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07/06/2010

Un retour sous le soleil

 

 

 LA PROCESSION DE LA FÊTE-DIEU A REUNI 500 PERSONNES A LIEGE

 

 

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La procession de la fête-Dieu restaurée à Liège ce samedi 5 juin 2010 a réuni près de 500 personnes au cœur même de la Ville : des fidèles calmes et paisibles, de tous âges et conditions,  priant les mystères joyeux et chantant avec beaucoup de naturel et de simplicité, sans aucune ostentation.

 

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C'était aussi une manifestation colorée, qui n’avait rien d’un défilé de pénitents. Un crucifère ouvrait la marche avec la croix. Il était suivi par une vingtaine de musiciens de la fanfare de Montzen jouant des hymnes religieuses traditionnelles.  Les bannières de confréries s’avançaient ensuite avec, en tête, celle de Sainte Julienne, finement brodée par une fidèle de l’église du Saint-Sacrement au boulevard d’Avroy. La jolie Vierge habillée de Vottem, portée sur un trône, les enfants, les acolytes et thuriféraires précédaient le dais du Saint-Sacrement prêté par la paroisse de Grand-Halleux. Après le Saint-Sacrement venaient le clergé, la chorale et une foule nombreuse (les trois cent cinquante livrets de prière et de chant prévus n’ont pas suffit pour servir tout le monde).

 

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La procession est partie de la statue de Charlemagne, sur le boulevard d’Avroy, pour monter, par la rue des Augustins et la rue Louvrex, au Jardin Botanique où était installé un reposoir. Après avoir fait le tour du jardin, elle est redescendue, par la rue de Jardin Botanique, à l’église du Saint-Sacrement, sur le boulevard d’Avroy où une messe solennelle a été célébrée, selon le missel de 1962, par Mgr Michel Dangoisse Les chants grégoriens, les belles polyphonies de R. de Lassus et de G.-P. da Palestrina, le « Lauda Sion » alterné à l’orgue dans la version musicale de F.-C de Arauxo étaient interprétés par Erna Verlinden (soprano solo) et la schola de la Maîtrise de la Ville de Verviers. Celle-ci était dirigée par Jean-Michel Allepaerts, organiste titulaire à l’église décanale Saint-Remacle de Verviers. De sa propre composition,  on a aussi entendu un très beau « Tantum ergo » lors de la bénédiction finale avec le Saint-Sacrement dans l’ostensoir. Les quatre cent chaises de l’église n’ont pas suffit à accueillir les nombreux fidèles, dont certains ont du suivre la cérémonie debout.

 

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Réfléchissant à ce beau succès,  nous dirions qu’une procession publique a deux sens qui, loin de s’opposer, découlent l’un de l’autre : des chrétiens se retrouvent pour exprimer leur foi commune et  la manifester aussi devant d’autres, respectueusement et sans prétention. Les disciples du Christ, à la Pentecôte, ne sont pas demeurés dans le Cénacle, ils ont aussi parlé à la foule. Quant à l’impact que peut avoir un tel défilé de chrétiens sur la population  aujourd’hui, c’est tout vu : beaucoup de personnes du quartier dans cette procession, très liégeoise, populaire et « bon enfant », des gens aux fenêtres arborant des fleurs ou prenant des photos, des gestes respectueux de certains même qui se doraient au soleil dans le parc du jardin botanique, aucun signe d’hostilité ni de mépris.

 

Deo gratias.

 

 

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Voici la transcription de l'homélie prononcée par Monseigneur Michel Dangoisse au cours de la messe qui a suivi la procession:

 

SERMON DE MONSEIGNEUR MICHEL DANGOISSE

Prélat d’honneur de S.S. le Pape Benoît XVI

Doyen du Chapitre cathédral de Namur

 

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POUR LA MESSE DE LA FÊTE-DIEU

célébrée le samedi 5 juin 2010, à l’église du Saint-Sacrement à Liège

 

  

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Un jour, Jacques Loew, encore incroyant (il deviendra le premier prêtre-ouvrier en France et fondera l’Ecole de la Foi en Suisse) passait, à l’âge de 25 ans, quelques journées chez les chartreux (à l’abbaye  de Valsainte, en Suisse). « J’ai été, écrit-il, accroché au mystère de l’Eucharistie, auquel je ne songeais nullement, à la messe du Jeudi-Saint ». Au moment de la communion, il était demeuré seul dans la tribune alors que les Pères et les retraitants se retrouvaient autour de l’autel. À ce moment, poursuit-il, « vraiment j’ai senti que, ou bien ces hommes étaient fous en allant avaler je ne sais quelle pastille, ou bien c’était moi l’aveugle. Or je voyais que ces chartreux, calmes et équilibrés, ne pouvaient pas être des fous. J’étais obligé de penser que, véritablement, il y avait là un je ne sais quoi qui me dépassait, une Présence Sainte au-delà du visible ». Ce fut le point de départ de sa conversion. Alors que l’Eucharistie pourrait paraître un obstacle à la Foi, c’est grâce à elle, au contraire, qu’il s’est converti. Hésitant entre le protestantisme et le catholicisme, après six mois de réflexion, il va trouver un prêtre et lui dit : « je veux être catholique » car, seule l’Eglise lui paraissait être fidèle au « ceci est mon corps et mon sang…faites ceci  en mémoire de moi »

