dieu

s’est-il enflammé

contre Eliphaz de Téman,

contre Bildad de Shuah,

contre Çophar de Naamat ?

 

Leurs discours n’étaient-ils point sages ?

 

Leurs discours

cherchaient à Dieu justification.

 

Folie.

Dieu est.

Jean-Baptiste Thibaux.

 Extrait de "Vérité et Espérance-Pâque Nouvelle" n° 104, automne 2017.

Editeur: sursumcorda@skynet.be

 

17/10/2017

Mgr Delville: Trésor de la foi et annonce missionnaire

 mag_104-page-001.jpgMonseigneur Jean-Pierre Delville, évêque de Liège,  a  fait devant les délégués des mouvements spirituels de son diocèse réunis à l’évêché une intéressante communication intitulée « Trésor de la foi et annonce missionnaire ». Il a bien voulu nous autoriser à en reproduire le texte, que voici : texte paru dans Vérité et Espérance-Pâque Nouvelle n° 104, automne 2017 (ce n° est disponible sur simple demande à sursumcorda@skynet.be)

 

VE PN 104 Trésor Foi et Mission . Kérygme web-jesus-sermont-mount-c2a9leemage.jpg

« Je vais d’abord voir les dimensions de la transmission du trésor de la foi à la lumière des suggestions du pape François dans Evangelii gaudium (EG). Puis je les illustrerai à travers l’histoire de notre région au cours des âges. Pour chaque époque, j’évoquerai la répercussion dans l’aujourd’hui de ce qui s’est vécu alors[1]. Enfin, je vais profiler des pistes pour activer la transmission de la foi dans notre Église locale, à la lumière des derniers documents du pape François et de nos expériences locales, afin de donner un avenir à nos mouvements, nos paroisses, notre foi, notre Église et notre monde[2].

  1. Les quatre caractéristiques de la transmission de la foi

 

Dès l’époque de Jésus, on voit que le message que Jésus transmet reçoit deux types de réactions opposées : l’adhésion ou le rejet. Il est accepté avec enthousiasme par les uns, qui y voient une source de vie et d’amour. Il est rejeté par les autres parce qu’il n’est ni évident ni immédiat et qu’il va à l’encontre de nos pulsions premières, liées à la survie, à la sécurité, à la possession… Sous certains aspects, l’Evangile est déjà à l’époque dérangeant. Sa transmission ne va pas de soi. C’est un aspect que l’on voit beaucoup réapparaître aujourd’hui : la foi dérange et est rejetée parce qu’elle est exigeante.

Selon l’évangéliste Matthieu, « Jésus proclamait la bonne nouvelle du Règne et guérissait toute maladie et toute infirmité parmi le peuple » (Mt 4,23). La transmission de la foi est donc constituée d’un message (un kérygme, une annonce) et d’un engagement salutaire (une éthique du salut).

  1. Dimension kérygmatique

Il s’agit de la première annonce, celle du cœur de la foi (EG 163), le kérygme : « Jésus-Christ est mort et ressuscité ». Le fait de cibler l’annonce de la foi sur la personne de Jésus est le cœur de l’annonce. Si Jésus annonce le royaume de Dieu, les disciples, après la Pentecôte, centrent la foi sur la personne même de Jésus. Ils partent dans les grandes villes de l’Empire romain. Ils témoignent de ce qu’ils ont vu. Ils centrent tout sur la personne du Christ, sa mort et sa résurrection. En Jésus, se révèle un Dieu de la non-violence, qui donne son sang plutôt que de demander qu’on se sacrifie et donne son sang pour lui. Jésus combat le mal par la prière. Il assume toute la souffrance humaine sur la croix, car il demande que le sang soit épargné. C’est tout le sens du mystère de Pâques, que nous venons de célébrer. Le rôle unificateur de saint Paul est à relever. La transmission se fait dans la plupart des cultures religieuses, ethniques, sociologiques et linguistiques de l’époque. Le pape insiste sur la nécessité de l’apprentissage du contexte biblique dans le cadre de l’école et à la catéchèse (EG 175). L’évangélisation demande la familiarité avec la Parole de Dieu et cela exige que les diocèses, les paroisses et tous les groupements catholiques proposent une étude sérieuse et persévérante de la Bible, en promouvant la lecture personnelle et communautaire.

