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15/07/2017

Summorum Pontificum : bilan du Motu Proprio (7/7/2007 – 7/7/2017)

De Christophe Geffroy dans le mensuel « La Nef » (n° 294, juillet-août 2017)

benedictxvi.jpg« Le 7 juillet 2007, Benoît XVI signait Summorum Pontificum, « lettre apostolique en forme de Motu proprio sur l’usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970 ». Texte historique dont l’importance n’a sans doute pas été encore appréciée à sa juste valeur, tant il dénoue une situation inextricable qui va au-delà de la seule question des traditionalistes attachés à l’ancienne forme liturgique. Même si contribuer à régler cette question épineuse a bien été aussi l’une de ses fins.

Souvenons-nous, le 30 juin 1988, Mgr Lefebvre consacrait quatre évêques contre la volonté clairement notifiée du pape Jean-Paul II, lequel publiait aussitôt le Motu proprio Ecclesia Dei (2 juillet 1988) pour donner un statut juridique à la messe dite « de saint Pie V », dont un indult de 1984 concédait un usage très parcimonieux, et pour permettre l’érection de structures d’accueil pour les prêtres et fidèles traditionalistes qui ne voulaient pas suivre le prélat d’Écône dans sa rupture avec Rome. C’est ainsi que fut créée la Fraternité Saint-Pierre avec d’anciens prêtres et séminaristes de la Fraternité Saint-Pie X ; d’autres instituts suivront plus tard, tandis que des communautés religieuses furent canoniquement érigées ( le Barroux,  Chémeré, etc.).

Benoît XVI souhaitait faire plus. D’abord, rendre à ce qu’il a nommé la « forme extraordinaire » du rite romain l’honneur et les droits qui lui étaient dus. Ensuite, aider les fidèles désireux de suivre cette forme liturgique, en l’installant dans les paroisses, tout en donnant un signe fort à la Fraternité Saint-Pie X, puisqu’il répondait ainsi à l’une de ses revendications majeures. Enfin, par-delà le problème traditionaliste, l’aspect visionnaire du pape était de contribuer à la réconciliation interne dans l’Église secouée par la crise post-conciliaire : face à l’esprit de la table rase qui a fait tant de dégâts, dans la liturgie tout particulièrement où la réforme de 1969 a été trop souvent appliquée avec une brutalité et une volonté de rupture détestables, Benoît XVI a voulu opérer dans l’Église une réconciliation avec son propre passé, et notamment son passé liturgique, selon la fameuse « herméneutique de la réforme dans la continuité » qui est l’un des points saillants de son pontificat. Pour aller dans ce sens, les évêques devraient promouvoir la célébration classique de la forme ordinaire, en revenant à l’orientation et au kyriale en latin, chanté en grégorien, ainsi que le suggère le cardinal Sarah.

Cet aspect est assurément le plus important du Motu proprio et il n’a pas encore porté tous ces fruits, ce qui est somme toute normal à l’échelle du temps de l’Église.

« DÉSENCLAVER » LE MISSEL TRIDENTIN

Autre point mal compris de ce texte, le dessein du pape de « désenclaver » l’usage du missel tridentin pour ne pas le réserver à une minorité plus ou moins déconnectée des diocèses et en faire une forme liturgique vivante, susceptible, comme toute liturgie, d’enrichissements, le point de référence devant être la constitution conciliaire sur la liturgie, Sacrosanctum Concilium. Benoît XVI a insisté sur « l’enrichissement mutuel » entre les deux formes du rite romain, sans rencontrer beaucoup d’échos…

Sans doute l’esprit du Motu proprio a-t-il été quelque peu faussé par le fait que nombre d’évêques – dans quelle proportion, une étude serait à faire – n’ont pas joué le jeu de transférer réellement aux curés de paroisse la responsabilité d’accepter ou non une messe selon l’usus antiquior. Les instituts séculiers « Ecclesia Dei », de leur côté, n’étaient pas mécontents de voir ainsi confirmer implicitement leur quasi-monopole pour la célébration de la forme extraordinaire – tous les prêtres séculiers qui ont tenté des avancées selon les directives de Benoît XVI n’ont, de fait, jamais été réellement ni durablement soutenus par la hiérarchie, sauf en quelques rares lieux.

Malgré cela, le Motu proprio a enclenché une dynamique inédite et ouvert des voies à une nouvelle génération de jeunes prêtres décomplexés sur les questions liturgiques, c’est assurément un bilan positif très encourageant. Certes, il reste encore du travail pour ouvrir les esprits, une partie de la hiérarchie demeurant méfiante à l’égard des traditionalistes, toujours regardés comme des fidèles suspects, et non comme une chance pour l’Église de demain (c’est pourtant le courant qui, en proportion de son nombre, a le plus de vocations), alors que certains d’entre eux semblent se contenter d’un entre-soi confortable en cultivant un exclusivisme liturgique peu en phase avec l’enseignement de Benoît XVI (1). Mais gageons que l’acceptation des différences légitimes est en marche, car « cette diversité constitue aussi la beauté de l’unité dans la variété : telle est la symphonie que, sous l’action de l’Esprit Saint, l’Église terrestre fait monter vers le ciel » (2). La paix dans l’Église tant recherchée par ce saint pape n’est-elle pas une condition nécessaire pour la crédibilité de l’évangélisation dont notre monde a un besoin si vital ?

Merci, cher Benoît XVI, pour ce Motu proprio ! 

Christophe Geffroy »

(1) La conclusion de notre livre, Benoît XVI et « la paix liturgique » (Cerf, 2008), demeure d’actualité… neuf ans plus tard !

(2) Jean-Paul II, Motu proprio Ecclesia Dei (1988), n. 5-a.

Ref. Bilan du Motu Proprio

C’est  peut-être ici le lieu de rappeler cet extrait de l’homélie de Mgr Delville, évêque de Liège, lors de la célébration de la Fête-Dieu 2017 selon la forme extraordinaire du rite romain, le samedi soir 17 juin dernier en l’église du Saint-Sacrement à Liège :  

« Le partage du pain, devenu corps du Christ, nous fait communier avec lui et nous incite à communier avec nos frères et sœurs. Chaque communauté chrétienne est appelée à vivre cette communion fraternelle. Je vois qu’on vit cela en particulier dans cette église du Saint-Sacrement. On y pratique la liturgie ancienne, sous la forme extraordinaire. C’est un retour aux sources, aux textes, aux chants et aux gestes originaux de la liturgie, qui nous font découvrir avec soin la grandeur du mystère de vie et de mort qui se dévoilent dans la liturgie. Je remercie cette communauté pour cette mission qu’elle a assumée. C’est primordial d’être en communion les uns avec les autres, pour être des témoins authentiques de l’amour de Jésus dans notre monde. Si nous ne nous aimons pas les uns les autres, qui nous croira ? , qui nous fera confiance ? »

JPSC

Brève histoire du sacrement de pénitence I. Vérité et Espérance-Pâque Nouvelle, n° 99, été 2016)

 

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Brève histoire du sacrement de pénitence (I)

pénitence 1.jpgSous des dénominations diverses, le sacrement de la réconciliation existe depuis 2000 ans dans l’Eglise de Dieu et il perdurera jusqu’à la fin des temps. L’abbé Didier van Havre l’a justement écrit dans son vade-mecum de la confession  (Didier van Havre, « Prends soin de ton âme », 176 pp., éditions du Laurier, 1er trim. 2016,  ISBN : 9 782864 953784):   « comme nous sommes tous pécheurs, tant qu’il y aura des hommes sur terre, ce sacrement sera nécessaire pour se convertir et se réconcilier sacramentellement avec Dieu ». 

