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03/10/2016

Brève histoire du Sacrement de Pénitence (II) (Vérité et Espérance-Pâque Nouvelle, n° 100, automne 2016)

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BREVE HISTOIRE DU SACREMENT DE PENITENCE (II)

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Pour construire l’étude qu’il consacre à cette  « Une brève histoire du sacrement de pénitence »,  Pierre-René Mélon a  choisi, comme guide privilégié de son voyage dans le temps, la monumentale « Histoire des sacrements/ De sacramentis in genere », de Dom Charles-Mathias Chardon, osb, parue à Paris en 1745 et rééditée en 1841 chez Drouin (dernière édition connue) : elle est accessible sur le site de la Bibliothèque nationale de France http://gallica.bnf.fr

 Pour une approche plus théologique, notre collaborateur se réfère aussi à Henri Rondet, s.j. « Esquisse d’une histoire du sacrement de  la pénitence », in « Nouvelle revue théologique », Bruxelles, 1958, tome 80/6, pp.562-584, également disponible à l’adresse http://www.nrt.be  ainsi qu’à Paul Galtier,s.j. : « Aux origines du sacrement de pénitence », Rome, Université grégorienne, 1951.

Dans une première partie de son exposé, publiée dans le n° précédent de « Vérité et Espérance –Pâque Nouvelle (n° 99, 2e trim. 2016, pp. 8 à 12), Pierre-René Mélon s’est attaché aux sources scripturaires du sacrement, à ses fondements théologiques et à leurs premières contestations (hérésies et déviances). Puis il aborde  l’histoire du premier élément qui le constitue : l’aveu de la faute, sa « confession », dont il poursuit l’analyse  dans le présent numéro. Viendront ensuite  la démarche de repentir et de pénitence, l’absolution sacramentelle qui accorde  le pardon  au pécheur  et l’amour de Dieu qui réconcilie. 

Jean-Paul Schyns

Où et comment se confessait-on ?

Aux premiers temps de l’Eglise, la confession publique se fait dans l’église, la chapelle ou l’oratoire, à genoux ou prosterné par terre, couvert de sac et de cendre, face à l’autel, en présence de l’évêque et des prêtres, et quelquefois même du clergé et du peuple aux prières duquel le pénitent se recommandait. L’aspect extérieur de cette pratique manifeste bien que la pénitence est considérée comme une espèce de tribunal. Avant d’absoudre les pécheurs, l’évêque commence par les ranger au nombre des accusés ; avant de les délier, il commence par les lier (comme on l’a vu faire par S. Paul). Cette procédure pourrait nous déconcerter si un Augustin ne nous expliquait que les médecins aussi font des ligatures, lorsqu’ils veulent guérir un membre malade.[1]

La confession auriculaire se faisait assis, de préférence dans l’église ou dans un lieu consacré ; elle était suivie et précédée de génuflexions et de prostrations tant du pénitent que du confesseur. La position assise était nécessaire en ce temps où les confessions duraient longtemps (n’étant pas aussi fréquentes qu’aujourd'hui), tant à cause du détail des mauvaises actions qui était très précis, qu’à cause des peines que l’on imposait suivant les canons à chaque espèce de péché, comme nous le verrons par la suite. Ceux qui avaient été une fois soumis à la pénitence publique pour des crimes soit notoires, soit cachés, ce qui était ordinaire avant le septième siècle, n’y étaient plus reçus ; ce qui rendait la confession assez rare, les chrétiens étant sur leur garde pour ne pas tomber dans ce malheur.

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Précisons que les confessionnaux ne sont apparus dans les églises qu’à partir du XVIe siècle, suite au concile de Trente (1545-1563) et au grand mouvement de fond de la Contre-réforme catholique ; il s’agissait de revaloriser le sacrement de pénitence contesté par le protestantisme. Le confessional est ainsi devenu le lieu privilégié (mais pas unique) du sacrement de pénitence ; en fonction des circonstances (campagne militaire, navigation, pèlerinage, etc.) les confessions pouvaient être aussi entendues en plein air.