  1. Dimension éthique ou salvifique

J’appelle catéchèse éthique celle qui ressort de l’engagement envers les pauvres et envers la paix, en ce qu’il éclaire notre vie, en plus de rendre service aux autres. Jésus guérit les gens malades ou pris par de mauvais esprits. Sa parole se fait engagement et salut. De même les premières communautés chrétiennes sont des lieux en décalage profond avec la société ambiante qui elle est caractérisée par la violence, l’esclavage, l’absence de morale publique, l’exploitation de l’homme par l’homme. Les communautés chrétiennes sont des lieux d’échanges, de partage, de soutien, d’amour mutuel. Elles sont des lieux de rencontres entre les juifs et les païens. La foi est transmise sociologiquement par ces communautés vivantes et dynamiques. Ces communautés sont persécutées car elles s’opposent au pouvoir des empereurs divinisés et sont réputées dangereuses pour l’autorité de l’état. Cela montre l’importance du salut que communique l’évangile, par la médiation de l’engagement des chrétiens.

  1. Dimension communautaire

Les premiers disciples sont très vite chargés de répercuter le message. Qu’on pense aux 72 disciples, qui reviennent de mission tout contents, en disant : « les démons nous sont soumis ». Ils ne sont pas des pédagogues ni même tous instruits. Ils transmettent ce qu’ils ont compris comme ils le peuvent, sans systématisation. De même, dans les communautés de l’Église primitive, l’amour mutuel des chrétiens est signe de foi.

  1. Dimension mystique ou mystagogique

Jésus se retire dans la montagne pour prier. De même il invite le chrétien à se retirer dans sa chambre pour prier dans le secret. Cela intrigue ses disciples, au point qu’ils lui demandent : « Apprends-nous à prier ». Jésus leur propose alors la prière du « Notre Père ». Cette prière est en quelque sorte le « credo » de Jésus, la prière de ralliement des chrétiens. L’initiation mystagogique, c’est le cheminement vers les mystères de la foi et vers la prière. Le mot « mystères » a un double sens : il signifie à la fois les sacrements et la dimension mystique de la foi.

 

  1. Les quatre évangélisations successives de nos régions

 

  1. La première évangélisation et sa dimension communautaire (4e siècle)

L’enrichissement mutuel de la foi et de la culture qui l’accueille entraine une diversité d’expression de la foi. Des différences et des nuances apparaissent. Les quatre évangiles sont les témoins de ces divergences : l’évangile de Luc est d’inspiration hellénistique, l’évangile de Marc est imprégné de culture romaine, celui de Matthieu, de culture juive et l’évangile de Jean, apparu beaucoup plus tard, tend à corriger certaines limites des trois précédents. Le défi alors posé est celui de la diversité. Il y a une vraisemblance que les églises Notre-Dame de la vallée de la Meuse remontent au 4e siècle et aient été fondée par les petites communautés chrétiennes urbaines. Cette première évangélisation a donc un côté communautaire. Nous découvrons aujourd’hui des tendances différentes dans l’Église. Chaque congrégation ou groupe a son charisme, mais aussi parmi les laïcs, on voit des gens plus de gauche ou de droite, des sensibles au spirituel ou au social.

  1. La seconde évangélisation (7e siècle) et sa racine mystique

Au 5e siècle, les invasions germaniques bouleversent la société romaine. Les Germains ont une culture sensiblement différente de la culture chrétienne et « latine » en vigueur dans l’Empire. Ils pratiquent le culte des objets de la nature (arbres, fontaines, pèlerinages, sacrifices, cours d’eau,…) et recourent à la magie et aux talismans. Cependant les Romains transmettent aux Germains les valeurs de la civilisation et leur foi chrétienne. Les deux cultures vont rapidement s’apprivoiser mutuellement, suite au baptême de Clovis, roi des Francs, une des plus importantes tribus germaniques. Le culte des reliques de saints chrétiens va être progressivement substitué à la religion de la nature des Germains et contribuer à leur évangélisation. Ainsi les Germains sacralisent la religion chrétienne par l’introduction d’un culte de substitution. Aujourd’hui, des formes de paganisme réapparaissent, avec des demandes d’exorcismes, des peurs, l’usage de talismans. D’autre part notre région est au cœur de la rencontre entre Germains et Romains, puisque les deux langues coexistent (germanique et française).

