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Eglise du Saint-Sacrement à Liège - Page 44

  • Ethique sociale: pourquoi nous nous intéressons à l'écologie

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    Cycle de conférences 2015-2016

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    ECOLOGIE INTÉGRALE 

     

     

     

     

    « Laudato si », l’encyclique du pape François sur la sauvegarde de la maison commune soulève enthousiasmes ou étonnements. Avec le cycle de conférences de cette année, nous nous efforcerons, sous l’impulsion de l’encyclique, de découvrir le lien profond créé par Dieu entre l’homme et son environnement : un lien que l’homme est appelé à utiliser, mais pas à contrarier

     

    POURQUOI NOUS NOUS INTÉRESSONS À L’ÉCOLOGIE 

    Synthèse de la conférence prononcée par

    Monseigneur Jean-Pierre DELVILLE

    Évêque de Liège 

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    Lors du lunch-débat organisé à l’

    Université de Liège, salle des Professeurs, le

    vendredi 11 décembre 2015

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    Le vendredi 11 décembre 2015, Mgr Jean-Pierre Delville,évêque de Liège était l’invité d’un lunch-débat organisé à l’Université de Liège par l’Union des étudiants catholiques de Liège et le Groupe éthique sociale, associés au forum de conférences Calpurnia. Le thème de son exposé portait sur les enjeux de l’encyclique « Laudato si » donnée à Rome par le pape François le 24 mai 2015. Dans son introduction à l’édition de la version française de cette lettre pontificale, Mgr Delville a écrit : « L’encyclique est une symphonie dans laquelle le pape réunit tous les aspects de la crise écologique en développant les thèmes du tragique et du mystique, des ombres et des lumières, des incohérences et de l’espérance dans notre monde et notre société. Il débouche ainsi sur la notion d’écologie intégrale ».

    La création : une symphonie… inachevée

     « Laudato si » est un « cri d’alarme » écologique. Mais, un peu comme dans la fameuse 5e symphonie de Beethoven, les notes dramatiques du débutse développent en un discours élaboré : ainsi l’encyclique est-elle une symphonie dans laquelle le pape François réunit tous les aspects de la crise écologique, en développant les thèmes du tragique et du mystique, des ombres et des lumières, des incohérences et de l’espérance, dans notre monde et notre société. Il débouche ainsi sur la notion nouvelle d’ « écologie intégrale » (chapitre 4), dans laquelle les différents aspects de l’écologie sont liés à toutes les dimensions de la viehumaine, et en particulier au sort des plus pauvres.

     

    Situer l’encyclique dans son contexte

    L’encyclique « Laudato si » doit être resituée dans le cadre des encycliques sociales des papes :

    -Immortale Dei (1885) de Léon XIII, sur la constitution chrétienne des États

    -Rerumnovarum (1891) de Léon XIII, sur la condition des ouvriers (associations, justice sociale)

    -Graves de communire (1901) de Léon XIII, sur la démocratie chrétienne

    -Quadragesimoanno (1931) de Pie XI, dans la crise de 1929

    -Mater et magistra (1961) de Jean XXIII, sur l’Église et la société

    -Gaudium et spes, de Vatican II, 1965 (dialogue avec société, justice, paix, famille)

    -Populorumprogressio de Paul VI, 1967, sur le développement des peuples.

    -Octogesimaadveniens de Paul VI au cardinal Roy, de 1971, sur  justice et responsabilité (entre autres sur les femmes, le développement)

    -Laboremexercens de Jean-Paul II (1981) sur le travail. S’agissant ducapitalisme, « la différence réside dans la manière de comprendre le droit de propriété : la tradition chrétienne n'a jamais soutenu ce droit comme un droit absolu et intangible. Au contraire, elle l'a toujours entendu dans le contexte plus vaste du droit commun de tous à utiliser les biens de la création entière : le droit à la propriété privée est subordonné à celui de l'usage commun, à la destination universelle des biens. »

    -Sollicitudoreisocialis, Jean-Paul II (1987), (sur le développement)

    -Centesimusannus, Jean-Paul II (1991) : Elle est une critique du néolibéralisme et de la conception du capital et du profit qui ne tient compte ni de l'homme ni des ressources de la terre.

    -Deus caritas est de Benoit XVI 2005, sur agapê-caritas.

    Le plan méthodologique : voir, juger, agir

    Le plan de l’encyclique peut être lu à la lumière du « voir-juger-agir » (*) .

    Le chapitre 1 (Ce qui se passe dans notre maison) donne à« voir » : il s’agit d’une analyse de la situation écologique du monde. 

    La notion de « juger » couvre trois chapitres : le chapitre 2 (L’évangile de la création), qui présente la tradition judéo-chrétienne sur le sujet de l’écologie, le chapitre 3 (La racine humaine de la crise écologique), qui cherche à identifier les causes du problème écologique et pointe à ce sujet la technologie, et le chapitre 4 (Une écologie intégrale), qui présente la thèse du pape : la nécessité d’une écologie globale, qui couvre tous les aspects de la vie humaine, car, écrit-il souvent, « tout est lié ».

    La notion d’ « agir »préside au chapitre 5 (Quelques lignes d’orientation d’action), qui insiste sur une action politique au niveau mondial, et au chapitre 6 (Education et spiritualité écologiques), qui propose des lignes d’action personnelles et une spiritualité qui motive cet engagement.

     

    Les sources d’inspiration

    Pour ce qui est des sources d’inspiration du texte, il est frappant de voir que le pape :

    • après avoir recueilli les réflexions de ses prédécesseurs et celles qu’il a émises récemment, s’inspire beaucoup de nombreuses déclarations d’épiscopats locaux: Japon, Canada, Brésil, Argentine, République Dominicaine, Mexique, Nouvelle-Zélande, Asie, Amérique Latine, etc. Il met ainsi en valeur le travail des Églises locales et manifeste que le sujet est travaillé depuis des années à la base ;
    • se réfère aussi au patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée, « chef » de l’Église orthodoxe, qui est un grand spécialiste de la question ;
    • utilise également les Déclarations des grands congrès internationaux sur le sujet (comme celle de Rio, de 1992) ;
    • se base sur un auteur qui lui tient à cœur et sur lequel il avait travaillé pour son doctorat : Romano Guardini (1885-1968) et son livre La fin des temps modernes.
    • s’inspire de la figure de saint François d’Assise, dont il a pris le nom en tant que pape et dont il valorise l’engagement pour une solidarité avec la nature, au point qu’il a pris comme titre de l’encyclique le début du Cantique des créatures de saint François : « Laudato si ». (« Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures, spécialement messire frère Soleil, qui est le jour et par qui tu nous illumines »).

     

    Chapitre I : la crise écologique mesurée à ses répercussions sur la vie humaine

    La grande intuition qui traverse tout le document est que la crise écologique doit être mesurée à ses répercussions sur la vie humaine et en particulier sur la vie des plus pauvres. Ceux-ci sont les premières victimes de la situation actuelle : ils souffrent du manque d’eau, de la mauvaise gestion des ordures, des changements climatiques, des situations économiques dégradées, de la destruction des ressources naturelles au profit des monocultures (chapitre 1) :

    • le climat (§ 23) est un bien commun de tous et pour tous. Au niveau global, c’est un système complexe en relation avec beaucoup de conditions essentielles pour la vie humaine. Il existe un consensus scientifique très solide pour admettre que nous sommes en présence d’un réchauffement préoccupant du système climatique.
    • l’eau (§ 28) potable et pure représente une question de première importance, parce qu’elle est indispensable pour la vie humaine comme pour soutenir les écosystèmes terrestres et aquatiques.
    • les ressources de la terre (§ 32) sont aussi objet de déprédation à cause de la conception de l’économie ainsi que de l’activité commerciale et productive fondées sur l’immédiateté. La disparition de forêts et d’autres végétations implique en même temps la disparition d’espèces qui pourraient être à l’avenir des ressources extrêmement importantes non seulement pour l’alimentation, mais aussi pour la guérison de maladies et pour de multiples services.
    • la dégradation de la qualité de la vie (§ 43) sur la planète est inégalitaire (§ 48) : « tant l’expérience commune de la vie ordinaire que l’investigation scientifique démontrent que ce sont les pauvres qui souffrent davantage des plus graves effets de toutes les agressions environnementales ».

    Le monde est menacé de destruction par l’action humaine : c’est un jugement sévère que les historiens futurs risquent de faire sur les hommes du 21e siècle et l’on doit constater que les réactions sont faibles (§ 53)

    Chapitre II : l’évangile de la création

    Dans le chapitre II, le pape se base aussi sur une lecture renouvelée de la Bible et de l’action de Jésus, spécialement lorsque celui-ci part du respect vis-à-vis des oiseaux pour faire découvrir la dignité humaine.

    Après la création de l’être humain, il est dit (§ 65) que « Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon » (Gn1, 31). La Bible enseigne que chaque être humain est créé par amour, à l’image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn1, 26).

    Ces récits suggèrent (§ 66) que l’existence humaine repose sur trois relations fondamentales intimement liées : la relation avec Dieu, avec le prochain, et avec la terre. Selon la Bible, les trois relations ont été rompues, non seulement à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur de nous. Cette rupture est le péché.

    Pour cette raison, il est significatif que l’harmonie que vivait saint François d’Assise avec toutes les créatures ait été interprétée comme une guérison de cette rupture. Saint Bonaventure disait que par la réconciliation universelle avec toutes les créatures, d’une certaine manière, François retournait à l’état d’innocence.

    Cette responsabilité vis-à-vis d’une terre qui est à Dieu implique (§ 68) que l’être humain, doué d’une intelligence, respecte les lois de la nature et les délicats équilibres entre les êtres de ce monde, parce que « lui commanda, eux furent créés, il les posa pour toujours et à jamais sous une loi qui jamais ne passera » (Ps 148, 5b-6).

    Dans le récit concernant Caïn et Abel nous voyons (§ 70) que la jalousie a conduit Caïn à commettre l’injustice extrême contre son frère. Ce qui a provoqué à son tour une rupture de la relation entre Caïn et Dieu, et entre Caïn et la terre, dont il a été exilé.

    Pour la tradition judéo-chrétienne, dire ‘‘création’’, c’est signifier plusque « nature », parce qu’il y a un rapport avec un projet de l’amour de Dieu dans lequel chaque créature a une valeur et une signification (§ 76). La nature s’entend d’habitude comme un système qui s’analyse, se comprend et se gère, mais la création peut seulement être comprise comme un don qui surgit de la main ouverte du Père de tous, comme une réalité illuminée par l’amourqui nous appelle à une communion universelle (§ 77).