Alcuin, précepteur de Charlemagne, a inséré dans son Livre des divins offices un long chapitre qui peut tenir lieu de pénitentiel abrégé. Dans ce précieux document, on trouve plusieurs particularités remarquables sur la manière dont le sacrement de pénitence était vécu au VIIIe siècle. Le pénitent doit approcher du prêtre à qui il veut se confesser « avec un air modeste, faisant paraître l’humilité et la componction dans tout son extérieur ; il doit mettre bas le bâton qu’il tient à la main (cela doit s'entendre aussi d’une épée et de toute autre chose qui donne du relief) ». [On n’est jamais assez prudent.] Arrivé à portée du prêtre, le pénitent s’inclinait profondément devant lui, celui-ci disait sur lui des prières ; après quoi il le faisait asseoir près de lui et entendait sa confession. La confession étant achevée, le prêtre donnait au pénitent les avis dont il avait besoin, et l’interrogeait ensuite sur sa foi et sa connaissance du catéchisme. Ensuite, poursuit Alcuin, « le pénitent mettant les genoux en terre, étendant les mains, et regardant le prêtre avec un visage qui marquait la douleur de ses fautes, il le conjurait, comme ministre de la réconciliation des hommes avec Dieu, d’intercéder pour lui. Puis il se prosternait entièrement en terre, pleurait et gémissait autant que Dieu lui en faisait la grâce : le prêtre le laissait quelque temps en cet état le voyant touché de l’esprit de componction ; après quoi il lui ordonnait de se lever et de se tenir debout et lui prescrivait les jeûnes et les abstinences par lesquelles il devait expier ses péchés » ; cela fait, le pénitent se prosternait de nouveau aux pieds du confesseur, le priant de demander à Dieu pour lui la force et le courage nécessaires pour accomplir la pénitence qui lui était imposée. Le prêtre aussitôt récitait plusieurs prières, au nombre de sept, dont Alcuin ne rapporte que le commencement parce qu’elles étaient alors connues et d’un usage ordinaire, étant à peu près les mêmes dans tous les livres pénitentiaux reçus en Occident. Ces prières achevées, il faisait lever le pénitent, se levait lui-même de son siège et si le temps et le lieu étaient convenables, l’un et l’autre fléchissant les genoux, ou appuyés sur les coudes, récitaient plusieurs psaumes et prières.

La coutume de se confesser à genoux fut introduite vers le XIIe siècle, à l’exemple principalement des Chartreux. On pourrait y ajouter celui des moines de Cîteaux qui ne se confessaient qu’avec les épaules nues, et des verges à la main, dont le confesseur frappait parfois le pénitent – souvent à sa demande – avant de l’absoudre.

Confessions écrites

En cas de nécessité, il n’était pas rare qu’un pénitent rédige une confession écrite de ses fautes et l’adresse au confesseur.

Robert, évêque du Mans au IXe siècle, mortellement malade, confesse par écrit ses péchés aux Pères du concile de Douzi, qui était assemblé sous le pape Jean VIII et leur demande l’absolution, étant éloigné d’eux de vingt milles (environ cent km). Voici les dernières paroles de l’écrit qu’il leur envoie : J'implore avec des sanglots votre miséricorde, afin que vous me délivriez des liens de mes péchés, par le pouvoir qui vous a été donné du ciel, et que par vos prières vous m'obteniez l'expiation de mes fautes, et que je ne sois pas conduit avec les réprouvés aux enfers, mais que j'entre dans la joie céleste avec les bienheureux. Les Pères du concile lui accordèrent ce qu’il demandait, et lui envoyèrent une lettre d’absolution, epistola absolutionis, dans laquelle, après avoir parlé de la vertu et de l’efficacité de la confession des péchés, ils lui donnèrent l’absolution.

Le pape Grégoire VII (1073-1085), écrivant à l’évêque de Liège suite à quelques plaintes sur des pratiques de simonie, après l’avoir exhorté à extirper la fornication de son clergé, conclut sa lettre en ces termes : « Et parce que vous êtes à l’extrémité, touchés de la compassion paternelle, nous vous donnons l’absolution par l’autorité des apôtres S. Pierre et S. Paul, et prions le Seigneur que par leur intercession vous soyez digne d’entrer dans la compagnie des élus ».

Saint Thomas Becket en 1164, en pleine querelle avec le roi Henri II d’Angleterre, reçoit par lettre l’absolution du pape Alexandre III alors à Sens.

C’est le pape Clément VIII (1592-1605) qui mettra un terme définif aux confessions par écrit, car il craignait avec raison qu’on fasse insensiblement passer en coutume ce qui ne s’était fait que rarement autrefois, et que par là on affaiblisse le sacrement de la pénitence.

Quand devait-on se confesser ?

La période privilégiée pour se confesser était évidemment le début du carême, de préférence le dimanche et à l’église. Certains évêques ont obligé leur ouailles à se confesser trois fois pendant l'année. Ainsi Crodegrand, évêque de Metz au huitième siècle, ordonne au peuple de faire sa confession aux prêtres trois fois par an, au moins.

On se confessait aussi chaque fois que la vie était en danger : avant d’entreprendre de longs voyages ou pèlerinages ou, pour les soldats, avant les batailles, voire avant de s’engager dans l’état militaire. Ingulphe, abbé de Crowland (+1109), nous en assure en ces termes : C’était l’usage en Angleterre que celui qui devait se consacrer à une milice légitime, vint trouver la veille sur le soir, l’évêque, un abbé, un moine ou quelque prêtre ; qu’il lui fît une confession de tous ses péchés avec des sentiments de componction, et qu’ayant été absous, il passât la nuit dans l’église à prier et à s’affliger dévotement devant Dieu. Le lendemain avant d’entendre la messe, il posait son épée sur l’autel, et le prêtre après l’évangile, la lui mettait au col en le bénissant. Il communiait ensuite à la messe, et il devenait ainsi soldat MILES LEGITIMUS MANERET. Ingulphe remarque que cet usage déplaisait aux Normands qui conquirent l’Angleterre...