  1. La troisième évangélisation (13e siècle) et sa racine kérygmatique

Dès le 11e siècle Huy et Liège se développent comme villes. Il se fait une nouvelle évangélisation, portée par les ordres apostoliques comme les franciscains (à Huy dès 1234) et les dominicains ; les croisiers sont fondés officiellement à Clairlieu en 1248. Tous ces ordres s’adaptent à la culture des villes et contestent les richesses. Ils retournent aux sources de l’évangile et au Christ, à la lumière de l’expérience acquise par les croisés en Terre Sainte, d’où ils rapportent des reliques du Christ. Ils diffusent une catéchèse de base et portent une attention particulière à la mission : ainsi saint François d’Assise invente la crèche vivante. Les statuts du diocèse de Liège de 1288 demandent que les parents apprennent aux enfants le Notre Père, l’Ave Maria et le Credo. Le thomisme promeut un nouvel équilibre entre nature et foi. Tout cela, c’est la dimension kérygmatique. Des femmes y participent activement : Isabelle de Huy, béguine, aide sainte Julienne dans la promotion de la Fête-Dieu. Aujourd’hui le christianisme a gardé des traces de cette nouvelle évangélisation ces pratiques urbaines comme les processions, les confréries, les crèches, les hôpitaux, les écoles. Il s’inspire de la pensée de l’époque et de l’apport de saint Thomas d’Aquin.

  1. La quatrième évangélisation (19-20e siècle) : prépondérance de la dimension éthique

Dès la Réforme (16ème siècle), apparait avec force le rôle de l’individu et l’influence de l’éthique. On ne réfléchit plus d’abord en tant que membre d’une société ou d’une communauté mais en tant qu’individu. Parallèlement, en réaction à certains abus (vénération des reliques, diffusion payante d’indulgences,…), Luther impose un retour aux sources de la foi, les Écritures, en vue du salut de chacun. Mais ce recentrage se fait de manière assez intolérante avec une théologie du primat de la grâce sur la liberté, mais de facto, avec une accentuation sur la cohérence de l’agir chrétien. Kant accentuera le concept de liberté et la transcendance de l’éthique sur la métaphysique.

Au 19ème siècle, la Révolution industrielle suscite le capitalisme sauvage ; l’Église réagit par la fondation de la démocratie chrétienne, des syndicats chrétiens, des mutualités chrétiennes, de cercles catholiques, qui poussent à l’instauration de lois sociales, réglementant le travail et le salaire. Encore aujourd’hui cette législation et ces associations sont porteuses de dimensions évangéliques dans la société. Les « Cercles catholiques » locaux gardent la trace de cette action de l’Eglise pour la justice sociale. Ceci fait penser au développement sauvage de l’économie aujourd’hui et à la nécessité de nouvelles solidarités (cf. Populorum communio, 4.2)

Sa dimension kérygmatique

D’autre part le développement des sciences met en question la fondation de la foi sur la nature et la création, car la géologie montre que le cosmos existe depuis des milliards d’année, alors que jusque 1850 on situait la création en 4000 avant JC.  Ce changement de perspective incite à un approfondissement des rapports entre sciences et foi. Il suscite une nouvelle lecture de la Bible, à la lumière des genres littéraires qui y sont utilisés et à la lumière de sa dimension symbolique. L’approfondissement de la foi devient toujours plus actuel. Le développement des technologies aujourd’hui nous pousse à un nouvel examen du monde et de la répartition des connaissances et des biens (cf. Populorum communio, 4.1).

Sa dimension communautaire

Le Concile Vatican II revisite la place de l’Eglise dans la société, insiste sur le rôle de la catéchèse et sur l’incarnation de la foi dans la vie, il valorise le dialogue avec la société et avec d’autres courants spirituels. Il entraine une certaine désacralisation de la foi, la fin d’une prétention à connaître la vérité absolue et à avoir un monopole du spirituel. Le tournant de mai 68 accentue la coupure avec la tradition et les institutions. La participation des laïcs, la réforme liturgique, l’engagement social et le dialogue œcuménique ou interreligieux sont des conséquences du Concile, très actuelles aujourd’hui. La nécessité s’impose de rapprocher les peuples (cf. Populorum communio, 4.3).