    Si nous reconnaissons la valeur et la fragilité de la nature, et en même temps les capacités que le Créateur nous a octroyées, cela nous permet d’en finir aujourd’hui avec le mythe moderne du progrès matériel sans limite. Un monde fragile, avec un être humain à qui Dieu en confie le soin, interpelle notre intelligence pour reconnaître comment nous devrions orienter, cultiver et limiter notre pouvoir (§ 78).

    Quand nous prenons conscience du reflet de Dieu qui se trouve dans tout ce qui existe, le cœur expérimente le désir d’adorer le Seigneur pour toutes ses créatures -et avec elles- comme cela est exprimé dans la belle hymne de saint François d’Assise (§ 87) :

    « Loué sois-tu, mon Seigneur,

    avec toutes tes créatures, spécialement messire frère soleil,

    qui est le jour, et par lui tu nous illumines.

    Et il est beau et rayonnant avec grande splendeur,

    De toi, Très-Haut, il porte le signe.

    Loué sois-tu, mon Seigneur,

    Pour sœur lune et les étoiles,

    Dans le ciel tu les as formées,

    Claires, précieuses et belles. »

    S’en suit la notion de communion universelle (§ 89 et svts), d’où se déduit (saint Thomas d’Aquin) ladestination commune des biens (§ 93 et svts). 

    Qu’en est-il du regard de Jésus sur la création (§ 96 et svts) ?

    • Jésus reprend la foi biblique au Dieu créateur et met en relief un fait fondamental : Dieu est Père (cf. Mt 11, 25). « Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit » (Mt 6, 26).
    • Jésus vivait en pleine harmonie avec la création (§ 98) et les autres s’en émerveillaient : « Quel est donc celui-ci pour que même la mer et les vents lui obéissent ? » (Mt 8, 27).
    • Le Prologue de l’Évangile de Jean (1, 1-18) montrel’activité créatrice du Christ comme Parole divine (Logos). Mais ce prologue surprend en affirmant que cetteParole « s’est faite chair» (Jn 1,14).« Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute pléni­tude et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en fai­sant la paix par le sang de sa croix » (Col 1, 19-20). (§§ 99 et 100) 

    Chapitre III : la racine humaine de la crise écologique

    technologie :

    Cette réflexion se concentre sur le paradigme technocratiquedominantainsi que sur la place de l’être humain et de son action dans le monde.

    La techno-science, bien orientée, non seulement peut produire des choses réellement précieuses pour améliorer la qualité de vie de l’être humain mais aussi de la beauté, réalisant ainsi un saut vers une certaine plénitude proprement humaine (§ 101 à 103).

    Mais nous ne pouvons pas ignorer que l’énergie nucléaire, la biotechnologie, l’informa­tique, la connaissance de notre propre ADN et d’autres capacités que nous avons acquises, nous donnent un terrible pouvoir. Mieux, elles donnent à ceux qui ont la connaissance, et surtout le pouvoir économique d’en faire usage, une emprise impressionnante sur l’ensemble de l’humanité et sur le monde entier (§ 104).

    On a tendance à croire « que tout accroissement de puissance est en soi ‘progrès’, un degré plus haut de sécurité, d’utilité, de bien-être, de force vitale, de plénitude des valeurs », comme si la réalité, le bien et la vérité surgissaient spontanément du pouvoir technologique et économique lui-même (§ 105).

    Le problème fondamental est autre, encore plus profond : la manière dont l’humanité a, de fait, assumé la technologie et son développement avec un paradigme homogène et unidimensionnel (§ 106).

    On peut dire par conséquent qu’à l’origine de beaucoup de difficultés du monde actuel, il y a, avant tout, la tendance -pas toujours consciente- à faire de la méthodologie et des objectifs de la techno-science un paradigme de compréhension qui conditionne la vie des personnes et le fonctionnement de la société (§ 107).

    anthropocentrisme :

    L’anthropocentrisme moderne, paradoxalement, a fini par mettre la raison technique au-dessus de la réalité, parce que l’être humain « n’a plus le sentiment ni que la nature soit une norme valable, ni qu’elle lui offre un refuge vivant. Il la voit sans suppositions préalables, objectivement, sous la forme d’un espace et d’une matière pour une œuvre où l’on jette tout, peu importe ce qui en résultera » (§ 115).

    Il est nécessaire de préserver le travail. Nous y sommes appelés dès notre création. On ne doit donc pas chercher à ce que le progrès technologique remplace de plus en plus le travail humain, car ainsi l’humanité se dégraderait elle-même. Le travail est une nécessité, il fait partie du sens de la vie sur cette terre, chemin de maturation, de développement humain et de réalisation personnelle.Pour qu’il continue d’être possible de donner du travail, il est impérieux de promouvoir une économie qui favorise la diversité productive et la créativité entrepreneuriale (§ 124 et svts)

    S’agissant des innovations biologiques, l’intervention légitime est celle qui agit sur la nature « pour l’aider à s’épanouir dans sa ligne, celle de la création, celle voulue par Dieu » (§ 132 et svt)

      

    Chapitre 4 : écologie intégrale

    C’est ainsi que le papelance (§ 137) la notion d’écologie intégrale (chapitre 4) : le mot « intégral » est cher au magistère de l’Église depuis le début du 20esiècle et fait référence à la notion d’ « humanisme intégral » développée par le philosophe Jacques Maritain (1882-1973).« Tout est lié » …

    Ecologie environnementale, économique et sociale : 

    Si tout est lié, l’état des institutions d’une so­ciété a aussi des conséquences sur l’environnement et sur la qualité de vie humaine : « toute atteinte à la solidarité et à l’amitié civique provoque des dommages à l’environnement » (§ 142).

    Ecologie culturelle : 

    Il y a, avec le patrimoine naturel, un patri­moine historique, artistique et culturel, également menacé. Il fait partie de l’identité commune d’un lieu et il est une base pour construire une ville habitable (§ 143).

    Ecologie de la vie quotidienne :

    Pour parler d’un authentique développement, il faut s’assurer qu’une amélioration intégrale dans la qualité de vie humaine se réalise ; et cela implique d’analyser l’espace où vivent les personnes, leur vie quotidienne (§ 147)

    Le manque de logements est grave dans de nombreuses parties du monde, tant dans les zones rurales que dans les grandes villes, parce que souvent les budgets étatiques couvrent seulement une petite partie de la demande (§ 152).

     

    Chapitre 5 : lignes d’orientation et d’action

    Les situations d’injustice et d’exploitation sauvage des ressources naturelles nécessitent une intervention politique au niveau mondial.  C’est une constatation centrale (chapitre 5). 

    L’interdépendance nous oblige à penser à un monde unique, à un projet commun (§ 164)

    Il convient de mettre l’accent sur le Sommet Planète Terre, réuni en 1992 à Rio de Janeiro. Il y a été proclamé que « les êtres humains sont au centre des préoccupations relatives au développement durable » (§ 167)

    Face à la possibilité d’une utilisation irresponsable des capacités humaines, planifier, coordonner, veiller, et sanctionner sont des fonctions impératives de chaque État (§ 177)

    La politique ne doit pas se soumettre à l’économie et celle-ci ne doit pas se soumettre aux diktats ni au paradigme d’efficacité de la technocratie. Aujourd’hui, en pensant au bien commun, nous avons impérieusement besoin que la politique et l’économie, en dialogue, se mettent résolument au service de la vie, spécialement de la vie humaine. Sauver les banques à tout prix, en faisant payer le prix à la population, sans la ferme décision de revoir et réformer le système dans son ensemble, réaffirmer une emprise absolue des finances qui n’a pas d’avenir et pourra seulement générer de nouvelles crises après une longue, coûteuse et apparente guérison (§ 189).

    Dans la ligne de ses prédécesseurs, le pape François fait appel, plus que jamais, à une autorité politique mondiale pour régler les questions de l’avenir de l’humanité (§ 175).

     

    Chapitre 6 : nos actions personnelles

    Beaucoup de choses doivent être réorientées, mais avant tout l’humanité a besoin de changer. La conscience d’une origine commune, d’une appartenance mutuelle et d’un avenir partagé par tous, est nécessaire (§202).

    Un changement dans les styles de vie pourrait réussir à exercer une pression saine sur ceux qui détiennent le pouvoir politique, économique et social (§ 206).  

    Il ne faut pas penser que ces efforts ne vont pas changer le monde. Ces actions répandent dans la société un bien qui produit toujours des fruits au-delà de ce que l’on peut constater, parce qu’elles suscitent sur cette terre un bien qui tend à se répandre toujours, parfois de façon invisible (§ 212).

    Cela n’empêche pas un engagement immédiat de chacun : c’est pourquoi le pape appelle chaque chrétien à une « conversion écologique » (§ 216). Il s’agit d’un engagement personnel que tous peuvent prendre et qui passe par les gestes de la vie quotidienne.

    Les individus isolés peuvent perdre leur capacité, ainsi que leur liberté pour surmonter la logique de la raison instrumentale, et finit par être à la merci d’un consumérisme sans éthique et sans dimension sociale ni environnementale (§ 219).

    Prière pour notre terre (§ 246)

    Dieu tout-puissant, qui es présent dans tout l’univers et dans la plus petite de tes créatures,

    Toi qui entoures de ta tendresse tout ce qui existe,

    Répands sur nous la force de ton amour pour que nous protégions la vie et la beauté.

    Inonde-nous de paix, pour que nous vivions comme frères et sœurs,

    Sans causer de dommages à personne.

    Ô Dieu des pauvres,

    Aide-nous à secourir les abandonnés.

    C’est par la capacité du don de soi que l’on dépassera les menaces de la situation écologique et que l’on découvrira la joie et la paix dans une nouvelle relation de contemplation vis-à-vis du cosmos et de nos frères humains. Ainsi la symphonie dramatique devient-elle une « symphonie pastorale », qui se termine par une section apaisée et incite chaque lecteur à l’action et à l’espérance.

    _____________

    (*) Les textes magistériels ont élaboré la doctrine sociale de l'Église à partir de plusieurs éléments fondamentaux constitutifs. Née au XIXe siècle de l'affrontement entre le message évangélique et l'évolution des problèmes sociaux de l'époque, la doctrine sociale a maintenant une identité et une autonomie propres. Réflexion, surtout théologique, axée sur la juste intelligence de l'homme et de sa destinée à travers l'évolution de ses conditions de vie, cette doctrine a trois dimensions : théorique, historique et pratique.

    Sa méthodologie en trois temps (voir, juger, agir) lui permet d'analyser les causes de l'injustice sociale, en s'appuyant à la fois sur des bases philosophiques et théologiques et l'apport positif des sciences sociales. (note de l’Union) 

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  • Académie de Chant grégorien à Liège : trois sessions et deux conférences proposées par Marcel Pérès sur le chant de la liturgie liégeoise médiévale

    2421521009_0331959dac_b.jpgMarcel Pérès est directeur de l’Ensemble « Organum » et du CIRMA (Centre Itinérant de Recherche sur les Musiques Anciennes, fondé à l’abbaye de Moissac). Spécialiste des musiques du moyen âge, il considère la musique comme un outil de réflexion sur l’histoire des mentalités. Il est l’auteur de nombreux enregistrements et publications. Il dirige des sessions de recherche et de formation sur la musique ancienne et sa mise en œuvre dans le monde contemporain..