Dans le numéro de Pâque Nouvelle que vous avez sous les yeux et les suivants, nous publions, par chapitres successifs, l’étude que Pierre-René Mélon consacre à l’histoire d’un sacrement aujourd’hui souvent délaissé dans beaucoup de  pays d’ancienne tradition catholique : elle vient à son heure, en cette année de la miséricorde.  

L’étude de notre collaborateur montre ce qu’affirme l’abbé van Havre dans son manuel précité : au cours des âges, la célébration du sacrement de la réconciliation « a connu d’importants changements d’ordre disciplinaire et liturgique, mais sa structure fondamentale n’a jamais varié. Cette structure est essentiellement axée sur la conversion du pécheur et le recours à l’inépuisable miséricorde de Dieu. Elle est l’âme du sacrement et elle nous met en contact direct avec le Christ et son œuvre rédemptrice, avec la dignité de l’être humain et le sens de la vie humaine sur terre » : sous peine d’inefficacité, ce qui participe de l’essence même du sacrement doit subsister sous les mutations accidentelles. Notre collaborateur en rappelle d’abord les fondements théologiques  pour aborder ensuite l’histoire de ses éléments constitutifs, l’un après l’autre: la confession, la pénitence et  l’absolution, qui naturellement incluent la contrition et la satisfaction.

La présente livraison est consacrée aux fondements scripturaires de ce sacrement et elle entame l’histoire de son premier élément constitutif, la confession de la faute : une histoire qui sera poursuivie dans le numéro suivant.

Jean-Paul Schyns

Pénitence 5  Les sacrements. Baptême et Réconciliation.jpg

Les paroles de Jésus sont claires : son sang est versé en rémission des péchés (Mt 26, 28). On pourrait dire que l’œuvre de la Rédemption trouve son accomplissement terrestre dans le pardon des péchés par lequel nous sommes lavés, sanctifiés, justifiés (1 Co 6, 11). Et pourtant, le premier sacrement de la miséricorde n’est pas la pénitence, mais le baptême ; c’est par le baptême que nous sommes « libérés du péché et régénérés comme fils de Dieu, que nous devenons membres du Christ, sommes incorporés à l’Eglise et faits participants à sa mission ».[1] Pour les premiers chrétiens, le baptême était immédiatement suivi de l’onction d’huile (chrismation ou confirmation) et de la réception de la sainte Eucharistie. Il s’agissait d’une véritable renaissance spirituelle et quelquefois physique (les guérisons n’étaient pas rares). On peut comprendre que toute rechute dans le péché grave était vécue comme une calamité et une humiliation.

Il n’empêche que les persécutions qui ont ensanglanté les premiers siècles du christianisme ont poussé un certain nombre de baptisés à renoncer momentanément au témoignage de leur foi : en honorant d’une façon ou d’une autre le dieu-césar, ils s’affichaient publiquement comme idolâtres et apostats, et, s’ils sauvaient leur vie, leur sort était peu enviable au sein de l’Eglise ; en conséquence, certains convertis retardaient longtemps le moment de leur baptême (parfois jusqu’à la veille de mourir) par crainte de retomber dans le péché et d’être ainsi privés de la gloire du ciel.

Pour les autres péchés graves (meurtre, adultère...) il existait toutefois une planche de salut, qui était comme un « second baptême »[2] : la pénitence (longue et rude) suivie du pardon, mais on ne l’accordait qu’une seule fois ! Les pénitences pouvaient avoir des conséquences pratiques redoutables : interdiction d’user du mariage, d’exercer le négoce ou le métier des armes, cela parfois même après la réconciliation ! En outre, cette lèpre spirituelle quasi indélébile constituait une irrégularité canonique pour l’accession aux ordres sacrés. A la fin du IIe siècle, saint Irénée, décrit l’état pitoyable des femmes qui, après avoir été séduites, font pénitence toute leur vie pour les péchés commis après le baptême ! [3]

Les sept rémissions 

Pénitence 2 Marie-Madeleine.jpg 

Repousser le baptême dans un futur éloigné ou vivre dans l’angoisse permanente de la chute, est-ce bien le but de la Rédemption ? Non, évidemment. Le sort des Juifs dans l’ancienne Alliance aurait pu sembler plus enviable, puisque pour eux le pardon était garanti par les sacrifices d’animaux et les offrandes rituelles, donc renouvelable et illimité, tandis que pour les chrétiens...

Devant ces rigueurs extrêmes qui pouvaient décourager, Origène rappelle, au début du IIIe siècle,  deux vérités paradoxales mais salutaires : il souligne la gravité de tout péché [4] en même temps qu’il affirme que le pécheur pourrait rentrer en grâce avant d’avoir été admis à la communion (la longue privation de communion était une pénitence très répandue).

Dans un autre texte, il décrit – en puisant dans l’Ecriture – les sept manières d’obtenir le pardon des péchés ; ce faisant, il prépare indirectement l’avènement de la pénitence privée et surtout du discernement et de la direction spirituelle.

« Pour éviter que ta vertu tombe dans le désespoir, écrit Origène, écoute combien il y a de rémissions des péchés dans l’Evangile : la première est celle par laquelle nous sommes baptisés pour la rémission des péchés. La seconde rémission est dans le martyre subi. La troisième, celle qui est obtenue par l’aumône : le Seigneur a dit, en effet : « Donnez ce que vous avez et voici, tout est pur pour vous ». La quatrième se fait par là même que nous remettons leurs offenses à nos frères. La cinquième lorsque quelqu’un ramène un pécheur de son erreur. L’Ecriture dit en effet : celui qui ramène un pécheur de son erreur sauve son âme de la mort et couvre la multitude des péchés. La sixième se fait par l’abondance de la charité, selon le mot du Seigneur : Ses péchés lui sont remis parce qu’elle a beaucoup aimé. Il y en a encore une septième, dure et pénible, qui se fait par la pénitence, lorsque le pécheur inonde son lit de ses larmes et ne rougit pas d’avouer au prêtre du Seigneur son péché et de lui demander un remède ».[5]

Le sacrement de pénitence est donc cette septième manière, « dure et pénible » d’obtenir le pardon des péchés, et il ne s’est développé dans l’Eglise que progressivement, comme nous allons le voir.  