Sa dimension mystique

Le 21ème siècle est caractérisé par une crise des institutions et par les tensions entre le communautarisme et l’individualisme : qu’on pense à la destruction des tours de New York le 11 septembre 2001. Nous sommes dans un monde hyper-connecté avec une pléthore d’informations qui nuit à la bonne communication et à la transmission des valeurs et de la foi. Elle engendre de nombreuses peurs. Si la foi ne s’appuie plus sur la nature, comment réagir à ces peurs ? On constate un besoin de paternité, d’amour, de modèles. Un retour du sacré, réel mais multiforme, ainsi qu’une rupture des traditions. Dans ce cadre pensons aux nouvelles initiatives chrétiennes chez nous. Apparaît la nécessité d’une gouvernance mondiale pour l’écologie (cf. Populorum communio, 4.4).

 

  1. Les pistes actuelles de la transmission de la foi

 

On pourrait dire qu’il y a deux types d’analyse de la situation actuelle de la foi : celle de la coupe à moitié pleine et celle de la coupe à moitié vide.

Coupe à moitié vide : on insiste alors sur la désaffection de la pratique dominicale ; sur la sécularisation des institutions ; sur l’évolution des législations (euthanasie) ; sur l’éloignement de la jeunesse ; sur le petit nombre de prêtres, de religieux et même de bénévoles ; sur les églises désertées et fermées. Dès lors, il faut une optique d’évangélisation à partir de zéro. En ce sens on voit que le catéchuménat des adultes se développe. Il y a aussi le Chemin néo-catéchuménal, qui fait vivre le cheminement du catéchuménat sur plusieurs années à des gens déjà baptisés.

Coupe à moitié pleine : en relève en ce sens que la moitié des enfants fréquentent les écoles libres catholiques et que 50% des enfants dans l’officiel suivent les cours de religion ; que plus de la moitié des syndiqués sont dans la CSC ; que, si les gens n’ont plus le rythme de la célébration hebdomadaire, néanmoins 60% des Belges se disent chrétiens, d’après une enquête récente. Les gens tiennent aux fêtes chrétiennes, spécialement à Noël, et aux manifestations folkloriques chrétiennes. Ils veulent un enterrement chrétien, et même une messe, alors qu’ils y vont peu durant leur vie. On rouspète si on abandonne une église, même si on n’y va jamais. Face à l’islam dans ses dérives fanatiques, on redécouvre le sens de la foi ; avec le pape François, beaucoup se reconnaissent chrétiens. Après dix minutes de conversation et un petit verre à la main, même un franc-maçon est fier de dire à l’oreille de l’évêque qu’il a été baptisé. En outre la mondialisation ajoute chez nous de nouveaux chrétiens, venus d’autres continents.

Face à tout cela, on est obligé de voir large. On ne peut pas se contenter de répéter ce qu’on a toujours fait ; on ne peut pas non plus faire comme si on ne partait de rien.

L’exhortation apostolique Evangelii Gaudium du pape François nous aide à voir des pistes d’action. Le pape François parle d’une Eglise en sortie : « Je préfère une Eglise accidentée, blessée, et sale pour être sortie sur la route à une Eglise malade pour sa fermeture et la commodité de s’attacher à ses sécurités ». Mieux vaut risquer ses talents que de les enterrer sous la terre. Sortir signifie un peu de confusion et renoncer à l’ordre

Jésus est frappé par les foules qui sont sans berger. Sans émotion, il n’y a pas de pastorale. Ni de mission. Donc volonté de se laisser porter par Jésus. Il faut avoir une volonté de sortir, en nous laissant toucher par l’émotion de Jésus. Il faut rencontrer les besoins de la foule et des nombreux blessés de la vie. Une Eglise en sortie est un peuple qui met du baume sur les blessures de la violence. Un peuple vit non à partir de lois, de valeurs et de préceptes, mais de sentiments de miséricorde, qui ne sont pas des émotions mais sagesse de vie. Les gens veulent vivre un sentiment religieux profond. On peut être tenté par un christianisme de repli dans une civilisation post-chrétienne, un christianisme composé de refuges comme des monastères bénédictins (« Benedict-option ») ; mais le pape François nous pousse à une « Street-option », un christianisme qui descend dans la rue et travaille à la mission globale au service du monde. Il s’agit d’enrichir les autres par les richesses que nous avons reçues.