    Dans la continuité des sessions de chant qu’il anime à Liège depuis 2013, Marcel Pérès propose cette année, à l’abbaye des Bénédictines  (Bd d’Avroy, 54),  trois week-ends consacrées aux 

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    offices de la liturgie liégeoise médiévale

    Fête-Dieu, Trinité, Saint-Lambert

    • du vendredi 5 (17h00) au dimanche 7(17h00) février 2016
    • du vendredi 12 (17h00) au dimanche 14 (17h00) février 2016
    • du vendredi 9 (17h00) au dimanche 11(17h00) septembre 2016

    Ces musiques portent en elles encore beaucoup d’éléments constitués au cours de la renaissance carolingienne et offrent de précieuses indications sur l’art de la scansion du plain-chant.

    Les psaumes et les hymnes seront étudiés selon les techniques de faux-bourdon en usage à l’époque.

    • Deux conférencesillustrées par des extraits chantés clôtureront les rencontres : le 14 février (15h30) et le 11 septembre (15h30) ;

    Ces conférences seront données par Marcel Pérès dans l’église de l’abbaye. Elles font partie du cycle mais on peut aussi s’y inscrire indépendamment de celui-ci.

    Les inscriptions sont ouvertes. Ne tardez pas à nous renvoyer votre formule d’inscription, soit par la poste (Jean-Paul Schyns, Quai Churchill, 42/7, 4020 Liège), soit par email : jpschyns@skynet.be. Vous pouvez aussi téléphoner au secrétariat de l’académie à Liège : 04.344.10.89 (depuis l’étranger : +32.4.344.10.89) ou à l’abbaye (demander Sœur Petra) : 04.223.77.20 (depuis l’étranger : +32.4.223.77.20) ou vous inscrire en ligne sur le sitehttp://www.gregorien.com  

    Tous les détails de l’organisation figurent sur la version informatique du dépliant : cliquez ici pour voir ce déplant.

    Inscription en ligne  
     Veuillez indiquer en remarque à quel(s) weekend(s) ou conférence(s)vous vous inscrivez.

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    stagiaires 2015 (vêpres médiévales de la fête de saint Lambert à l'église du st-sacrement à Liège)

    JPSC

  • Foliamusica à l’église du Saint-Sacrement (Bd d’Avroy, 132 à Liège) : concert flûte et orgue, le dimanche 24 janvier 2016 à 16h30

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    Entrée : 9 euros, prévente 6 euros, gratuit pour les enfants de moins de 10 ans.

    Concert suivi du verre de l’amitié

    Réservations : 0473 32 19 83

    www.foliamusica.be

     

  • Le samedi 9 janvier 2016 à 16h30 : Liège fête les Rois à l’église du Saint-Sacrement

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    Le samedi 9 janvier prochain, aura lieu la Fête traditionnelle de l’Epiphanie organisée à Liège en l’église du Saint-Sacrement, boulevard d’Avroy, 132 (face à la statue équestre de Charlemagne). Il s’agit d’une fête familiale, avec la procession à la crèche avant la messe, le partage de la galette des rois et l’échange des vœux pour l’an nouveau au cours d’une réception ouverte à tous .

    Deux excellentes chorales polyphoniques animeront cette fête : la « Magnanarelle »  et l’Ensemble « Praeludium ».

      

    À 16h30, un petit prélude concertant nous permettra d’entendre les chants de la « messe du millénaireimages (1).jpg
     de la collégiale Saint-Barthélemy » interprétés par la Magnanarelle sous la direction du compositeur : Ghislain Zeevaert. 

     

    Les voix de l’Ensemble « Praeludium » (dir. P. Wilwerth) suivront avec des psalmodies hébraïques ainsi que des œuvres composées pour la liturgie slavone et, à 17h00, la messe de l’épiphanie sera célébrée (missel de 1962) avec le concours des mêmes chanteurs, tous issus de nos conservatoires ou académies de musique .

    P1010258.JPGLe Kyriale de la célébration sera celui de la messe Litanies d’Oksana. Au programme également, outre le propre grégorien, des œuvres de Piotr Ilitch Tchaïkovski, Tomás-Luis de Victoria, Padre Madina, Ghislain Zeevaert  et Patrick Wilwerth. A l’orgue Thomas du Saint-Sacrement : Patrick Wilwerth, professeur au conservatoire de Verviers. Photo.

    Cette initiative conviviale se veut aussi une contribution au développement d’une musique liturgique de qualité : la découverte mérite le détour. 

    Entrée libre. Renseignements : 04.344.10.89 -  

    E-mail :sursumcorda@skynet.be Site web : http://eglisedusaintsacrementliege.hautetfort.com

     

    O Magnum Mysterium (Tomas-Luis da Victoria)

     

    Divine Liturgie: Dostojno jest

  • A l'ULg le mercredi 13 janvier 2016 (18h00), lunch débat avec Drieu Godefridi: 'Laudato si' et les grands mythes du développement durable

     

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    dg1212.jpgDrieu GODEFRIDI est un manager, actuellement à la tête d'une entreprise européenne qu'il a créée il y a dix ans. Positionné comme philosophe libéral, il répondra à la question: un esprit libéral classique peut-il se retrouver dans les préconisations de l'encyclique "Laudato si' du pape François face à la crise écologique, une encyclique que d’aucuns considèrent moins en phase avec le modèle d’économie de marché défendu par Jean-Paul II (« Centesimus annus »)?

    La rencontre se tient à la salle des professeurs dans le bâtiment du Rectorat de l’Université de Liège, place du XX août, 7, 1er étage (accès par la grande entrée : parcours fléché).

     

    Participation aux frais : 10 € (à régler sur place) - 2 € pour les étudiants


    Inscription nécessaire au plus tard trois jours ouvrables à l’avance (9 janvier 2016) :
    soit par téléphone : 04 344 10 89
    soit par email : info@ethiquesociale.org
    soit sur le site internet : 
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    JPSC

  • Magazine "Vérité et Espérance-Pâque Nouvelle": n° 97, hiver 2015

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    Le magazine trimestriel « Vérité & Espérance – Pâque Nouvelle » édité par l’association « Sursum Corda » (responsable de l'église du Saint-Sacrement à Liège) sort sa livraison d’hiver. Tiré à 4.000 exemplaires, ce magazine abondamment illustré parcourt pour vous l’actualité religieuse et vous livre quelques sujets de méditation (les articles mentionnés en bleu sont disponibles en ligne sur le blog de l’église du Saint-Sacrement: cliquez sur le titre de l’article).

    Au sommaire de ce numéro n° 97 (4e trimestre 2015) : 

    À la Nativité par l’Angélus

    Faut-il en finir avec le péché originel ?

    Lettre pastorale de l’évêque de Liège pour l’année jubilaire de la miséricorde

    Famille : le synode de la confusion

    Djihad : le choc de deux sociétés en crise 

    Fabrice Hadjadj : prendre le glaive pour étendre le royaume de l’amour

    Annie Laurent : l’islam est fragile

    La Belgique, base arrière du terrorisme islamique

    Cardinal Danneels : une biographie qui fait du bruit

    Succession de Mgr Léonard : la désignation de l’évêque de Bruges, Mgr De Kesel, réjouit le landerneau médiatique

    Monseigneur Léonard : adieu, Belgique

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    Secrétaires de Rédaction : Jean-Paul Schyns et Ghislain Lahaye

    Editeur responsable: SURSUM CORDA a.s.b.l. ,

    Vinâve d’île, 20 bte 64 à B- 4000 LIEGE.

    La revue est disponible gratuitement sur simple demande :

    Tél. 04.344.10.89  e-mail : sursumcorda@skynet.be 

    Les dons de soutien à la revue sont reçus  avec gratitude au compte IBAN:

     BE58 0016 3718 3679   BIC: GEBABEBB de Vérité et Espérance 3000, B-4000 Liège

  • A la Nativité par l'Angélus

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    À LA NATIVITÉ PAR L’ANGÉLUS 

    Trois fois le jour, l’appel de l’angélus nous convie à la Nativité du Christ. Non seulement à la célébration de sa naissance dans le temps de notre histoire, mais aussi à l’accomplissement de sa naissance en nous-mêmes.

    La Sainte Vierge y est notre modèle, et la demande que nous lui adressons par la prière des Ave reçoit réponse assurément, de manière à nous conformer efficacement à elle, si nous la prions avec cœur.

    Cette simple prière renferme, comme nous allons le voir, un enseignement substantiel et sûr de vie spirituelle ; la place qui revient à Marie dans l’œuvre de notre salut y est indiquée par la sainte Ecriture, dont sont extraites en effet les trois invocations qui la composent.

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    ANGELUS DÓMINI NUNTIÁVIT MARÍÆ,

    ET CONCÉPIT DE SPÍRITU SANCTO.

    « L’Ange du Seigneur a porté l’annonce à Marie,

    et elle a conçu du Saint-Esprit. »

    ~

    AVE MARÍA... ― « Je vous salue, Marie... »

    ~

    Le Seigneur envoie son Ange. On se rappellera par ce premier verset que l’initiative de « ce qui est bon » vient indubitablement de Dieu. Ainsi en fut-il dès les origines : « Au commencement, Dieu... » (Gn, 1, 1) Tout bien procède de lui, et s’il nous arrive d’y coopérer, ce ne peut se faire qu’en vertu de sa grâce : sous sa motion, puis par elle. C’est Dieu qui nous a aimés en premier (Cf. 1 Jn 4, 10 [Vulg.]).

    Cette coopération, Dieu la veut : il associe en effet à l’œuvre maîtresse qu’est l’Incarnation une Fille des hommes, à laquelle il confie une place déterminante dans le mystère : le Christ, Verbe fait chair, l’Enfant de la crèche, sera « l’os de ses os et la chair de sa chair » (cf. Gn 2, 23).

    ~

    La volonté divine se fait connaître à elle non point directement, mais par l’intermédiaire d’une créature : l’Ange. Dieu peut certes communiquer directement avec l’âme de ses fidèles, mais dès avant qu’il ne vienne habiter parmi nous, il montre qu’il entend s’exprimer par la voix de ministres qu’il prépose à cette fin.