Les fondements dans les textes sacrés

Pénitence 3 le fils prodigue.jpg 

Qui pouvait donner l’absolution ? de quelle manière se confessait-on ? où aller pour se confesser ? y avait-il des périodes recommandées pour recevoir le pardon des péchés ? les règles étaient-elles les mêmes partout ? A-t-on connu des scandales, des abus, des merveilles ? Bien sûr. La matière est même si importante que nous partagerons cette brève histoire en plusieurs parties. Dans cette première partie, nous décrirons les fondements théologiques et leurs contestations (hérésies, déviations) puis nous aborderons la confession proprement dite ; par la suite, nous évoquerons les différents aspects de la pénitence et de l’absolution à travers les siècles.[6] 

D’abord, quel nom donner à ce sacrement, à ce signe visible d’une réalité invisible ? Sacrement de la conversion ? de la confession ? de la pénitence ? du pardon ? En fait, le sacrement de la réconciliation (tel qu’on le nomme aujourd’hui) recouvre, indissociablement, ces quatre aspects d’une même réalité : il réalise sacramentellement l’appel de Jésus à la conversion ; l’aveu, la confession des péchés est un élément essentiel de ce sacrement ; il consacre une démarche de repentir et de pénitence ; par l’absolution sacramentelle du prêtre, Dieu accorde au pénitent le pardon et la paix ; et enfin, il donne au pécheur l’amour de Dieu qui réconcilie : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu ! » (2 Co 5, 20).[7] 

Dieu seul peut pardonner les péchés, ou celui à qui Dieu – à travers l’Eglise – le permet en son Nom. La source et l’établissement de cette puissance, inimaginable et inconnue jusqu’alors, se trouve dans ces paroles du Sauveur s’adressant à S. Pierre[8] : Je te donnerai les clés du royaume des cieux; et tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans le ciel. Un peu plus tard, après la Transfiguration, il fait part de la même puissance à tous les autres apôtres en leur répétant les mêmes paroles[9]. Il leur confirme ce pouvoir après sa résurrection, suivant l’apôtre S. Jean[10] qui nous apprend qu’après qu’il leur eut parlé, il souffla sur eux et leur dit : Recevez le Saint-Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les aurez remis, et ils seront retenus à ceux à qui vous les aurez retenus.

Un cas d’inceste, survenu à Corinthe parmi les baptisés, va permettre à S. Paul d’élaborer la conduite à tenir envers les grands pécheurs : Il faut livrer cet individu au pouvoir de Satan, pour la perdition de son être de chair ; ainsi, son esprit pourra être sauvé au jour du Seigneur.[11]

Voilà donc ce pécheur public lié par l’Apôtre et les ministres de l’Eglise de Corinthe. Or, cet homme fut touché de repentir, il rentra en lui-même, quitta son crime et fit pénitence, sans doute jusqu’à l'excès ; l'Apôtre en fut averti et jugea qu’il était temps de délier cette âme ; et voici comment, six ans plus tard environ, il l’écrivit aux Corinthiens dans l’épître suivante : Pour celui-là, la sanction infligée par la majorité doit suffire, si bien que vous devez, au contraire, lui faire grâce et le réconforter, pour éviter qu’il ne sombre dans une tristesse excessive. Je vous exhorte donc à faire prévaloir envers lui une attitude de charité.[12]

St.Paul a ainsi tracé aux ministres de l’Eglise le modèle de la conduite qu’ils doivent tenir à l’égard des grands pécheurs. Par la suite, l’Eglise a suivi le même esprit : le pécheur ne peut jamais être abandonné au désespoir, mais il ne reçoit le pardon qu’après avoir manifesté son repentir et accepté une pénitence proportionnée à sa faute, sachant que les péchés très graves pouvaient être « retenus », c’est-à-dire que le pécheur devait se soumettre à une lourde pénitence préalablement à l’absolution. Si les pénitences se sont considérablement allégées de nos jours, il reste vrai que la miséricorde et le pardon doivent toujours être précédés du repentir, de l’aveu et de la ferme résolution de se corriger, suivant la parole de Jésus à la femme adultère : « Moi non plus je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus ».[13]

Hérésies et déviances

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Montanus

Jésus avait bien dit à Pierre : Il faut pardonner 70 x 7 fois... mais cette attitude miséricordieuse n’est décidément pas naturelle à l’homme, et des chrétiens rigoristes vont accuser de faiblesse ceux qui l’adoptent. De fait, le juste équilibre entre miséricorde et justice est bientôt contesté par Montanus[14] et ses disciples ; zélés jusqu’au fanatisme, ils insistent si fort sur la réforme des mœurs et l’austérité, qu’ils vont jusqu’à refuser l’absolution à ceux qui se sont rendus coupables de crimes graves (ils condamnent aussi comme diabolique la parure des femmes, la philosophie, les arts et les lettres). Pour les montanistes, seule une rude et persévérante pénitence permet d’obtenir la miséricorde de Dieu, mais pas l’absolution qui n’est donnée qu’une fois, au baptême. Ils interdisaient ainsi aux grands pécheurs, considérés comme impurs, d’entrer dans les églises.

Tertullien, qui fut l’un de leurs disciples, précisait que l’on peut recevoir de l’évêque le pardon des « péchés véniels », mais que Dieu seul peut donner le pardon des péchés graves. Il en dresse d’ailleurs la liste : homicide, idolâtrie, fraude, reniement, blasphème, adultère, fornication, « et tous les autres crimes par lesquels on viole le temple de Dieu »[15]. Tertullien reconnaissait donc à l’Eglise le pouvoir de remettre les péchés véniels, mais, par un singulier raisonnement, il ne le souhaitait pas car, disait-il, « ceux à qui on les aura remis en commettront d'autres... L’esprit de vérité peut donc accorder le pardon aux pécheurs, mais il ne le veut point, pour ne pas causer la perte de plusieurs »... 

Un siècle plus tard, même rigueur implacable de Novatien et de ses acolytes envers les grands pécheurs. Novatien, prêtre de Rome, était en lutte contre S. Corneille (qui lui avait été préféré comme pape[16]) : il reprochait à celui-ci d’admettre à la confession et à la communion les chrétiens qui avaient apostasié lors des persécutions de l’empereur Dèce (en 250). Les novatiens excluaient aussi du pardon de l’Eglise l’homicide, l’idolâtrie et la fornication, plus vraisemblablement tous les péchés mortels. Le pape Zéphyrin[17] quant à lui, était bien plus clément : il remettait les péchés d’adultère et de fornication à ceux qui avaient accompli leur devoir de pénitence, car, disait-il avec S. Jean, le sang de Jésus nous purifie de tout péché ».[18] Aux purificateurs forcenés qui sévissent à toute époque, on doit rappeler la béatitude : Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ! [19]

Malgré l’exemple de Rome, l’attitude prépondérante envers les grands pécheurs demeura longtemps celle d’une extrême sévérité. Il apparaît aussi qu’en ces temps reculés chaque évêque ou «conférence épiscopale» appliquait une « tarification » qui lui était propre. Par exemple, au milieu du IIIe siècle, saint Cyprien[20] rapporte dans sa 52e lettre que les évêques d’Afrique qui l’avaient précédé fermaient la porte de la pénitence aux adultères. En 300, les évêques espagnols réunis au concile d’Elvire (près de Grenade) décident d’appliquer des « tarifs » de pénitence en fonction des péchés à expier : par exemple, refus de communion, même à l’article de la mort, aux fidèles qui ont fréquenté les temples des idoles, aux délateurs et aux faux témoins, tarif spécifique aux homicides et adultères suivi d’un avortement, ou à ceux qui ont manqué la messe le dimanche; la fornication est punie de 5 ans de pénitence, etc. Mais la moindre rechute fait perdre tout espoir de recevoir la communion...