  1. a) Catéchèse kérygmatique

Encore aujourd’hui il faut une catéchèse kérygmatique, qui cible l’essentiel de la foi. Je propose que l’on s’attelle à cette catéchèse de la première annonce et que chacun l’approfondisse en faisant un réapprentissage et une réappropriation du credo. C’est par une catéchèse kérygmatique que les protestants évangéliques ont recruté de nombreux chrétiens et comptent actuellement 600 millions d’adhérents dans le monde. Cela nous interroge sur notre capacité à annoncer la foi à ceux qui en sont loin. Le pape a créé le dimanche de la Parole de Dieu, dont la date est fixée en Belgique au premier dimanche d’avent. La Bible est en effet une grammaire de la vie et de ses mystères : l’amour, la mort, la souffrance, la créativité, la fécondité… Sans le langage biblique et la culture biblique, nous devenons des analphabètes de la vie.

  1. b) La catéchèse éthique

« Aujourd’hui et toujours, les pauvres sont les destinataires privilégiés de l’Évangile », écrit le pape (EG 48). La catéchèse doit passer par l’expérience du service des pauvres et l’engagement pour la paix. Ainsi la foi est confirmée par les œuvres et les œuvres éclairent la foi. Notre langage de paix et nos services aux personnes fragilisées sont la base de cette catéchèse éthique. Cela fait penser aux communautés d’aujourd’hui, qui vivent une foi intense avec des gens d’origines très différentes et qui sont des facteurs de réconciliation. Le pape François, par ses voyages (dernièrement en Égypte et à Fatima), veut créer une mission globale, une réconciliation du monde, d’une manière non idéologique. Le dialogue avec l’islam et avec le judaïsme est donc très important. Il faut arriver à construire partout un État démocratique, qui fait profiter à chacun des richesses spirituelles de tous.

  1. c) La catéchèse mystagogique

La catéchèse mystagogique implique essentiellement deux choses : une valorisation renouvelée des sacrements de l’initiation chrétienne (baptême, confirmation, eucharistie) et une progressivité de la formation au mystère de la foi, dans laquelle toute la communauté intervient et où le prêtre assure le rôle de représentant du Christ et de successeur des apôtres (EG 167). La transmission de la foi est donc aussi mystique, elle est transmise à travers la prière, depuis la prière personnelle jusqu’à la prière communautaire. Elle conduit au mystère de Dieu, au mystère de la création et elle nous unit à Dieu.

  1. d) La catéchèse communautaire

Nous sommes tous appelés à transmettre la foi. Donc la démarche de transmission est d’abord une démarche d’Église. L’Eglise doit être missionnaire, elle doit être en sortie (EG 24). Le pape écrit que « l’Église “en sortie” est la communauté des disciples missionnaires qui prennent l’initiative, qui s’impliquent, qui accompagnent, qui fructifient, et qui fêtent ». La communauté évangélisatrice expérimente aussi que le Seigneur a pris l’initiative, il l’a précédée dans l’amour (cf. 1 Jn 4, 10) et, en raison de cela, elle sait aller de l’avant, elle sait prendre l’initiative sans crainte, aller à la rencontre, chercher ceux qui sont loin et arriver aux croisées des chemins pour inviter les exclus.

Dans ce cadre il faut souligner l’influence des parents et de la famille : cette dimension importante est déjà présente dans les Actes des Apôtres. Les grands-parents ont également (et de plus en plus) un rôle fondamental à cet égard (EG 66). Si le parent n’est pas engagé dans une démarche de foi, même tâtonnante, l’enfant ne sent pas encouragé à y participer.

Mais il y a aussi le rôle de la communauté, des mouvements spirituels, de l’école, de l’amitié et la camaraderie. Les groupes dont fait partie une personne sont fondamentaux dans sa démarche de foi. Celle-ci est encouragée par l’exemple et par le témoignage, en particulier celui des responsables pastoraux. La collaboration entre les différents niveaux de responsabilité est importante. Mais chaque personne doit être porteuse d’initiatives et de créativité, avec ses charismes propres.

Il faut enfin un accompagnement spirituel individuel spécifique à tous les âges de la vie dans une perspective de continuité ; c’est un accent mis par le pape François (EG 169 : accompagnement spirituel) et c’est une invitation aux prêtres et aux accompagnateurs à prendre au sérieux leur rôle de pasteurs.