    Cette caractéristique s’observe à plusieurs reprises au moment charnière de l’histoire du salut : annonce à Zacharie (Lc 1, 11), à saint Joseph (Mt 1, 20), aux bergers de Bethléem (Lc 2, 9)... Elle était déjà de règle sous l’ancienne Alliance, où Dieu parle « par les prophètes » (Credo), et aux jours de la manifestation du Messie, quand « il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses » (Hb 1, 2). Puis, ce même Fils donne mission à ses Apôtres et à leurs successeurs de parler en son Nom : « Celui qui vous écoute m’écoute ; celui qui vous rejette me rejette ; et celui qui me rejette rejette celui qui m’a envoyé. » (Lc 10, 16)

    Si la Vierge choisie pour être Mère de Dieu écoute humblement l’Ange, qui sommes-nous donc, nous, pour prétendre avoir accès aux desseins du Très-Haut sans écouter ceux qu’il a établis « princes sur toute la terre » (Ps 44 [45], 17, texte que la Liturgie applique aux Apôtres Pierre et Paul et à leurs successeurs) ? Qui sommes-nous pour répandre exégèses, prêches et thèses hors de l’approbation de ceux qui ont reçu de lui mission de gouverner son troupeau ?

    ~

    Or, si le Seigneur a voulu que le Christ vînt au monde par Marie, c’est aussi par Marie qu’il viendra en nos cœurs : le Saint-Esprit a manifesté où va sa prédilection.

    La Vierge Marie est unique. Pas seulement l’unique qui puisse donner naissance au Christ ; mais, puisqu’elle est le pont par lequel la Divinité est entrée dans notre humanité, elle est pareillement le seul passage par lequel notre humanité puisse rejoindre la Divinité.

    Le Christ est le seul Médiateur : il l’est en qualité d’unique « Pontife des biens à venir » (He 9, 11). Or le Pontife (Ponti-fex) est celui qui « fait un pont ». Sans Pontife, point de pont : le Pontife est donc le Médiateur. Mais sa médiation même, c’est le pont qu’il fait. Voilà pourquoi le pont participe de son titre de Médiateur, sans être pour autant un autre médiateur. Il n’y a pas deux médiateurs. Marie est Médiatrice parce qu’elle est le Pont que ‘fait’ le Verbe-Pontife, par le choix qu’il fait d’elle en son Incarnation.

    La Médiatrice n’est pas juxtaposée au Médiateur comme le sont deux termes d’un binôme. La Mère du Christ et le Christ sont bien entendu deux personnes distinctes, mais il ne s’ensuit pas que la médiation de la Mère vienne se surajouter à la médiation du Fils : elle en est indissociable, tout de même que le titre de « Mère de Dieu » qui lui revient (Concile d’Ephèse) est inhérent à celui de « Verbe fait chair » porté par son Fils.

    ~

    Semblablement, le rôle de la Vierge Marie focalise notre foi sur l’action du Saint-Esprit : « et elle a conçu du Saint-Esprit. »

    Tout ce que fait Marie, elle le fait par le Saint-Esprit : sans doute est-elle dite bienheureuse d’avoir porté et nourri le Christ, mais Notre-Seigneur précise que c’est d’abord pour avoir écouté la parole de Dieu, et l’avoir gardée (cf. Lc 11, 27-28). Ce qu’avait du reste déjà proclamé sa cousine, Elisabeth : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur » (Lc 1, 45).

    Notre Noël, sa maternité selon la chair, est le fruit de sa parfaite docilité à l’Esprit. Au temps de la Création, « l’Esprit de Dieu planait au-dessus des eaux » (Gn 1, 2) ; au temps de l’Incarnation l’Esprit Saint vient sur Marie, la Puissance du Très-Haut la prend sous son ombre (cf. Lc 1, 35). Noël est le couronnement de sa docilité à l’Esprit.

    Une telle docilité une fois posée, toute action de Marie est action de l’Esprit : rien d’étonnant dès lors que l’Eglise reconnaisse en elle les traits ce cette action de l’Esprit. Le Christ lui-même associe intimement sa Mère au rôle du Saint-Esprit : « Je ne vous laisserai pas orphelins » (Jn 14, 18), dit-il à ses disciples, leur annonçant le don de l’Esprit après son retour au Père ; et au moment de mourir sur la Croix : « ...il dit au disciple : ‘Voici ta mère’ » (Jn 19, 27). Parce que par sa docilité elle est pleine de l’Esprit-Saint, elle remplit auprès de nous ce même et unique rôle, qui reste bien celui de l’Esprit.

    L’Esprit est le « Conseiller », elle est la « Mère du Bon Conseil » ; l’Esprit est le « Consolateur par excellence », elle, la « Consolatrice des affligés » ; lui, le « Défenseur », elle le « Secours des chrétiens ». Il « emplit de la grâce d’en-haut », elle est « Mère de la grâce divine » ; il « répand l’amour dans les cœurs », elle est la « Mère du bel amour » ; il « affermit les infirmités de notre corps », elle est le « Salut des infirmes », et ainsi de suite... Bref, tout ce qu’il accomplit, elle le met en œuvre, parce qu’elle est tout à lui. On ne peut trouver l’Esprit sans Marie, ni Marie sans l’Esprit. En tout cela, c’est l’Esprit qui opère, et toujours il opère par Marie. Tel est son choix.

    Si nous voulons que l’Esprit forme en nous le Christ, imitons la docilité de la Sainte Vierge, et demandons-lui de l’enfanter en nos cœurs. Noël historique, Noël liturgique, Noël à notre intime.

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    ECCE ANCÍLLA DÓMINI,

    FIAT MIHI SECÚNDUM VERBUM TUUM.

    « Voici la servante du Seigneur,

    qu’il me soit fait selon votre parole. »

    ~

    AVE MARÍA... ― « Je vous salue, Marie... »

    ~

    L’initiative vient de Dieu, mais Dieu veut associer réellement l’homme à son action : il ne force donc pas son assentiment, mais attend qu’il soit volontairement et librement consenti. La fête de Noël vient consacrer l’ouverture de la nouvelle Alliance ; or il ne peut y avoir alliance sans l’accord des parties. Le Testament aussi, si l’on se réfère à ce terme, ne devient effectif que par l’acceptation du légataire.

    Cela n’implique néanmoins en aucune façon l’égale condition des parties. La Vierge en a bien conscience, qui se déclare « servante du Seigneur ».

    Tirons-en une nécessaire mise au point pour notre mentalité ambiante, fille de toutes les émancipations : le maître mot qui veut s’imposer à chacun est qu’on revendique son droit à disposer de soi-même. Outre que pareil slogan nous livre à toutes les tyrannies bien au contraire de nous libérer ― à commencer par la nôtre propre ―, il fausse surtout la perception de notre rapport à Dieu.

    « Comme les yeux de l’esclave vers la main de son maître, comme les yeux de la servante vers la main de sa maîtresse, nos yeux sont levés vers le Seigneur notre Dieu » (Ps 122 [123], 2) ; « Voici la servante du Seigneur » (Lc 1, 38) : l’Ancien Testament et le Nouveau sont bien en harmonie. La dignité de fils adoptifs que nous offre notre Créateur, le beau titre de Père qu’il nous invite à lui donner, toute la tendresse dont il ne cesse de nous combler ne peuvent que nous faire rejeter avec horreur les manières de copinage dans nos relations avec lui ; davantage encore quelque revendication que ce soit. « Donne-moi la part qui me revient » (Lc 15, 12) : c’est ce que disait le fils prodigue à son père... au moment de sa perte !

    « Vous m’appelez ‘Maître’ et ‘Seigneur’, et vous avez raison, car vraiment je le suis » (Jn 13, 13). Le Christ lui-même prie son Père à genoux : « S’étant mis à genoux, il priait en disant : ‘Père...’ » (Lc 22, 41-42). Saint Etienne (Ac 7, 60), saint Paul (Ac 20, 36) adoptent cette même attitude. Sainte Thérèse d’Avila, intime de Dieu s’il en est, ne se lasse pas de le nommer « sa Majesté ».

    ~

    En plus de ce profond respect pour le Seigneur, la réponse de la Vierge nous apprend la disponibilité : « Qu’il me soit fait ». Elle ne prend pas les rênes, elle laisse Dieu agir en elle. Cette disponibilité n’a rien d’un paresseux et présomptueux quiétisme : verset 38 du chapitre 1 en saint Luc : « Alors l’Ange la quitta. » ; verset 39 : « Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse. » Tout ce qu’il faut faire, elle le fait, promptement ; mais c’est la volonté du Seigneur qu’elle accomplit, jamais la sienne propre.

    Les vrais contemplatifs sont très actifs, à cette précision près,  que leur activité est celle de Dieu en eux. La même sainte Thérèse nous en est un exemple. Un chrétien plein de soi-même fait à rebours endosser à Dieu ses gesticulations personnelles qui n’ont rien de divin, répandant ainsi le scandale et contrecarrant l’œuvre du Salut.

    ~

    Enfin, c’est en respectant en pleine confiance la voie par lui choisie pour lui faire connaître sa volonté, que Notre-Dame se reconnaît au service du Seigneur, et accepte tout de lui. Car, remarquons-le bien, répondant à l’Ange elle ne dit pas : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ‘sa’ parole » mais « selon ‘votre’ parole ».

    Peut-être sommes nous prêts, quant à nous, à obéir à Dieu, mais nous renâclons à exécuter sa volonté sur la parole de ceux qu’il nous envoie...

    Si nous voulons que le Christ naisse en nous, et réaliser ainsi le Noël de notre être, il nous faut nous abandonner entièrement à ce que le Seigneur attend de nous ; mais, chaque fois que nous nous soustrayons à l’humble obéissance aux messagers par lesquels il s’adresse à nous, nous risquons immanquablement de suivre notre propre volonté croyant suivre la sienne, tenant ainsi en échec tous ses desseins sur nous.

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    ET VERBUM CARO FACTUM EST,

    ET HABITÁVIT IN NOBIS.

    « Et le Verbe s’est fait chair,

    et il a habité parmi nous. »

    ~

    AVE MARÍA... ― « Je vous salue, Marie... »

    ~

    Dans la réponse de la Vierge « qu’il me soit fait », le ‘il’ était impersonnel ; ici, le verbe reste le même, mais le sujet devient personnel par excellence : le Verbe de Dieu.

    Pour que Dieu naisse en nous bien réellement, il faut aussi que notre réponse à son appel reste indéterminée, de manière que la détermination devienne sienne et ne soit pas nôtre. Nous ne pouvons par nous-mêmes produire du divin : si nous lui laissons la place, Dieu le produit en nous. « Le Puissant fit pour moi des merveilles » (Lc 1, 49). Tout le Magnificat chante l’action du Seigneur. L’âme de Marie ― et la nôtre quand elle le met sur nos lèvres ― se contente d’exalter le Seigneur et d’exulter en Dieu, son Sauveur.