En Orient, à la suite de saint Grégoire le Thaumaturge (+ vers 270), les conciles d’Ancyre et de Néo-Césarée entrent encore dans plus de précisions et déjà est élaborée une distinction des pénitents en quatre classes. [21]

Cette distinction entre les espèces de péchés et, en conséquence, le traitement à accorder au pécheur (absolution pour les péchés légers et attente dans la pénitence pour les péchés graves) persistera longtemps dans l’Eglise ; les sévérités novatiennes, dont on débattra encore au concile de Nicée (325)[22] ne s’éteindront en occident qu’au VIIIe siècle.

Confession publique, confession secrète

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Ces deux modes de confession étaient d’usage courant : comme de nos jours, on confessait en secret les péchés personnels, mais les péchés publics, sources de scandales, étaient généralement confessés en publics. Il arrivait aussi, pendant les six ou sept premiers siècles de l’Église, que l'on confessât publiquement même les péchés privés, soit que cette confession se fît volontairement à l’initiative du coupable (lequel par cette humiliation voulait implorer la miséricorde divine), soit qu’elle se fît sur le conseil du prêtre à qui l’on avait secrètement découvert ses fautes, et qui quelquefois, pour l’édification publique ou pour d’autres raisons, engageait le pénitent à déclarer en public les péchés qu’il lui avait confessés à l’oreille. 

Ainsi donc, contrairement à une idée répandue, il n’a pas fallu attendre les moines irlandais (VIe et VIIe siècle) pour introduire sur le continent la confession particulière (appelée aussi confession secrète, confession à l’oreille ou auriculaire) ; celle-ci était pratiquée dès les origines de l’Eglise. On lit dans la Vie de Saint Ambroise, rédigée par Paulin que « Si quelqu’un lui venait confesser ses fautes, Ambroise pleurait de telle sorte qu’il obligeait le pénitent de verser des larmes; car il semblait qu’il fût tombé avec ceux qui avaient failli : or il ne parlait des crimes qu’on lui avait confessés qu’à Dieu seul, auprès duquel il intercédait pour les pécheurs ». S. Ambroise recevait donc le pénitent en particulier, puis intercédait pour lui dans ses prières.

Les principaux scandales publics étaient évidemment occasionnés par les chrétiens tombés dans l’apostasie au cours des persécutions. Tertullien, dont on connaît la rigueur, écrit pourtant sur eux ces belles paroles d’encouragement : « Le corps ne peut se réjouir du mal qui arrive à l’un de ses membres. Il faut qu’il s’afflige tout entier et qu’il travaille tout entier à le guérir... Là où il y a un ou deux fidèles, là est l’Eglise, mais l’Eglise c’est le Christ. Donc lorsque tu tends les mains vers les genoux de tes frères, c’est le Christ que tu touches, c’est le Christ que tu implores. Et quand de leur côté tes frères versent des larmes sur toi, c’est le Christ qui supplie son Père ».[23] 

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La confession publique n’était pas sans risque, et l’Eglise prenait les précautions nécessaires pour que cette confession ne portât pas préjudice à ceux qui la faisaient ; d'autant plus que les pénitents s’exposaient à la rigueur des lois civiles qui condamnaient à mort ceux qui avaient commis certains crimes soumis à la pénitence publique. La précaution dont l’Eglise usait à cet égard devint même paradoxalement plus nécessaire sous les empereurs chrétiens qui avaient décrété la peine de mort contre plusieurs crimes qui, sous les chefs païens, n'étaient pas considérés comme capitaux. Ainsi l’Eglise n’obligeait pas, par exemple, les homicides et les voleurs à s’accuser publiquement de ces péchés, non plus que les femmes qui étaient tombées dans l’adultère, ou les hommes qui auraient commis ce crime avec une femme noble ou au-dessus de leur condition sociale, pour ne pas les exposer à la rigueur des lois et aux autres inconvénients consécutifs à de pareils aveux. 

Voici un exemple de scandale public qui se conclut en confession publique. C’est Eusèbe qui le raconte[24] : Natalios se laisse soudoyer (il reçoit par mois 150 deniers) pour tenir le rôle d’évêque et répandre l’hérésie selon laquelle Jésus n’est qu’un homme. Il sème ainsi le trouble pendant plusieurs années. Mais une nuit, favorisé de visions nocturnes et fouetté par des anges, ses yeux s’ouvrent et « à l’aurore, il se leva, revêtit un sac, se couvrit de cendres et courut tout en pleurs se jeter aux pieds du pape Zéphyrin, du clergé et du peuple ».

L’andecote suivante illustre bien les risques et les limites de la confession publique.

En 391, du temps que Nectaire était patriarche de Constantinople, une femme noble vint trouver le prêtre pénitencier et lui confessa en détail tous les péchés qu’elle avait commis depuis son baptême. Comme pénitence, le prêtre lui ordonna de s’appliquer aux jeûnes et à l’oraison. Mais cette femme s’accusa ensuite publiquement d’un autre péché, à savoir d’un « mauvais commerce » qu’elle avait eu avec un diacre de l’Eglise... Enorme scandale. Le diacre fut chassé, mais le peuple demeura dans une grande émotion, non seulement parce que ce crime s’était commis, mais encore à cause de l’infamie dont il couvrait l’Eglise. Comme à cette occasion les ecclésiastiques étaient devenus la risée de tout le monde, un prêtre d’Alexandrie – qui bénéficiait sans doute d’une certaine autorité – persuada Nectaire de supprimer la fonction de prêtre pénitencier et de laisser chacun approcher des sacrements selon sa conscience, pour éviter que l’Eglise ne subisse à nouveau de pareils opprobres. Ainsi fut fait, mais la fonction de pénitencier fut rétablie par le successeur de Nectaire, S. Jean Chrysostome (+407), grand apôtre de la confession.

(A suivre)

Pierre-René Mélon 

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[1] Catéchisme de l’Eglise catholique, n° 1213.

[2] D’après Hyppolite, c’est sous le pape S. Calixte (+ 222) que ce “second baptême” pénitenciel est instauré.

[3] Contre les hérésies, 13, 5-7.

[4] « Par son péché, l’homme se sépare de Dieu, et cela qu’il ait été ou non excommunié officiellement », Homélies sur le Lévitique, XII, 6 ; XIV, 3.

[5] Origène, seconde Homélie sur le Lévitique, citée par J. Daniélou, Origène, Cerf, 2012, p. 81.

[6] Notre guide privilégié dans ce voyage à travers le temps sera la monumentale Histoire des sacrements / De sacramentis in genere, par Dom Charles-Mathias Chardon, osb, paru à Paris en 1745 et réédité en 1841 chez Drouin (dernière édition connue). Accessible sur le site de la Bibliothèque nationale de France http://gallica.bnf.fr

Pour une approche plus théologique : Rondet H, sj, Esquisse d’une histoire du sacrement de pénitence, in « Nouvelle revue théologique », Bruxelles, 1958, tome 80/6, pp. 562-584. Disponible aussi à l’adresse http://www.nrt.be

Autre référence: Paul Galtier, sj, Aux origines du sacrement de pénitence, Rome, Université grégorienne, 1951.