 

On aurait pu croire que le Christ, au soir du Jeudi-Saint, se faisait des illusions en donnant cet ordre à ses apôtres. Cette fidélité bi-millénaire de l’Eglise, malgré toutes les tentations contraires, est, de fait, impressionnante et unique !

  

D’où ces paroles mystérieuses de Jésus, dans l’Evangile : « celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui ». Jean emploie le verbe « demeurer », qui prend chez lui un sens fort : « manger sa chair », littéralement le verbe grec signifie « mâcher », soulignant le caractère réaliste de la participation à l’Eucharistie. Ainsi sa chair est la vraie nourriture et son sang la vraie boisson spirituelle qui nous enivre. Tellement que, à ce moment-là, nous vivons par Lui et entrons en communion avec le Fils et le Père, dans la puissance de l’Esprit-Saint que le prêtre invoque dans l’épiclèse avant la consécration. Comme l’a écrit Thomas d’Aquin dans le Lauda Sion : « c’est un dogme de Foi pour les chrétiens que le pain se change en chair et le vin en sang ». Quel grand mystère ! Savez-vous que Luther, à sa première messe, dans le silence de la prière eucharistique, en fut tellement troublé, dit-on, qu’il s’évanouit ?

 

« Ave Verum Corpus … je Te salue, ô Vrai Corps, né de la Vierge Marie ». C’est vrai que le Verbe s’est fait chair et qu’il a planté sa tente parmi nous : le tabernacle, c’est la tente  de Dieu parmi les hommes : la petite lampe rouge nous le rappelle. Et l’Eucharistie contient tout le trésor de l’Eglise, dit le concile Vatican II.

 

Merci à saint Paul de nous avoir confié le témoignage  de ce qu’il a reçu de la part du Seigneur, dans le plus ancien texte sur l’Eucharistie, vers l’an 55, vingt-cinq ans après la mort de Jésus. Il n’a rien inventé, mais c’est la tradition qui remonte jusqu’au Seigneur lui-même. Et il confond d’avance ceux qui voudraient voir dans les paroles consécratoires un sens simplement symbolique. Il souligne le réalisme de la présence du Christ. Il met les points sur les « i » : « si quelqu’un mange ce pain indignement, il mange et boit sa propre condamnation ». Indignement, c'est-à-dire s’il est en état de péché grave et donc de rupture avec Dieu, ou « s’il ne reconnaît pas vraiment le corps de Seigneur ». Passage exigeant et redoutable, et je regrette qu’on l’ait  supprimé des lectures du Jeudi-Saint, dans la réforme de la liturgie. Il doit nous faire réfléchir à ce grand mystère : si c’était simplement un symbole du Christ, Paul n’aurait pas employé des termes aussi forts et aussi clairs. Oh oui ! il est grand ce mystère de la Foi. Il s’agit bien de ce que nos frères orientaux appellent « les Saints Mystères ».

 

Mystère de l’Eucharistie : oui, le Christ est à la fois si proche de nous et insaisissable. Le Père Teilhard de Chardin raconte que, pendant la première guerre mondiale, il était dans les tranchées de Verdun et, lors d’un matin calme, portant sur lui les Saintes Espèces dans une petite custode, il tourna sa pensée vers ce trésor à peine séparé de sa poitrine par une mince enveloppe de vermeil. « Je réalisai soudain, écrit-il, tout ce qu’il y avait d’extraordinaire et de décevant à tenir si près de soi le Rédempteur du Monde et la Source de la Vie sans pouvoir les posséder, sans parvenir à les pénétrer. Comment se pouvait-il que le Christ fût à la fois si proche de mon cœur et si distant ? »

 