    Alors peut se produire le mystère le plus inconcevable : le Verbe se fait chair. Et l’Incarnation de la Personne divine dans le sein de Marie se prolonge dans l’Eglise et dans chacun de ses membres qui répète après elle, à son exemple et grâce à son intercession son fiat, par l’Esprit-Saint. Ainsi se forme le Corps mystique du Christ. « En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous » (Jn 14, 20).

    Comme notre vie changerait si nous prenions vraiment conscience que nous sommes des « théophores », des « porteurs de Dieu » ! Il nous arriverait alors ce que l’Alléluia chantera admirablement du vieillard Siméon, quand prendra fin le temps de Noël : « Le vieillard portait l’Enfant, mais c’est l’Enfant qui conduisait le vieillard » (Liturgie du 2 février).

    ~

    « Et habitavit in nobis. » Le grec signifie littéralement « et il a planté sa tente en nous. » Il s’installe, comme on prend possession d’un territoire. Pour un Oriental, planter sa tente, c’est marquer un lieu de son empreinte.

    Le verbe latin rend la même idée. Habitare ‘habiter’ dérive de habere « avoir », « posséder » ; il s’agit de la forme fréquentative (suffixe -itare), ‘avoir à répétition, continuellement’. Cette intronisation dans nos cœurs ne doit donc pas être seulement un événement ponctuel, sans lendemain. Le Christ vient habiter en nous, c’est-à-dire, y être de manière ‘habituelle’ (autre dérivé du même radical).

    La triple répétition journalière de l’Angélus, matin, midi et soir, offre, à qui le veut, d’actualiser cette présence du Christ. Ainsi pourra-t-on dire avec l’Apôtre : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20). Alors, Jésus simplement figuré dans la crèche deviendra bien réel dans un cœur de chair.

    ~

    Sa présence s’opère de trois manières : tout d’abord par la grâce de Dieu qui veut nous donner les moyens de notre sanctification avant même que nous y soyons pour quelque chose ; ensuite, par la demande de secours que nous lui adressons par l’intercession de Marie, que nous associons à cette demande ; enfin, par la mise en conformité de notre vie avec la volonté du Père : car on ne peut répéter sincèrement ces mots : « qu’il me soit fait selon votre parole », et en même temps continuer à s’endurcir dans des comportements qui lui sont contraires.

    Le verset final et l’oraison qui clôturent l’Angélus en résument toute la doctrine. Puisse cette vénérable dévotion nous acheminer peu à peu à transformer en Noël notre vie !

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    ORA PRO NOBIS, SANCTA DEI GENETRIX,

    UT DIGNI EFFICIÁMUR PROMISSIÓNIBUS CHRISTI.

    « Priez pour nous, sainte Mère de Dieu,

    afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ. »

    ORÉMUS. ― GRÁTIAM TUAM, QUǼSUMUS, DÓMINE, MÉNTIBUS NOSTRIS INFÚNDE : UT QUI, ANGELO NUNTIÁNTE, CHRISTI FÍLII TUI INCARNATIÓNEM COGNÓVIMUS ; PER PASSIÓNEM EIUS ET CRUCEM AD RESURRECTIÓNIS GLÓRIAM PERDUCÁMUR. PER EÚNDEM CHRISTUM DÓMINUM NOSTRUM. AMEN.

    « Prions. ― Répandez, s’il vous plaît, Seigneur, votre grâce en nos cœurs, afin qu’ayant connu par l’annonce de l’Ange, l’Incarnation du Christ, votre Fils, nous soyons conduits par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de sa résurrection. Par le même Christ, notre Seigneur. Amen. »

     

    Jean-Baptiste Thibaux

  • Faut-il en finir avec le péché originel ?

    verité et esperance n° 97406.jpgFAUT-IL EN FINIR AVEC LE PÉCHÉ ORIGINEL ? 

    Moi, je suis né dans la faute, j’étais pécheur dès le sein de ma mère (Ps. 50, 7). Quelle est donc cette malédiction collective appelée « péché originel » ? Pourquoi et comment sommes-nous contaminés – dès la conception ! – par le péché qu’un autre a commis au nom de l’humanité au commencement du monde ? Si Dieu est bon, pourquoi a-t-il soumis Adam à l’épreuve de la tentation ? Ne savait-il pas d’avance qu’il tomberait, et nous avec lui ? Pourquoi, comme l’écrit saint Paul, sommes-nous « vendus au pouvoir du péché ? Vraiment, ce que je fais, je ne le comprends pas [...] puisque je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas. Or si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui accomplis l’action, mais le péché qui habite en moi. »[1] Si nous élargissons ce thème aux sources même du mal, on pourrait se demander – avec les païens antiques – si deux principes divins opposés ne gouvernent pas l’homme : le bien et le mal, indissolublement liés à la racine de l’être... 

    Au milieu de l’été dernier a paru un essai consacré à la vaste et épineuse question du péché originel.9782873566654.jpg Cette exploration théologique et pastorale (sous-titre de l’ouvrage) a retenu notre attention pour trois raisons : l’ambition théologique, la clarté des arguments et la simplicité de lecture. Son auteur, Michel Salamolard, est un prêtre suisse, incardiné dans le diocèse de Sion.           

    Le péché originel est-il un dogme ou bien peut-on en discuter librement ? L’auteur distingue trois types de vérités chrétiennes, par ordre décroissant :

    1. le dogme, c’est-à-dire les vérités sûres et permanentes (les articles du Credo et les vérités définies solennellement par le magistère : Immaculée Conception, Assomption de la Vierge Marie) ;
    2. la doctrine commune, qui sont des « affirmations plus ou moins pertinentes, reflet d’une culture et d’une époque, utiles pendant un temps plus ou moins long, jusqu’à ce que des nécessités ou des urgences pastorales exigent de les réviser »[2], ces doctrines ne sont pas irréformables, à moins d’être explicitement déclarées comme telle par le magistère ;
    3. les opinions théologiques qui relèvent de la réflexion personnelle et sont proposées à l’Eglise ; elles sont recevables – et criticables – dans leur diversité (par ex. la théologie de la libération, la théologie féministe, la théologie scolastique...), mais n’ont évidemment aucun caractère contraignant.

    Dans quelle catégorie l’auteur situe-t-il le péché originel ? « Le péché originel fut d’abord une opinion théologique élaborée et défendue par le grand saint Augustin (354-430), mais pour l’essentiel, cette opinion est entrée dans l’enseignement officiel de l’Eglise catholique romaine (pas dans celui des Eglises orthodoxes)[3]. » L’auteur situe prudemment – mais clairement – le péché originel dans la doctrine commune de l’Eglise. Mais le péché originel semble aujourd’hui faire problème : l’annonce de l’évangile – une bonne nouvelle ! – n’est-elle pas plombée d’avance par la mauvaise nouvelle d’un « péché originel » dont nous serions tous les héritiers sans en être nullement coupables ni responsables ? A cette question est liée une autre, lancinante : d’où vient le mal ? L’auteur se propose d’ouvrir des pistes de réflexions, de « toucher » cette doctrine, non pour la rejeter, mais pour la sonder et mieux la comprendre... Voyons ce qu’il en est.

    Des Pères latins au Catéchisme

    L’exploration débute par l’histoire. Dans l’Église latine, la notion de péché originel s’est développée à partir d’une réflexion de S. Augustin commentant S. Cyprien de Carthage (200-258). La question débattue était celle de la pratique du baptême des nouveau-nés. Selon Cyprien, « le nouveau-né avait besoin du baptême pour la rémission non de ses propres péchés, mais de celui d’Adam, dont il héritait comme tout un chacun. Augustin adopta ce point de vue, le développa, le justifia et le défendit avec toujours plus de vigueur, de rigueur et d’ardeur dans sa longue lutte contre ceux qui tenaient une autre opinion et un autre langage »[4].

    Précédant Cyprien de quelques décennies, Tertullien (v. 160-v. 225) propose une vision moins fataliste du péché originel ; comme dans la tradition orientale, il souligne davantage la liberté et la responsabilité de l’homme ; la dynamique de Dieu et du salut n’est pas interrompue, mais relancée par la « chute ».

    En occident, saint Augustin a écrasé de son autorité les développements ultérieurs de la doctrine du péché originel, jusqu’à considérer que le motif principal de l’Incarnation est le pardon des péchés. Ce que l’auteur reproche à Augustin, c’est d’avoir trop nourri sa théologie de ses propres expériences de pécheur d’avant sa conversion (jeunesse tumultueuse, concubinage pendant quinze ans, enfant naturel, fréquentation des hérétiques, des astrologues...), et ainsi d’avoir noirci la nature humaine et durci l’Ecriture, là où elle n’est pas si claire ; « là où elle laisse planer une part de mystère, Augustin a voulu faire toute la lumière avec sa doctrine du péché originel »[5]. Augustin fut ainsi conduit à estimer que les bébés morts sans baptême allaient en enfer, que l’humanité se divise entre prédestinés (en petit nombre) et damnés (en grand nombre), que la propagation du péché d’Adam se fait par l’union charnelle de l’homme et de la femme, que l’humanité est une « masse de boue »...

    Heureusement, la doctrine personnelle d’Augustin n’est pas devenue totalement celle de l’Eglise catholique ; elle en a retenu des éléments importants mais en a rejeté d’autres. C’est d’abord le concile de Carthage (418) puis celui d’Orange (529) qui vont intégrer ces éléments augustiniens dans la doctrine commune de l’Eglise. Le concile de Trente formulera la réception du « péché originel » dans un décret dogmatique de 1546 qui peut être résumé comme suit : le premier homme, Adam, a transgressé le commandement de Dieu, il a immédiatement perdu la sainteté et encouru la colère et l’indignation de Dieu, et ensuite la mort. Ce péché d’Adam s’est transmis à sa descendance et à tout le genre humain. Cette vision de la chute et du salut a été relayée par le Catéchisme de l’Eglise catholique (396-409) : « La doctrine du péché originel est pour ainsi dire le « revers » de la Bonne Nouvelle que Jésus est le Sauveur de tous les hommes, que tous ont besoin du salut, et que le salut est offert à tous par le Christ ».[6] Plus récemment, le pape Benoît XVI a réaffirmé clairement : « Si la conscience du dogme du péché originel a mûri dans la foi de l’Église, c’est qu’il est indissociable d’un autre dogme, celui du salut et de la liberté dans le Christ. On ne devrait donc jamais parler du péché d’Adam et de l’humanité hors du contexte du salut, c’est-à-dire sans les inclure dans le cadre de la justification dans le Christ ».[7]