[7] CEC n° 1423-1424.

[8] Mt 16, 19.

[9] Mt 18, 18.

[10] Jn 20, 22-23.

[11] 1 Co 5, 4. Le coupable – qui vivait en concubinage avec sa belle-mère – est éloigné de la communauté et abandonné au pouvoir que Dieu laisse à l’Adversaire ; mais la peine vise à la conversion (note Bible de Jérusalem).

[12] 2 Co 2, 6-8.

[13] Jn 8, 11.

[14] Eunuque né en Phrygie (Asie mineure) au IIe siècle. Ses disciples croyaient qu’il était le Paraclet promis par le Christ; la mission qu’il s’était donnée était de parachever la Révélation, car le Christ n’avait pas tout révélé aux hommes en raison de leur impréparation (cf. Jn 16, 12-13).

[15] Tertullien, écrivain latin chrétien (150-222?), connu pour son extrême rigueur. Traité De la Pudicité.

[16] Saint Corneille, pape de 251 à 253.

[17] Zéphyrin, pape de 198 à 217.

[18] 1 Jn 1, 7.

[19] Mt 5, 7.

[20] Cyprien, évêque de Carthage (actuelle Tunisie), mort en 258.

[21] Les questions liées à la pénitence seront développées ultérieusement.

[22] En son chapitre 12, on peut lire ceci : Quiconque étant pénétré de la crainte de Dieu témoignera par ses larmes, sa patience et ses bonnes oeuvres, qu'il a changé effectivement de vie, sera par le mérite des prières rétabli dans la communion, après avoir accompli le temps marqué pour cette station de la pénitence.

[23] Tertullien, De Poenitentia, 10.

[24] Histoire ecclésiastique, livre 5, chap. 28.

Brève histoire du Sacrement de Pénitence II . Vérité et Espérance-Pâque Nouvelle, autom 2016

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BREVE HISTOIRE DU SACREMENT DE PENITENCE (II)

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Pour construire l’étude qu’il consacre à cette  « Une brève histoire du sacrement de pénitence »,  Pierre-René Mélon a  choisi, comme guide privilégié de son voyage dans le temps, la monumentale « Histoire des sacrements/ De sacramentis in genere », de Dom Charles-Mathias Chardon, osb, parue à Paris en 1745 et rééditée en 1841 chez Drouin (dernière édition connue) : elle est accessible sur le site de la Bibliothèque nationale de France http://gallica.bnf.fr

 Pour une approche plus théologique, notre collaborateur se réfère aussi à Henri Rondet, s.j. « Esquisse d’une histoire du sacrement de  la pénitence », in « Nouvelle revue théologique », Bruxelles, 1958, tome 80/6, pp.562-584, également disponible à l’adresse http://www.nrt.be  ainsi qu’à Paul Galtier,s.j. : « Aux origines du sacrement de pénitence », Rome, Université grégorienne, 1951.

Dans une première partie de son exposé, publiée dans le n° précédent de « Vérité et Espérance –Pâque Nouvelle (n° 99, 2e trim. 2016, pp. 8 à 12), Pierre-René Mélon s’est attaché aux sources scripturaires du sacrement, à ses fondements théologiques et à leurs premières contestations (hérésies et déviances). Puis il aborde  l’histoire du premier élément qui le constitue : l’aveu de la faute, sa « confession », dont il poursuit l’analyse  dans le présent numéro. Viendront ensuite  la démarche de repentir et de pénitence, l’absolution sacramentelle qui accorde  le pardon  au pécheur  et l’amour de Dieu qui réconcilie. 

Jean-Paul Schyns

Où et comment se confessait-on ?

Aux premiers temps de l’Eglise, la confession publique se fait dans l’église, la chapelle ou l’oratoire, à genoux ou prosterné par terre, couvert de sac et de cendre, face à l’autel, en présence de l’évêque et des prêtres, et quelquefois même du clergé et du peuple aux prières duquel le pénitent se recommandait. L’aspect extérieur de cette pratique manifeste bien que la pénitence est considérée comme une espèce de tribunal. Avant d’absoudre les pécheurs, l’évêque commence par les ranger au nombre des accusés ; avant de les délier, il commence par les lier (comme on l’a vu faire par S. Paul). Cette procédure pourrait nous déconcerter si un Augustin ne nous expliquait que les médecins aussi font des ligatures, lorsqu’ils veulent guérir un membre malade.[1]

La confession auriculaire se faisait assis, de préférence dans l’église ou dans un lieu consacré ; elle était suivie et précédée de génuflexions et de prostrations tant du pénitent que du confesseur. La position assise était nécessaire en ce temps où les confessions duraient longtemps (n’étant pas aussi fréquentes qu’aujourd'hui), tant à cause du détail des mauvaises actions qui était très précis, qu’à cause des peines que l’on imposait suivant les canons à chaque espèce de péché, comme nous le verrons par la suite. Ceux qui avaient été une fois soumis à la pénitence publique pour des crimes soit notoires, soit cachés, ce qui était ordinaire avant le septième siècle, n’y étaient plus reçus ; ce qui rendait la confession assez rare, les chrétiens étant sur leur garde pour ne pas tomber dans ce malheur.

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Précisons que les confessionnaux ne sont apparus dans les églises qu’à partir du XVIe siècle, suite au concile de Trente (1545-1563) et au grand mouvement de fond de la Contre-réforme catholique ; il s’agissait de revaloriser le sacrement de pénitence contesté par le protestantisme. Le confessional est ainsi devenu le lieu privilégié (mais pas unique) du sacrement de pénitence ; en fonction des circonstances (campagne militaire, navigation, pèlerinage, etc.) les confessions pouvaient être aussi entendues en plein air.

Alcuin, précepteur de Charlemagne, a inséré dans son Livre des divins offices un long chapitre qui peut tenir lieu de pénitentiel abrégé. Dans ce précieux document, on trouve plusieurs particularités remarquables sur la manière dont le sacrement de pénitence était vécu au VIIIe siècle. Le pénitent doit approcher du prêtre à qui il veut se confesser « avec un air modeste, faisant paraître l’humilité et la componction dans tout son extérieur ; il doit mettre bas le bâton qu’il tient à la main (cela doit s'entendre aussi d’une épée et de toute autre chose qui donne du relief) ». [On n’est jamais assez prudent.] Arrivé à portée du prêtre, le pénitent s’inclinait profondément devant lui, celui-ci disait sur lui des prières ; après quoi il le faisait asseoir près de lui et entendait sa confession. La confession étant achevée, le prêtre donnait au pénitent les avis dont il avait besoin, et l’interrogeait ensuite sur sa foi et sa connaissance du catéchisme. Ensuite, poursuit Alcuin, « le pénitent mettant les genoux en terre, étendant les mains, et regardant le prêtre avec un visage qui marquait la douleur de ses fautes, il le conjurait, comme ministre de la réconciliation des hommes avec Dieu, d’intercéder pour lui. Puis il se prosternait entièrement en terre, pleurait et gémissait autant que Dieu lui en faisait la grâce : le prêtre le laissait quelque temps en cet état le voyant touché de l’esprit de componction ; après quoi il lui ordonnait de se lever et de se tenir debout et lui prescrivait les jeûnes et les abstinences par lesquelles il devait expier ses péchés » ; cela fait, le pénitent se prosternait de nouveau aux pieds du confesseur, le priant de demander à Dieu pour lui la force et le courage nécessaires pour accomplir la pénitence qui lui était imposée. Le prêtre aussitôt récitait plusieurs prières, au nombre de sept, dont Alcuin ne rapporte que le commencement parce qu’elles étaient alors connues et d’un usage ordinaire, étant à peu près les mêmes dans tous les livres pénitentiaux reçus en Occident. Ces prières achevées, il faisait lever le pénitent, se levait lui-même de son siège et si le temps et le lieu étaient convenables, l’un et l’autre fléchissant les genoux, ou appuyés sur les coudes, récitaient plusieurs psaumes et prières.