 

  1. Conclusion

 

Je suis persuadé que notre Église a un avenir. J’oserais dire, en revenant sur le verre à moitié vide et sur le verre à moitié plein, que nous devons travailler dans deux sens. Dans le premier sens, nous devons être saisis par l’urgence d’une annonce de la foi, dans une société qui en est loin, au sens explicite du mot. Il faut trouver de nouveaux lieux d’annonce et d’explicitation de la foi. Les groupes spécialisés peuvent nous orienter. Mais chacun doit oser aussi sortir de sa carapace, vaincre ses tabous et dire sa foi, surtout en racontant ce qu’il vit, ce qu’il fait, ce qu’il sait ce qu’il découvre en cette matière. Il faut semer davantage. Il faut renouveler de manière créative le langage de la foi.

D’autre part, sachant que l’Esprit souffle où il veut, il faut voir partout les semences d’évangile qui sont parfois implicites, les braises qui couvent sous la cendre. Il faut brasser large, comme fait le pape François ; il faut dialoguer avec tous, écouter, s’engager socialement dans le sens de l’évangile, sachant qu’il y a bien plus d’inspiration chrétienne qu’on ne le croit dans nos sociétés. Il faut s’engager socialement en faveur de la solidarité sociale, de la mixité sociale, de l’accueil du pauvre, du respect de l’écologie, car tout cela est expression discrète de l’évangile. Il faut lutter contre les mouvements qui ont tendance à exclure le religieux de la société. Il faut valoriser les démarches minimales de foi, qui s’expriment parfois par un geste, une prière, une visite, une ouverture d’église, une musique, une œuvre d’art. Que l’Esprit Saint nous aide et nous inspire ! »

 

† Jean Pierre Delville

évêque de Liège

 

[1] Cf. Jean-Pierre Delville, Le christianisme médiéval, creuset de l’Europe, dans Jean-Pierre Delville, Quelle âme pour l’Europe ?, Trajectoire 28, Namur, 2016, p. 57-90.

[2] Cf. Évêques de Belgique, Populorum communio, Lettre pastorale pour le Carême, 26 mars 2017, Bruxelles, 2017.

17/09/2017

L’Europe en question : un lunch débat animé par deux témoins de premier plan à l’Université de Liège, le mardi 10 octobre à 18h00

 

 

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L’Union européenne est aujourd’hui menacée de désintégration. Le risque peut venir de trois côtés à la fois : par la sécession de certains Etats-membres, aujourd’hui le Royaume-Uni avec le « Brexit » ; par l’implosion de l’Eurozone suite à un nouveau « Grexit », mais élargi à d’autres pays méditerranéens que la Grèce ; par un recloisonnement de l’Espace Schengen suite à la crise des réfugiés. Bien entendu, on peut préférer un discours plus optimiste et se rappeler que l’Europe ne progresse que par crises. Mais comme celle-ci en combine plusieurs, on voit bien qu’en sortir par le haut va demander un grand bond en avant. Est-ce possible et à quelles conditions ?

Pour en débattre le cercle inter-facultaire de l’Union des étudiants catholiques de Liège et le Groupe de réflexion sur l’éthique sociale  accueillent, le mardi 10 octobre prochain à 18h00 à l’Université de Liège, deux témoins privilégiés de la vie européenne : le professeur Alfred Steinherr, ancien Directeur Général de la Banque Européenne d’Investissement (B.E.I.), qui interviendra sur le thème de « L’Union monétaire en question » et Pierre Defraigne, Directeur du Centre Madariaga au Collège d’Europe et Directeur général hre à la Commission européenne, qui plaidera pour « L’Europe, dernier recours de la démocratie face aux transformations du monde ».

La rencontre se tiendra sous la forme d’un lunch débat à la salle des professeurs dans le bâtiment du Rectorat de l’Ulg,  place du XX août, 7, 1er étage (accès par la grande entrée : parcours fléché).

Participation aux frais : 15 € (à régler sur place). Pour les étudiants : 5€

Inscription nécessaire au plus tard trois jours ouvrables à l’avance (6 octobre 2017) : soit sur le site internet : www.ethiquesociale.org   - soit par email : info@ethiquesociale.org – soit par téléphone : 04 344 10.89.