    Des pépins dans la pomme 

    L’auteur relève cependant les éléments de cette doctrine qui lui font problème : difficile accord avec nos sciences naturelles (exista-t-il au « paradis terrestre » une super-humanité, dispensée de travail, de souffrance, de mort ?) ; créationnisme naïf et irrationnel ; fabrication de mythes (âge d’or, temps métahistorique, monde préternaturel...[8]) ; discutable cohérence théologique (Dieu est la seule Origine, son Oeuvre est unique et inscrite dans le temps : création et rédemption sont orientées vers une alliance éternelle avec Lui). En résumé, écrit Michel Salamolard, « ce qui se propage depuis l’Origine, c’est l’amour infini et surabondant de Dieu, vainqueur par avance de tous les obstacles ».[9] A l’appui de sa thèse, l’auteur propose un long développement des chapitres 2 et 3 du livre de la Genèse ainsi qu’un commentaire serré de Romains 5, 12-21. L’origine du mal se trouverait ainsi logée dans le coeur de l’homme ; il proviendrait de deux sources, la Loi et le désir illimité de l’homme, qui est en lui comme la marque de la ressemblance divine. Le péché et la mort viendraient de ce combat intérieur, de cette dialectique de notre désir infini et de nos limites : « La confrontation entre ce désir et la Loi, tous deux venant de Dieu, sera donc rude, permanente, impitoyable. Le résultat en sera souvent, très souvent, le péché. Ce dernier conduit à la mort, pas seulement physique, mais aussi spirituelle : c’est une rupture avec le Dieu vivant ».[10]

    Comment intégrer dans cette vision humaniste, le dogme de l’Immaculée Conception selon lequel, « la bienheureuse Vierge Marie [...] a été préservée intacte de toute souillure du péché originel » ? La réponse de l’auteur est désarmante : « Toute personne humaine, à cause de son âme créée [pure] par Dieu, participe de la dignité et du « privilège » de l’Immaculée Conception de Marie. La transmission d’un péché originel devient impensable »[11]. Nous sommes donc tous de conception immaculée ! L’auteur concède cependant que « la commune immaculée conception atteint en Marie une perfection vraiment singulière »[12]... En conséquence, la Vierge Marie aurait connu, elle aussi, une évolution spirituelle, « un développement de sa sainteté durant son parcours terrestre qui [...], de perfection en perfection, se réalisera à l’Assomption »[13], sachant toutefois que ce dogme « n’implique pas que seule la Vierge est entrée corps et âme dans la gloire de la résurrection, mais que pour elle, cela s’est réalisé non seulement de manière certaine, mais encore de façon unique et éminente ». Ainsi d’autres saints personnages auraient déjà bénéficié de l’Assomption ? L’auteur pense-t-il à Hénok ? à Élie ?...[14]

    Glissant subtilement d’une proposition à l’autre, l’auteur fait appel au « progrès de nos connaissances pour éclairer une meilleure lecture des textes qui plaide clairement contre la doctrine classique, fondée sur une interprétation erronée »... Mais, se ressaisissant, il tempère aussitôt son propos : « Conclure ainsi ne signifie pas jeter la doctrine classique par-dessus bord, mais nous oblige plutôt à la scruter à nouveau, afin de mettre en lumière la vérité qui se cherchait, qui était visée à travers des formulations imparfaites ou dépassées »... [15]

    La « doctrine classique » : Écriture et Tradition 

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    Justement, que propose cette doctrine classique ? Le Catéchisme de l’ Église catholique (396-409) affirme que le péché originel affecte la nature humaine par propagation, c’est un péché « contracté » et non pas « commis », un état et non un acte. C’est pourquoi l’Église baptise aussi les bébés et les enfants, car le baptême « efface le péché originel et retourne l’homme vers Dieu. Mais les conséquences pour la nature, affaiblie et inclinée au mal, persistent dans l’homme et l’appellent au combat spirituel ».

    La doctrine classique affirme aussi clairement que l’origine du mal ne se trouve nullement dans l’homme, mais dans le monde invisible qui précède l’existence de l’homme. Le mal trouve sa source dans celui que Jésus a appelé très précisément « le père du mensonge », Satan. Lorsque Dieu a révélé à ses anges son projet d’amour (à savoir : toute la création, toutes les créatures sont invitées à partager la vie divine sous la guidance du Fils éternel), une partie de ces créatures spirituelles a refusé le projet divin, a refusé de s’incliner devant les êtres inférieurs, charnels, matériels, en particulier devant la femme par qui le Fils devait prendre chair, la Vierge Marie. « Non serviam ! Nous ne servirons pas ce projet, ce Dieu ! Nous détruirons cette création et ces créatures ! » Ainsi le Démon est aussi, comme le dit Jésus, « homicide dès le commencement » (Jn 8, 44)[16].

    Les références bibliques sont claires, nombreuses, irréfutables, entre autres Ez. 28,11-19 ; Is. 14, 12-17; Ap.12, 7-12. Il faut aussi citer en entier les passages suivants :

    « C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde ; ils en font l’expérience ceux qui prennent parti pour lui » (Sg 2, 24) ;

    « Nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les Dominateurs de ce monde de ténèbres, les Principautés, les Souverainetés, les esprits du mal qui sont dans les régions célestes » (Eph 6, 12) ;

    « Depuis le commencement, le diable est pécheur. C’est pour détruire les oeuvres du diable que le Fils de Dieu s’est manifesté » (1 Jn 3, 8)...

    Cette chute des anges, entraînant la chute de l’homme, est solidement attestée par l’Écriture et la Tradition, mais est complètement ignorée par l’auteur : il se contente d’en affirmer le caractère... apocryphe (sic !) dans une brève note en bas de page ! C’est du coup tout son subtil et sympathique édifice qui devient bancal.

    Qu’en disent les saints et les mystiques ?

    La première cible de l’ange déchu sera évidemment Adam. Comment notre ancêtre commun aurait-il été capable de surmonter la tentation qui avait fait chuter avant lui les plus élevées des créatures célestes : être « comme des dieux » ? Mieux que les théologiens, les saints et les mystiques ont trouvé les mots pour exprimer l’indicible. 

    « Avant le péché originel, Adam et Ève étaient fort différents de ce que nous, misérables humains, sommes à présents ; mais à cause de l’usage qu’ils firent du fruit défendu, ils reçurent un devenir formel et temporel, et tout ce qui en eux était spirituel se mua en chair, matière, instrumentalité et réceptivité. Auparavant ils étaient un en Dieu, et leur volonté ne faisait qu’une avec celle de Dieu ; désormais, ils sont divisés en leur volonté propre, qui est égoïsme, concupiscence, impureté. En cueillant le fruit défendu, l’homme se détourna de Dieu, son Créateur, et ce fut comme s’il usurpait le pouvoir de créer. Dans l’être humain, toutes les forces, les actions et les qualités, et leurs relations entre elles et avec la nature entière, sombrèrent au niveau de la matière, dans l’ordre corporel, et empruntèrent toutes sortes de formes et d’expressions. A l’origine, l’homme avait été établi par Dieu maître de toute la création, désormais tout se trouvait en lui rabaissé au niveau de la nature, il était comme un seigneur que ses esclaves eussent soumis et lié, et il devait à présent lutter et combattre contre ces esclaves. Je ne suis guère capable d'exprimer ces choses : c’est comme si l’homme avait possédé en Dieu l’origine et le centre de toutes choses, et comme s’il les avait ramenées à soi, si bien que ces choses étaient devenues ses maîtres.

J’ai vu l’intérieur de l’homme, tous ses organes, comme l'image de toutes les créatures et de leurs relations entre elles ; il récapitule en lui toutes choses, des astres jusqu’aux plus petits animaux, comme si ceux-ci étaient par la chute de l’homme tombés eux-mêmes dans le corporel et le périssable. Tout ceci s’harmonisait en l’homme, mais il brisa cette harmonie et dut désormais travailler, lutter et souffrir à cause de sa faute. Je ne peux exprimer cela plus clairement, car je suis moi-même un membre de l'humanité déchue ».[17]

    Cette ressemblance dans le péché, transmise par Adam, la voici exprimée dans la Genèse : « Adam engendra un fils à sa ressemblance et selon son image ; il l’appela du nom de Seth »[18]. Et aussi : « Les desseins de l’homme sont mauvais dès son enfance ».[19]

    Sainte Hildegarde, docteur de l’Eglise, exprime les mêmes réalités en commentant la présence d’Eve dans le corps d’Adam : « Adam, encore innocent, portait dans son corps toute la multitude du genre humain remplie de lumière selon le plan de Dieu ».[20]

    Selon le texte hébreu, Adam a été créé « dans » l’image de Dieu[21], moulé dans la forme du Fils éternel, et « comme » sa ressemblance ; ainsi il récapitulait toute la création en lui-même, et il a entraîné celle-ci dans sa chute. L’homme devait être le prince de ce monde, mais Satan lui a ravi ce titre. Après la trahison d’Adam, le Fils de Dieu est chargé de recréer, par l’Incarnation et la souffrance, cette image et cette ressemblance défigurée par le péché[22]. On peut même affirmer que le péché originel est une faute heureuse (felix culpa ! chante la vigile pascale) puisque par l’Incarnation et la Rédemption, « l’homme, ainsi libéré, brille en Dieu, et Dieu en l’homme, l’homme ayant une affinité avec Dieu et ayant dans le ciel un éclat plus brillant que celui qu’il avait auparavant. Ce qui ne se serait pas produit si ce même Fils de Dieu n’avait pas revêtu la chair. [...] Après la chute de l’homme, de nombreuses vertus se sont dressées, resplendissantes, dans le ciel, comme l’humilité [...] pour relever l’homme »[23].

    Et si... ?

    Sans le péché originel quels auraient été les rapports entre Dieu et les hommes ? La question peut paraître oiseuse, mais les Pères de l’Eglise en ont débattu. Les quarante jours qui unissent la Résurrection à l’Ascension nous proposent une clef : cette mystérieuse présence/absence du Christ ressuscité parmi ses disciples illustre peut-être le type de relation que le Verbe aurait partagé avec les hommes ; ce corps du Christ, à la fois touchable et immatériel, visible et glorieux, ce temps suspendu entre durée et immédiateté, cette abolition de l’espace à l’intérieur même de l’espace... ouvre des perspectives lumineuses sur notre futur état de bienheureux... En se qualifiant - avant sa Passion et sa Résurrection ! - de « Pain vivant descendu du ciel », le Christ laisse comprendre quelque chose de sa nature divine : de toute éternité, il est notre Pain, notre nourriture. Pour les générations de baptisés, sa Présence réelle dans l’Eucharistie actualise l’immersion de l’Invisible dans le visible, de la Transcendance dans l’immanence... Dans l’Hostie, c’est non seulement le Christ ressuscité qui nous visite et nous nourrit, c’est aussi tout le cosmos qui est présent, tous les anges et tous les saints qui vibrent en nous de la vie divine. Nous n’avons pas fini de méditer sur l’extraordinaire richesse du Corps eucharistique et du Corps mystique !