La coutume de se confesser à genoux fut introduite vers le XIIe siècle, à l’exemple principalement des Chartreux. On pourrait y ajouter celui des moines de Cîteaux qui ne se confessaient qu’avec les épaules nues, et des verges à la main, dont le confesseur frappait parfois le pénitent – souvent à sa demande – avant de l’absoudre.

Confessions écrites

En cas de nécessité, il n’était pas rare qu’un pénitent rédige une confession écrite de ses fautes et l’adresse au confesseur.

Robert, évêque du Mans au IXe siècle, mortellement malade, confesse par écrit ses péchés aux Pères du concile de Douzi, qui était assemblé sous le pape Jean VIII et leur demande l’absolution, étant éloigné d’eux de vingt milles (environ cent km). Voici les dernières paroles de l’écrit qu’il leur envoie : J'implore avec des sanglots votre miséricorde, afin que vous me délivriez des liens de mes péchés, par le pouvoir qui vous a été donné du ciel, et que par vos prières vous m'obteniez l'expiation de mes fautes, et que je ne sois pas conduit avec les réprouvés aux enfers, mais que j'entre dans la joie céleste avec les bienheureux. Les Pères du concile lui accordèrent ce qu’il demandait, et lui envoyèrent une lettre d’absolution, epistola absolutionis, dans laquelle, après avoir parlé de la vertu et de l’efficacité de la confession des péchés, ils lui donnèrent l’absolution.

Le pape Grégoire VII (1073-1085), écrivant à l’évêque de Liège suite à quelques plaintes sur des pratiques de simonie, après l’avoir exhorté à extirper la fornication de son clergé, conclut sa lettre en ces termes : « Et parce que vous êtes à l’extrémité, touchés de la compassion paternelle, nous vous donnons l’absolution par l’autorité des apôtres S. Pierre et S. Paul, et prions le Seigneur que par leur intercession vous soyez digne d’entrer dans la compagnie des élus ».

Saint Thomas Becket en 1164, en pleine querelle avec le roi Henri II d’Angleterre, reçoit par lettre l’absolution du pape Alexandre III alors à Sens.

C’est le pape Clément VIII (1592-1605) qui mettra un terme définif aux confessions par écrit, car il craignait avec raison qu’on fasse insensiblement passer en coutume ce qui ne s’était fait que rarement autrefois, et que par là on affaiblisse le sacrement de la pénitence.

Quand devait-on se confesser ?

La période privilégiée pour se confesser était évidemment le début du carême, de préférence le dimanche et à l’église. Certains évêques ont obligé leur ouailles à se confesser trois fois pendant l'année. Ainsi Crodegrand, évêque de Metz au huitième siècle, ordonne au peuple de faire sa confession aux prêtres trois fois par an, au moins.

On se confessait aussi chaque fois que la vie était en danger : avant d’entreprendre de longs voyages ou pèlerinages ou, pour les soldats, avant les batailles, voire avant de s’engager dans l’état militaire. Ingulphe, abbé de Crowland (+1109), nous en assure en ces termes : C’était l’usage en Angleterre que celui qui devait se consacrer à une milice légitime, vint trouver la veille sur le soir, l’évêque, un abbé, un moine ou quelque prêtre ; qu’il lui fît une confession de tous ses péchés avec des sentiments de componction, et qu’ayant été absous, il passât la nuit dans l’église à prier et à s’affliger dévotement devant Dieu. Le lendemain avant d’entendre la messe, il posait son épée sur l’autel, et le prêtre après l’évangile, la lui mettait au col en le bénissant. Il communiait ensuite à la messe, et il devenait ainsi soldat MILES LEGITIMUS MANERET. Ingulphe remarque que cet usage déplaisait aux Normands qui conquirent l’Angleterre...

Autres exemples : Saint-Omer étant assiégée par les Normands (en 861), les habitants pour obtenir le secours de Dieu se purifièrent par la confession et la communion.

Guillaume de Malmesbury, moine bénédictin (+1143), loue la piété des soldats Normands, qui avant de combattre les Anglais, passèrent toute la nuit à confesser leurs péchés.

Le duc Conrad, étant sur le point de livrer bataille aux Hongrois en l’an 955, entendit la messe et reçut la communion de la main d’Odelric son confesseur, après quoi il marcha contre l’ennemi, comme le témoigne la chronique de Magdebourg. On pense aussi bien sûr à Sainte Jeanne d’Arc (+1431) qui, en campagne militaire, ne manquait jamais de se confesser et d’assister à la messe dès qu’elle le pouvait.

La confession des femmes 

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A propos de la confession des femmes, il est bon de préciser qu’elle devait se tenir dans un lieu à portée de vue de tout le monde, afin d’éloigner tout soupçon. S. Edmond de Cantorbéry (+ 1242), dans ses constitutions, ordonne qu’on entende les confessions des femmes dans un endroit public, à portée de la vue et non de l’ouïe. Le concile de Béziers (can. 46) en 1246 défend d’entendre les confessions dans un lieu caché ou hors de portée de la vue.

Guigue le Chartreux (+1136) remarque dans la vie de S. Hugues, évêque de Grenoble (1132), qu’il recevait les confessions des femmes avec autant de précaution que de bonté, non dans des coins ou dans des endroits secrets et obscurs, mais dans ceux où il pouvait être vu de tout le monde. « Il leur prêtait familièrement l’oreille, mais il détournait sa vue d’elles et la portait au côté opposé, disant qu’il ne fallait se servir que de l’ouïe en ces occasions, pour éviter les pièges du diable. »

Un concile à Cologne en 1280 va plus loin. Il défend, sous peine d’excommunication, d’entendre les confessions d’une femme qui serait seule dans l’église, ou dans un endroit obscur et ténébreux ; il exige que les prêtres, quand ils confessent, soient assis, revêtus de leur surpli ou de leur chape, ayant l’étole par-dessus ; de plus, il leur interdit de confesser avant le lever du soleil et après son coucher, sinon en cas d’urgence, mais dans un lieu éclairé et en présence de témoins.