C’est ce même Corps du Christ que nous venons de porter solennellement et publiquement dans la procession de la Fête-Dieu, qui sortait pour la première fois depuis 30 ans, je crois, suivie d'une vibrante Brabançonne qui m'a profondément ému, en ce quarantième anniversaire de la fondation des messes grégoriennes à l’église du Saint-Sacrement fêté avec le concours des choristes de la Maîtrise de la Ville de Verviers. Dois-je rappeler que cette Fête du Saint-Sacrement est née suite à une révélation faite à une Liégeoise, sainte Julienne de Cornillon. C’est en 1246, qu’à force de persévérance, elle obtint de l’évêque la célébration de la Fête-Dieu dans le diocèse, et celle-ci fut étendue à l’Église universelle en 1264. Savez-vous que, lorsque Don Bosco vint à Liège pour la première fois, l’évêque lui a demandé d’y créer un institut salésien ? Après avoir d’abord refusé, il retourne lui dire qu’il ne peut refuser à la Ville du Saint-Sacrement. Savez-vous qu’au XIIe siècle déjà, Marie d’Oignies reçut un riche marchand de Nivelles, venu prendre conseil auprès de « Madame Marie ». Elle lui ordonna d’entrer dans l’église la plus proche. Prosterné devant le Saint Autel, celui-ci contemplait la pyxide suspendue avec le Corps du Christ.  Fixant son regard sur elle, il fut ravi en contemplation et vit des choses mystérieuses. Revenu à lui, il courut vers Marie d’Oignies et lui dit « Ma Mère, j’aimerai le Seigneur sans mesure ! ». Quant à sainte Marie d’Oignies, qui avait du tempérament, elle ne pouvait supporter la soif  du Sang rédempteur et, parfois, après la messe, elle exigeait de pouvoir au moins regarder longtemps sur l’autel le calice nu. Ainsi, la Belgique a été et doit redevenir, après le "martyre blanc" qu'elle subit aujourd’hui, la terre du Très Saint-Sacrement.

 

 Mais n’allons pas croire que ce grand mystère nous détourne de notre vie quotidienne. Dans l’antiquité, les disciples du Christ, après la messe matinale, partaient au travail les lèvres encore empourprées du Sang du Seigneur. Devenus consanguins du Christ ! Une ouvrière, Annick Carité, écrivait vers 1960 : « Je rentre de la messe, j’essaie d’en faire le centre de ma vie. Les communions quotidiennes, quelle force ! Oui, à l’usine, sur la chaîne, j’essaie de faire tout très bien, tout pour Dieu. Et ma table, c’est mon autel. Je vis la messe. Mes copines de la chaîne, sans le savoir, vivent aussi la messe ». 

 

Bernard Pingaut nous expliquait, à Beauraing, qu’avant sa visite au Congo, à Goma, il avait téléphoné à un de ses amis sur place :

 

 

-         « Qu’est-ce que je peux vous apporter ? »

-         « Apporte-nous un ostensoir »

-         « D’accord, mais vous n’avez pas besoin d’autre chose ? »

-         « Oui, des linges pour la messe »

-         « Mais enfin, vous avez besoin de médicaments, par exemple… »

-         « Tu sais, ici, il nous manque tellement de choses que nous n’avons besoin que de l’essentiel ! »

 

A la fin de cette année sacerdotale, je rappelle que le saint Curé d’Ars disait : « Mes amis, si nous savions ce que c’est la messe, nous mourrions de joie ! ». C’est pourquoi sainte Thérèse de Lisieux, à laquelle on reprochait, car elle était malade, de monter l’escalier répliqua : « Pour une messe et une communion, est-ce trop cher payé ?  ».

 

C’est pourquoi aussi, il faut des prêtres dans l’Église. Priez-vous tous les jours pour les vocations dans notre pays ? Jean-Paul II, aux J.M.J. de Rome, disait aux jeunes : « Chers amis, je vous confie ce qui est le plus grand don que Dieu nous ait fait…Puissiez-vous avoir toujours, dans chaque communauté, un prêtre qui célèbre l’Eucharistie ! ». Et dans son homélie au Cénacle à Jérusalem, il précisait : « [Les paroles consécratoires] ont été répétées générations après générations par ceux qui partagent le sacerdoce du Christ…De cette façon, le Christ lui-même répète constamment ces paroles à travers la voix de ses prêtres dans chaque lieu du monde » (est-ce clair pour l’ensemble des catholiques? J'espère que ce l'est pour tous nos évêques: priez beaucoup pour eux) et ainsi, à chaque messe, nous vivons un aspect eschatologique : nous attendons son retour dans la gloire. « Nous annonçons, dit saint Paul, la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » -donec veniat : ces deux mots, je les ai fait graver sur mon calice. Et ainsi, au milieu des inquiétudes, des bouleversements et des violences inouïes de ce monde, en célébrant la messe nous hâtons Son retour et nous désirons voir, enfin, Son visage, face à face. Donec veniat ! Et nous rejoignons la devise de notre nouvel archevêque, mon cher ancien évêque : « Oh ! oui, viens, Seigneur Jésus » ! Ainsi soit-il.