    Les Pères grecs

    Revenons à notre problème initial et élargissons les perspectives. S’agissant du péché originel, peut-on réconcilier la recherche moderne et la tradition ? la sensibilité individualiste et les textes sacrés ? Oui, à condition de considérer toute l’Écriture sainte et toute la Tradition ; à condition de n’écarter aucun texte « gênant », à condition de renoncer à choisir dans le dépôt de la foi les seuls éléments qui confortent une thèse plutôt qu’une autre.

    Nous avons mentionné plus haut l’opinion des Pères latins, et singulièrement Augustin. Voyons ce que disent les Pères grecs. Selon eux, le Fils de Dieu s’est fait homme pour deux raisons principales : nous faire connaître l’amour de Dieu et nous rendre participants de la nature divine.

    Irénée, né en orient et mort en Gaule (en 170), exprime bien cette vision optimiste : « Telle est la raison pour laquelle le Verbe s’est fait homme et le Fils de Dieu Fils de l’homme : c’est pour que l’homme, en se mélangeant au Verbe et en recevant ainsi la filiation adoptive, devienne fils de Dieu. [...] Le Verbe de Dieu [...] à cause de son surabondant amour, s’est fait cela même que nous sommes afin de faire de nous cela même qu’il est ».

    Clément d’Alexandrie (IIIe siècle) abonde dans ce sens : « Le Verbe de Dieu est devenu homme, afin que tu apprennes encore par un homme comment un homme peut devenir Dieu ».

    Athanase (IVe siècle) développe : « Le Verbe s’est lui-même fait homme pour que nous soyons faits Dieu ; et lui-même s’est rendu visible par son corps pour que nous ayons une idée du Père invisible ; et il a supporté lui-même les outrages des hommes pour que nous ayons part à l’incorruptibilité ».

    Enfin, Grégoire de Nysse, son contemporain : « Nous lui sommes semblables, si nous confessons que lui s’est fait semblable à nous, pour que, étant devenu tel que nous sommes, il nous fasse tel qu’il est ».[24]

    Vers une doctrine plus optimiste ?

    Le Catéchisme de l’Église catholique, qui n’ignore évidemment pas sa propre tradition grecque, énumère (457-460) les quatre motifs pour lesquels le Verbe s’est fait chair, mais il les propose dans un ordre croissant qui laisse entendre que tout débute à la « chute ». 1) le Verbe vient nous sauver en nous réconciliant avec Dieu ; 2) pour que nous connaissions ainsi l’amour de Dieu ; 3) pour que le Christ soit notre modèle de sainteté ; 4) pour nous rendre participants de la nature divine.

    Avec le temps, l’Église latine a surtout développé les motifs 1 et 3 (l’homme est tombé dans le péché et le Christ lui montre la voie du salut), tandis que l’Église de tradition grecque a développé les motifs 2 et 4 (Dieu veut faire connaître son amour à l’homme et le rendre participant à sa nature divine).

    Ne serait-il pas possible de rééquilibrer la tradition latine en infléchissant la doctrine du péché originel dans un sens plus dynamique et plus optimiste ? L’histoire de l’humanité et du salut pourrait alors être résumée comme suit : de toute éternité, Dieu veut faire connaître son amour et le partager : aux anges, à l’homme et à toute créature ; Il veut nous rendre participants à sa nature divine. Ce projet est refusé par une partie du monde angélique ; en conséquence, « Satan fut jeté sur la terre et ses anges avec lui[25] ». Depuis lors, il tente d’entraver la réalisation du projet divin ; c’est le mystère du Mal, le mystère d’Iniquité. Il y réussit en partie par la chute d’Adam qui entraîne l’humanité dans le clair-obscur. Mais le Fils de Dieu descend jusqu’à nous en prenant notre chair désormais mortelle : il se fait Fils de l’homme ; subissant la loi du péché, le Sauveur vient nous tirer de la mort et du péché, il vient nous enseigner par sa Personne la nouvelle feuille de route qui conduit au Père ; durant sa vie terrestre, il efface les effets morbides du péché originel et du péché personnel (guérisons de l’âme et du corps, exorcismes, résurrections) et partage même sa propre puissance avec « ceux qui croient »[26]. Ainsi la victoire de Satan est vaincue ; Jésus-Christ retourne contre l’Ennemi ses propres armes : il endosse péché et malédiction, il endure la souffrance, traverse la mort et ressuscite ! Puis il « descend aux enfers » libérer les justes qui l’ont précédé, car nul ne peut aller au Père sans passer par le Fils (Jn 14, 6). Selon le mot de Tertullien, la chute n’a pas empêché le dessein de Dieu, elle l’a relancé de plus belle !

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    Certes, le Mal est entré dans l’histoire, mais le Bien aussi, et le Bien a vaincu ! Certes, le Mal est une force puissante, mais elle est subordonnée à l’Amour. L’Amour est plus fort que la mort, le Bien est plus fort que le Mal ! Nous sommes tous vainqueurs dans l’armée du Messie !

    Si le destin de l’homme et du monde était lié au combat sans merci deux forces antagonistes équivalentes, nous serions les plus malheureuses des créatures ! Notre raison même y perdrait pied : comment le néant pourrait-il produire de l’être ? Or, non seulement le Christ victorieux nous apprend que Dieu peut faire surgir le bien, même du mal (felix culpa !), mais il tranche aussi le noeud étrangleur de la dialectique perverse du bien et du mal comme principe du progrès : « En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. Courage, je suis vainqueur du monde ».[27]

                Le péché originel : garde-fou contre l’inhumain 

    Nous emprunterons une première conclusion au philosophe français Robert Redecker[28]. « L’idée de péché originel - le plus puissant garde-fou contre l'inhumain que la sagesse ait pu inventer - exprime à merveille à la fois la persistance de cette condition et la finitude à laquelle l'homme est vouée par essence. Le péché originel pose une limite, un mur, laissant entendre que passer de l’autre côté de ce mur revient à sortir de l’humain, à verser dans l’inhumanité, à transformer l'homme en autre chose, ni un ange ni une bête mais un monstre. Dans la mesure où notre modernité tardive cherche à construire un homme nouveau, hors-sol et hors-nature (ce dont témoigne la faveur de la théorie du genre), régénérable à volonté, interminablement réparable, la réponse est oui [le péché originel est pertinent]. Effacer les limitations - dont, également la vieillesse et la mort, sur lesquelles le péché originel insiste - équivaut à travailler à l'effacement de la condition humaine. »

    « Théologiquement correct »... 

    Quant à l’ouvrage qui nous a servi de ligne de conduite, on ne peut qu’en recommander la lecture ; les tâtonnements, les esquives, les orientations théologiques de l’auteur sont paradoxalement marqués par un grand souci de sincérité et de quête de la vérité, en tout cas telle que nos contemporains pourraient la comprendre et l’accepter. Il foisonne de citations bibliques, de formules heureuses, de profonde sympathie pour le lecteur ; Michel Salamolard nous prend doucement la main et nous entraîne pas à pas dans un univers miséricordieux, optimiste et...  « théologiquement correct », pour paraphraser une expression ironique bien connue. C’est à la fois le mérite et la limite de cet ouvrage ; pas plus que les bons sentiments ne font la miséricorde, les pensées généreuses ne font une authentique théologie chrétienne.

                                                                                Pierre René Mélon

    [1] Rom. 7, 15-20.

    [2] Salamolard, M., En finir avec le « péché originel » ?, éd. Fidélité, 2015, p. 14.

    [3] Ouvrage cité, p. 22.

    [4] Ouvrage cité, p. 40.

    [5] Ouvrage cité, p. 43.

    [6] Catéchisme de l’Eglise catholique, n° 389.

    [7] Angelus de la fête de l’Immaculée Conception (8 décembre 2008).

    [8] Sont ici écartées sans ménagement (« elles échappent totalement à toute vérification scientifique » - et pour cause...) les réflexions pourtant intéressantes de Bernard Pottier, Gaston Fessard et Mgr André Léonard. Dans Le libre arbitre (1, XII, 24), saint Augustin évoque déjà la possibilité, aux effluves platoniciennes, d’une vie antérieure au péché : « Avant son union à notre corps, l’âme n’a-t-elle pas vécu une autre vie, n’a-t-elle pas vécu autrefois avec sagesse. C’est une grande question, un grand mystère qu’il faudra examiner en son lieu ».

    [9] En finir avec le péché originel ?, p. 70.

    [10] Ouvrage cité, p. 162.

    [11] Ouvrage cité, pp. 252-253.

    [12] Ouvrage cité, p. 254.

    [13] Ouvrage cité, p. 255.

    [14] Hénok : Gn 5, 24 ; Élie : 2 Rois 2, 11.

    [15] Ouvrage cité, p. 167.

    [16] « Père du mensonge », car le diable insulte le Père, qui engendre la Vérité ; « Homicide dès le commencement », car le diable insulte le Saint-Esprit qui donne la vie, comme le proclame le Credo; l’attaque contre Adam est aussi dirigée contre le Fils, image parfaite du Père (Jn 1, 18).

    [17] Bse Anne-Catherine Emmerich, Les mystères de l’ancienne Alliance, Téqui, pp. 37-38.

    [18] Genèse 5, 3.

    [19] Genèse 8, 21.

    [20] Ste Hildegarde de Bingen, Scivias, Cerf, 2011, II, 10 (p. 43).

    [21] Pour donner plus de poids à sa thèse qui nie la « chute » et l’existence d’un Adam parfait au paradis terrestre (en dépit de Dieu qui vit que cela était « très bon »), Michel Salamolard avance que, selon le texte hébreu, Adam a été créé « vers » l’image de Dieu, c’est-à-dire dans un état perfectible. On ne peut pourtant pas confondre le bêt (dans) et le lamed (vers, pour) : b-tsalmenou (« dans notre image »), Gn 1, 26.

    [22] Grégoire de Nysse dit que « l’homme a perdu ses ailes », ou que l’image de Dieu en l’homme est « comme une pièce de fer qui peut rouiller ».

    [23] Scivias, II, 31 (p. 61).

    [24] Pour ce florilège de citations, M. Salamolard, p. 25.

    [25] Apocalypse 12, 9.

    [26] Marc 16, 17-18.

    [27] Jn 15, 5 et Jn 16, 33.

    [28] Sur le site www.lefigaro.com

  • Famille: le synode de la confusion

    verité et esperance n° 97406.jpgFAMILLE : LE SYNODE DE LA CONFUSION

     

     Quel bilan tirer, en effet, aujourd’hui des  deux synodes réunis  à Rome par le pape du 5 au 19 octobre 2014 et du 4 au 25 octobre 2015 ? Réponse de Thibaud Collin dans le journal « La Croix » du 3 novembre 2015 :   

    « Il me semble pertinent de les remettre dans la perspective de l’intention du pape qui les a convoqués.1310gender1.jpg Si on suit attentivement ses déclarations et ses choix depuis plus de deux ans, il semble clair que l’objectif premier était de susciter un débat dans toute l’Eglise afin de l’amener à vivre une « conversion pastorale ».