Nécessité faisant loi, un concile de Paris, en 829, permet, en cas d’infirmité qui empêche de se déplacer jusqu’à l’église, qu’on puisse se confesser dans les maisons particulières, mais toujours en présence de témoins qui ne soient pas éloignés.

À qui se confessait-on?

Il semble évident aujourd’hui qui faille se confesser à un prêtre (qu’il soit évêque, moine ou séculier) et à personne d’autre. Il n’en fut pas toujours ainsi. Jacques de Baradée[2] et ses disciples pensaient qu’il n’est pas nécessaire de se confesser à un prêtre, il suffit de se confier à Dieu. Cette hérésie née au VIe siècle sera reprise à la fin du VIIIe siècle et réfutée par Alcuin. Sous le pontificat de Zacharie (de 741 à 752), un certain Adalbert disait à ceux qui venaient se prosterner à ses pieds pour confesser leurs péchés : « Je sais vos péchés, parce que le fond de vos coeurs m’est connu ; c'est pourquoi il n’est pas besoin que vous les confessiez : retournez donc dans vos maisons avec assurance et avec l’absolution de vos fautes passées ».

Plus tard, cette opinion fut partagée par les Albigeois, les Vaudois et les protestants. Certains prêtres anglais, au début du XIVe siècle, prétendaient que la confession générale du début de la messe suffisait pour effacer les péchés mortels.

Quoique la puissance de lier et de délier soit inséparable du sacerdoce, tous les prêtres ne sont pas en droit de l’exercer, car si c’est de Jésus-Christ que les prêtres tiennent cette puissance, c’est à l’Église qu’il revient d’en régler l’usage. Ainsi le code de droit canonique en vigueur depuis 1983 précise que la faculté d’entendre les confessions ne sera concédée qu’à des prêtres qui auront été reconnus idoines par un examen (can. 970). Par ailleurs, la faculté d’entendre les confessions est concédée par écrit (can. 973) ; elle peut être aussi retirée par l’évêque pour une juste cause (ou supposée telle)[3].

Origène, quant à lui, liait expressément le pouvoir de donner l’absolution à la sainteté personnelle du prêtre ; si le prêtre est indigne, le sacrement n’est pas valide. Voici son argument : Ceux qui revendiquent la dignité de l’épiscopat enseignent que ce qu’ils lient est lié dans les cieux, et ce qu’ils remettent est remis dans les cieux. Mais nous disons qu’ils parlent saintement à condition qu’ils fassent l’œuvre pour laquelle il a été dit à Pierre : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Les portes de l’Enfer ne prévaudront pas sur celui qui veut lier et délier. Mais s’il est lui-même lié des liens du péché, c’est en vain qu’il lie et délie.[4]

Dans la primitive Église, c’était devant l’évêque, comme nous l’avons vu, et quelquefois devant lui et toute la communauté des prêtres (qu’on appelait le sénat ou le presbytérium) que se faisait la confession. Cet usage de se confesser à plusieurs prêtres ensemble a été progressivement abandonné, car l’évêque et le sénat des prêtres étant trop accaparés par d’autres occupations, on établit un prêtre, le pénitencier, dont l’emploi spécifique était d’entendre les confessions.

C’est à Constantinople au IVe siècle que l’institution du prêtre pénitencier est attestée ; il était chargé de recevoir les aveux des pénitents et de diriger leurs exercices de pénitence pour la « satisfaction » des péchés. Pour la confession secrète, les pénitents devaient donc s’adresser obligatoirement au pénitencier local, et à nul autre prêtre. En occident, le recours à l’évêque seul pour recevoir l’aveu des péché et donner la réconciliation a persisté jusqu’au Ve siècle.

Ahyton, évêque de Bâle au temps de Charlemagne, était si pointilleux sur ce point qu’il voulait que ceux qui vont en pèlerinage à Rome, confessent leurs péchés avant leur départ : parce que, ajoute-t-il, ils doivent être liés ou déliés par leur propre évêque ou par leur propre pasteur, et non par un étranger ; mettant ainsi le pape lui-même au nombre des étrangers.

C’est des moines bénédictins que viendra le changement. En effet, en Irlande, les abbés des monastères, qui étaient de simples prêtres, avaient le pouvoir de confesser leurs moines ; saint Colomban (+615), évangélisateur des Gaules, qui confessa beaucoup, n’était pas évêque, mais prêtre, comme le rappelle Bède le Vénérable.[5] A l’époque carolingienne, sous l’influence de ces moines irlandais le prêtre est devenu le ministre ordinaire de la pénitence, et c’est lui qui absout les pécheurs, mais l’évêque reste le ministre ordinaire de la pénitence publique, qui se fait toutefois de plus en plus rare 

Querelles avec les confesseurs itinérants 

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Mais les croisades (accompagnées par des prêtres) et surtout la naissance au XIIIe siècle des ordres mendiants (donc itinérants) ont introduit des changements notables dans cette pratique. Le zèle apostolique des franciscains et surtout des dominicains les poussait à vouloir entendre les confessions des fidèles sans avoir besoin pour cela de l’agrément des pénitenciers, dont la formation théologique, pastorale (et psychologique, comme nous dirions aujourd’hui) laissait souvent fortement à désirer... Les frères Prêcheurs (dominicains) sollicitèrent pour cela une bulle du pape Grégoire IX. Elle leur fut accordée en 1227. Cette bulle est adressée à tous les évêques et aux clercs supérieurs ecclésiastiques : Nous vous prions et vous enjoignons de recevoir favorablement les frères de cet ordre pour la prédication à laquelle ils sont destinés ; et d'exhorter les peuples, dont vous avez la conduite, à les écouler, puisque par notre autorité il leur est permis d'entendre les confessions et d'imposer des pénitences.

Cet empressement des frères Prêcheurs pour la prédication et les confessions, aussi bien que la bulle du Pape qu’ils venaient d'obtenir, déplurent à beaucoup d’hommes d’Eglise importants ; il leur semblait que par ces nouveaux privilèges on troublait l’ordre établi dans l’Eglise par les saints apôtres et les docteurs des siècles passés, et que l’on détruisait l’autorité des pasteurs en donnant d’eux l’image d’hommes incapables ou incompétents. De plus, les décisions du 4e concile du Latran (1215) semblaient leur donner raison en confirmant les droits des prêtres locaux dans leurs prérogatives[6]. Les frictions n’étaient donc pas rares entre les autorités locales et les frères prêcheurs qui se prévalaient fièrement de leurs droits et privilèges accordés par le Saint-Siège.

L’historien Matthieu Paris[7] rapporte que « les frères Prêcheurs, se sentant ainsi appuyés par la cour de Rome, montraient avec ostentation ces privilèges, et demandaient qu’on en fît la lecture dans les églises ». Il raconte aussi qu’ils « demandaient avec impudence à ceux qu’ils rencontraient : Avez-vous été à confesse ? Et si on leur répondait qu’oui, ils reprenaient : A qui ? Que si on leur disait, à mon pasteur, ils traitaient le curé d’idiot, qui n’avait jamais étudié dans les écoles de théologie, ni dans celles de droit, qui n’était pas capable de résoudre une seule question, et disaient : « Venez à nous qui avons appris à distinguer la lèpre de la lèpre, à qui les choses les plus difficiles et les secrets de Dieu ont été découverts. Confessez-vous sans crainte à nous, à qui on a accordé, comme vous voyez, une si grande puissance. Il arrivait donc, poursuit l’historien Anglais, que plusieurs, surtout des nobles et des dames, se confessaient aux frères Prêcheurs, méprisant leurs propres pasteurs, et même les prélats ».