    Soucieux que l’Eglise se mette en situation d’ « hôpital de campagne », le Saint-Père souhaite lever certains obstacles rendant incompréhensible et même scandaleuse aux yeux de nombre de nos contemporains la morale de l’Eglise sur la sexualité et le mariage. Reprenant de facto l’agenda du cardinal Martini exposé en 1999 au synode sur l’Europe, il cherche comment dénouer certains « nœuds disciplinaires». Plutôt qu’une Eglise comme celle de saint Jean-Paul II apparaissant édicter des lois inaccessibles et donc contre-productives et mortifères, il souhaite promouvoir une Eglise en phase avec l’âge du care (le « prendre soin » en pleine expansion dans les sociétés occidentales postmodernes), c’est-à-dire une Eglise proche de la vulnérabilité des personnes, de leurs échecs et de leurs tortueux itinéraires biographiques. Bref, une Eglise proche et tendre (le pape a lui-même parlé de « révolution de la tendresse »), et non plus une Eglise hautaine et culpabilisante. D’où le désir de se mettre à l’école de «la pédagogie divine » et de viser « l’intégration » de tous ceux qui se sentent rejetés par un discours vu comme moralisateur et excluant.

    A l’aune de ce défi, il est normal que la discussion se soit focalisée sur l’accès des fidèles divorcés et remariés civilement, tant cette question cristallise les enjeux cités. Ce sujet s’est imposé comme central non pas parce qu’il serait la marotte des médias mais par la volonté même du pape qui dès le retour des JMJ de Rio (été 2013) a lancé le débat, puis a demandé au cardinal Kasper, célèbre opposant à saint Jean-Paul II et à Benoit XVI sur le sujet, d’ouvrir la réflexion et de poser la problématique au consistoire de février 2014.

    Or force est de constater que les trois  numéros du texte final consacrés à ce point (n° 84, 85 et 86) ne concluent pas la controverse. Et pour cause… ces numéros étant issus du cercle linguistique germanique dans lequel les cardinaux Kasper et Müller se trouvaient. Or leurs deux positions étant contradictoires, ils n’ont pu arriver à un consensus dans la formulation qu’en gommant tout ce qui les opposait. Le résultat est que le texte, approuvé par les pères synodaux à une voix de majorité, peut être lu selon deux herméneutiques opposées, celle de la rupture avec le magistère antérieur ou bien celle de la continuité. Un signe d’une telle indétermination est que les trois textes servant de référence (FC 84, CEC 1735 et Déclaration du 24 juin 2002 du Conseil pontifical pour les textes législatifs) sont cités de manières tellement lacunaires qu’ils peuvent autoriser soit une interprétation légitimant le statu quo ante (avec l’idée qu’un texte doit être compris selon sa logique propre et son contexte), soit une interprétation légitimant la nouveauté « pastorale » (avec l’idée que le silence volontaire ou l’omission vaut mise à l’écart). 

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    Loin d’être une troisième voie, ce texte peut donc être vu comme la réponse du synode à la question du pape François, réponse sous forme de « retour à l’envoyeur »; comme si le synode avait refusé de conseiller le pape en se déterminant dans un sens ou dans un autre. D’où la grande confusion actuelle due aux  interprétations contradictoires de ces passages du texte. On pourrait objecter que le texte constitue bien une troisième voie, la solution du for interne et du cas par cas, discerné lors d’un accompagnement pastoral. Mais à lire de près le texte, on constate qu’il n’en est rien [1]. Par exemple, un prêtre pourrait-il légitimement, dans certains cas, donner l’absolution à un fidèle qui demeurerait dans une situation maritale objectivement contradictoire avec le sacrement de mariage? Si tel est le cas, on a du mal à voir en quoi cela ne présupposerait pas une remise en cause de facto de la doctrine de l’indissolubilité et de Familiaris consortio (n°84… lu dans son intégralité).

    On dit souvent que le pape François a mis l’Eglise en Exercices spirituels, notamment avec ces deux synodes. Le père Bergoglio avait développé dans un article paru en 1990 une méditation très riche sur « l’unité dans la diversité » et le sens du conflit à partir des Exercices spirituels et des Constitutions de la Compagnie de Jésus. Je cite: « Dans le « mouvement »  de l’esprit, il y a des tensions diverses… mais, et je veux affirmer ici ce qui est important, la résolution de ces tensions ne s’obtient ni par une synthèse (qui annulerait la vigueur des polarités particulières précédentes) ni par l’affirmation de l’une de ces multiples polarités et la destruction des autres, ni par le privilège accordé à une ou deux de ces tensions polaires au détriment des autres. Si nous examinons attentivement notre expérience intérieure, nous voyons que les tensions se résolvent sur un plan supérieur, en maintenant, dans l’harmonie nouvellement atteinte, la virtualité des diverses particularités. » [2]

    Attendons donc que le pape nous indique, peut-être dans une exhortation apostolique, quel est ce niveau supérieur dans lequel les très fortes tensions engendrées par les deux synodes vont pouvoir se résoudre. »

    _____________

    [1] Sur ce point, voir l’entretien qu’Aline Lizotte a donné au Figaro : http://www.lefigaro.fr/vox/religion/2015/10/26/31004-20151026ARTFIG00282-synode-l-eglise-catholique-devient-elle-protestante.php?redirect_premium

    Voir aussi l’excellente analyse approfondie de ces mêmes trois paragraphes par le père dominicain Thomas Michelet:http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1351170?fr=y

    [2] « Conformément à cette espérance… » Espérance, institutions et politique, Parole et silence, 2014, p. 37. Il reprend la même idée dans l’exhortation Evangelii gaudium, n°228

    Philosophe et écrivain français, agrégé de philosophie, Thibaud Collin  travaille sur des questions de philosophie morale et politique. Il enseigne  à Paris, au Collège Stanislas et fait aussi partie du corps professoral2 de l'institut d'études anthropologiques  « Philanthropos » (Fribourg) dirigé par Fabrice Hadjadj. (JPS)

  • L'islam est fragile


    verité et esperance n° 97406.jpgAnnie Laurent : L’Islam est fragile 

    Sur le site « Aleteia », Annie Laurent répond aux questions de Sylvain Dorient. Elle décrit l’islam contemporain comme une religion en proie à une crise profonde, qui pourrait remettre en cause jusqu’à son existence (2 décembre 2015)

     

     

    Annie-LAURENT-ecrivain.jpg« Aleteia : L’islam est actuellement associé à une série d’événements désastreux : terrorisme, disparition des chrétiens d’Orient, etc. Comment l’expliquez-vous ?

    Annie Laurent : L’islam connaît en ce moment une profonde remise en cause. Les musulmans ont accès à Internet partout dans le monde, même en Arabie saoudite ; ils voient d’autres formes de pensées, d’autres façons d’appréhender la religion. Une partie d’entre eux vivent dans des pays dont les racines sont chrétiennes, et cela se traduit naturellement par des interrogations sur leurs propres racines. Certains notamment sont agacés par la prétention de l’islam à régir leur vie avec des règles arbitraires. Chaque année, au Maroc, des jeunes gens mangent dans des squares en plein ramadan, bravant l’interdit religieux. Ils sont d’ailleurs régulièrement arrêtés par la police.

    Pourtant, dans de nombreux pays, comme l’Irak, l’Arabie saoudite ou le Pakistan, l’islam se fait-il plus rigoureux, et volontiers violent. Le voyez-vous vraiment comme en déclin ?

    La violence est un signe de faiblesse ! Je ne dis pas que l’islam va s’effondrer demain, mais qu’il va s’effondrer, inexorablement, et que cela occasionnera de grandes souffrances pour les musulmans et pour ceux qui vivent à leur contact. Cela prendra des décennies, et se traduira par des chocs terribles ! L’une des forces de l’islam, c’est qu’il prend en charge tout l’être humain. C’est une religion très encadrée, dans laquelle la conscience n’est pas interpellée. Chaque personne qui sortira de ce cadre connaîtra une profonde crise existentielle.

    Ne pourrait-on pas imaginer un « Concile Vatican II de l’islam » ?

    2884344459.jpgPlusieurs choses s’y opposent. Il manque d’abord à l’islam une structure faisant autorité sur l’ensemble des musulmans. Depuis la fin du Califat en 1924, il n’y a plus de Commandeur des croyants. Mais plus fondamentalement, la nature même du Coran fait obstacle à son évolution. Il s’agit d’un texte qui vient de Dieu Lui-même qui est incréé ! Dieu dit qu’Il a donné un Coran en arabe, qui est la copie d’un livre gardé auprès de Dieu. Personne n’a le droit d’y toucher. Or, ce texte immuable contient des commandements incompatibles avec la paix et la liberté.

    Pourtant, certains intellectuels musulmans osent interroger leur foi…

    Il y a une émulsion intéressante du côté de ce qu’on appelle « les nouveaux penseurs de l’islam ». Je
     pense à Abdelmajid Charfi, auteur de L’islam entre message et Histoire. Un autre tunisien, Mohammed Charfi, tenait une chaire sous Ben Ali, il a écrit Islam et liberté. Mais ils sont souvent mal reçus ! Contrairement à ce que l’on imagine souvent, ils ont encore plus de mal à s’exprimer depuis le Printemps arabe. Le destin de ces intellectuels, comme Nasr Abou-zeid, qui a été banni comme apostat et a dû fuir aux Pays-Bas, ne me rend pas optimiste sur la possibilité d’une transition « en douceur » de l’islam.

    Vous pensez donc que nous allons vers des temps difficiles…bookofdeath.jpg

    Les musulmans, les premiers, vont vivre des dissensions terribles et de grandes souffrances. Tous les ingrédients de la violence sont là ! Il y a un texte qui la légitime pour affronter les infidèles et qui ne souffre aucune controverse, en plus d’un contexte géopolitique pour le moins compliqué. Je crois que l’islam va imploser et que ce sera violent. En tant que chrétiens, nous avons pour responsabilité de venir en aide aux musulmans qui souhaitent sortir de leur religion. »

    Annie Laurent est écrivain, journaliste et spécialiste du Moyen-Orient. Titulaire d’une maîtrise en Droit international, elle a obtenue un doctorat d’État en sciences politiques pour sa thèse sur « Le Liban et son voisinage ». Elle est, entre autres livres, l’auteur de «  L’islam peut-il rendre l’homme heureux ? », aux éditions Artège. Le pape Benoît XVI l’a nommée experte au synode spécial des évêques pour le Moyen-Orient qui s’est tenu à Rome en octobre 2010. Elle a fondé un site consacré aux rapports du christianisme avec l’islam : « association Clarifier »