L’historien relate aussi un vif incident survenu dans une église en Angleterre.

« Il arriva que quelques-uns des frères Prêcheurs entrèrent dans l’église de S. Alban, pendant que l’archidiacre tenait un synode à l’ordinaire. Ils avaient entre les mains des copies de leurs privilèges, et l’un d’entre eux, qui paraissait quelque chose de plus que les autres, fit signe d’un air impérieux qu’on eût à écouter sa prédication. L’archidiacre lui répondit : Agissez, mon frère, avec plus de modération, attendez un peu que je vous fasse connaître ce que je pense. Nous qui sommes simples et accoutumés aux mœurs antiques, nous ne pouvons qu’être surpris de cette nouveauté ; et il n’est pas surprenant que de telles nouveautés nous étonnent. Pourquoi dites-vous sans pudeur que nous sommes indignes des emplois qui nous ont été confiés ? Vous vous imaginez être les seuls du nombre des élus, cependant personne ne sait s’il est digne d’amour ou de haine. Vous vous ingérez non seulement dans la prédication, mais encore dans les confessions que vous extorquez des fidèles, en sorte qu’il semble qu’il faudra vous appeler dans la suite non seulement Frères Prêcheur, mais encore Frères Confesseurs. Mes frères, je ne crois pas qu’il soit à propos de quitter le certain pour l’incertain, et que vous deviez, sans une mûre délibération et sans le conseil de votre prieur, prêcher et entendre les confessions de ceux sur lesquels l’abbé de ce monastère m’a préposé. Cela est constant par les décrets qui ont été publiés dans le concile général célébré sous Innocent III, lesquels doivent être inviolablement observés dans tous les temps. L’archidiacre ayant ainsi parlé ouvrit le Livre, et lit la Décrétale qui contient le règlement du concile de Latran, avec ces paroles qui suivent immédiatement : C'est pourquoi nous voulons que ce décret salutaire soit souvent publié dans l’église, afin que personne ne puisse s’en excuser sous prétexte d'ignorance. Que si quelqu’un pour de justes raisons veut se confesser à un prêtre étranger, alieno sacerdoti, qu’il demande auparavant la permission, et qu’il l’obtienne de son propre prêtre, a proprio sacerdote, puisqu’autrement il ne peut l’absoudre ni le lier. » 

Ces incessantes querelles de pouvoir – hélas fréquentes dans l’Eglise – ne s’apaiseront que peu à peu au fil des siècles : les « prêtres étrangers » ne seront admis à confesser qu’en accord (implicite ou explicite) avec le curé ou l’évêque local. Que de troubles inutiles pour en arriver à des dispositions de simple bon sens et de charité !

Diacres, baptisé(e)s, reliques...

Pour terminer ce long chapitre sur les ministres de la pénitence, précisons qu’en cas de nécessité, avec l’accord de l’évêque, un diacre pouvait entendre la confession et donner l’absolution. « Il faut aller au-devant des besoins de nos frères, dit S. Cyprien (épître 13); nous permettons donc que ceux qui ont reçu des libelles de recommandation des martyrs, et qui peuvent être aidés par là auprès de Dieu, s’ils viennent à être attaqués de quelques maladies ou infirmités dangereuses, puissent, sans attendre notre arrivée, confesser leurs fautes auprès de quelque prêtre que ce puisse être, et même d’un diacre, si le danger est pressant, afin que leur ayant imposé la main pour la pénitence, ils aillent ainsi en paix au Seigneur ».

Il résulte de plusieurs témoignages semblables que les diacres ont pu entendre les confessions dans l’église d’Occident jusqu’à la fin du treizième siècle en cas de nécessité. Suite à des abus, des évêques et des synodes ont pris des mesures pour interdire cette pratique.

Plus étonnant, il était permis, en cas d’urgence ou de nécessité, de se confesser à un simple baptisé.

Lanfranc, archevêque de Cantorbéry, écrit que « s’il ne se trouve point d’ecclésiastique à qui l’on puisse se confesser, on doit s’adresser à un homme de bien dans quelque endroit qu’il soit ».

Ainsi un soldat, blessé à la guerre, peut se confesser à ses compagnons ; des voyageurs en péril sur la mer, se confessent les uns aux autres.

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Le sire de Joinville[8] raconte, au chapitre 45 de la vie de saint Louis, que l’armée chrétienne ayant été mise en fuite par les Sarrasins, et l’ennemi s’approchant, chacun se confessa au prêtre qu’il put trouver, et, qu’en cette occasion, Gui d’Ébelin, connétable de Chypre, s’étant confessé à lui, il lui avait donné l'absolution.

Dans la même logique théologique, il ne faut pas s’étonner qu’un chevalier en danger de mort pût se confesser à son épée si celle-ci contenait la relique d’un saint.

On rapporte aussi d’étranges coutumes pratiquées en Afrique. Les Coptes et les Ethiopiens, sous l’influence de l’hérésie jacobite[9], ne confessaient pas leurs péchés aux prêtres, mais à Dieu seul et en secret ; pour ce faire, ils déposaient de l’encens sur une braise, et s’imaginant que leurs péchés montaient devant le Seigneur avec le parfum de l’encens brûlé, ils se confessaient sur la fumée qui montait vers le ciel...

                                                                                                                      Pierre René Mélon

(à suivre...)

[1] H. Rouget, op. cit. p. 569.

[2] Evêque d’Edesse au VIe siècle (aujourd’hui Urfa, en Turquie orientale).

[3] On ne peut s’empêcher d’évoquer le cas de S. Pio, à qui il fut interdit de confesser pendant trois ans...

[4] Commentaires sur Matthieu, XII, 14, cité par J. Daniélou, op. cit., p. 83.

[5] Bède, dans son Histoire ecclésiastique du peuple anglais, III, 4.

[6] En voici le texte principal : Que tous les fidèles de l’un et de l’autre sexe, sitôt qu'ils auront atteint l'âge de discrétion, confessent fidèlement tous leurs péchés à leur propre pasteur, en particulier, au moins une fois chaque année, s’appliquant à accomplir, autant que leur force leur permet, la pénitence qui leur est jointe, et recevant avec respect, au moins à Pâques, le sacrement d’Eucharistie, s’ils ne s’en abstiennent pour quelque cause raisonnable par l’avis de leur pasteur, autrement que l’entrée de l’Église leur soit défendue pendant leur vie, et qu’ils soient privés de la pulture des chrétiens après leur mort  (can. 21).

[7] Historia Angliæ, ad ann. 1246.

[8] Joinville : 1224-1317.

[9] Issue de Jacques Baradée, évêque d’Edesse au VIe siècle.