Autres exemples : Saint-Omer étant assiégée par les Normands (en 861), les habitants pour obtenir le secours de Dieu se purifièrent par la confession et la communion.

Guillaume de Malmesbury, moine bénédictin (+1143), loue la piété des soldats Normands, qui avant de combattre les Anglais, passèrent toute la nuit à confesser leurs péchés.

Le duc Conrad, étant sur le point de livrer bataille aux Hongrois en l’an 955, entendit la messe et reçut la communion de la main d’Odelric son confesseur, après quoi il marcha contre l’ennemi, comme le témoigne la chronique de Magdebourg. On pense aussi bien sûr à Sainte Jeanne d’Arc (+1431) qui, en campagne militaire, ne manquait jamais de se confesser et d’assister à la messe dès qu’elle le pouvait.

La confession des femmes 

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A propos de la confession des femmes, il est bon de préciser qu’elle devait se tenir dans un lieu à portée de vue de tout le monde, afin d’éloigner tout soupçon. S. Edmond de Cantorbéry (+ 1242), dans ses constitutions, ordonne qu’on entende les confessions des femmes dans un endroit public, à portée de la vue et non de l’ouïe. Le concile de Béziers (can. 46) en 1246 défend d’entendre les confessions dans un lieu caché ou hors de portée de la vue.

Guigue le Chartreux (+1136) remarque dans la vie de S. Hugues, évêque de Grenoble (1132), qu’il recevait les confessions des femmes avec autant de précaution que de bonté, non dans des coins ou dans des endroits secrets et obscurs, mais dans ceux où il pouvait être vu de tout le monde. « Il leur prêtait familièrement l’oreille, mais il détournait sa vue d’elles et la portait au côté opposé, disant qu’il ne fallait se servir que de l’ouïe en ces occasions, pour éviter les pièges du diable. »

Un concile à Cologne en 1280 va plus loin. Il défend, sous peine d’excommunication, d’entendre les confessions d’une femme qui serait seule dans l’église, ou dans un endroit obscur et ténébreux ; il exige que les prêtres, quand ils confessent, soient assis, revêtus de leur surpli ou de leur chape, ayant l’étole par-dessus ; de plus, il leur interdit de confesser avant le lever du soleil et après son coucher, sinon en cas d’urgence, mais dans un lieu éclairé et en présence de témoins.

Nécessité faisant loi, un concile de Paris, en 829, permet, en cas d’infirmité qui empêche de se déplacer jusqu’à l’église, qu’on puisse se confesser dans les maisons particulières, mais toujours en présence de témoins qui ne soient pas éloignés.

À qui se confessait-on?

Il semble évident aujourd’hui qui faille se confesser à un prêtre (qu’il soit évêque, moine ou séculier) et à personne d’autre. Il n’en fut pas toujours ainsi. Jacques de Baradée[2] et ses disciples pensaient qu’il n’est pas nécessaire de se confesser à un prêtre, il suffit de se confier à Dieu. Cette hérésie née au VIe siècle sera reprise à la fin du VIIIe siècle et réfutée par Alcuin. Sous le pontificat de Zacharie (de 741 à 752), un certain Adalbert disait à ceux qui venaient se prosterner à ses pieds pour confesser leurs péchés : « Je sais vos péchés, parce que le fond de vos coeurs m’est connu ; c'est pourquoi il n’est pas besoin que vous les confessiez : retournez donc dans vos maisons avec assurance et avec l’absolution de vos fautes passées ».

Plus tard, cette opinion fut partagée par les Albigeois, les Vaudois et les protestants. Certains prêtres anglais, au début du XIVe siècle, prétendaient que la confession générale du début de la messe suffisait pour effacer les péchés mortels.

Quoique la puissance de lier et de délier soit inséparable du sacerdoce, tous les prêtres ne sont pas en droit de l’exercer, car si c’est de Jésus-Christ que les prêtres tiennent cette puissance, c’est à l’Église qu’il revient d’en régler l’usage. Ainsi le code de droit canonique en vigueur depuis 1983 précise que la faculté d’entendre les confessions ne sera concédée qu’à des prêtres qui auront été reconnus idoines par un examen (can. 970). Par ailleurs, la faculté d’entendre les confessions est concédée par écrit (can. 973) ; elle peut être aussi retirée par l’évêque pour une juste cause (ou supposée telle)[3].

Origène, quant à lui, liait expressément le pouvoir de donner l’absolution à la sainteté personnelle du prêtre ; si le prêtre est indigne, le sacrement n’est pas valide. Voici son argument : Ceux qui revendiquent la dignité de l’épiscopat enseignent que ce qu’ils lient est lié dans les cieux, et ce qu’ils remettent est remis dans les cieux. Mais nous disons qu’ils parlent saintement à condition qu’ils fassent l’œuvre pour laquelle il a été dit à Pierre : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Les portes de l’Enfer ne prévaudront pas sur celui qui veut lier et délier. Mais s’il est lui-même lié des liens du péché, c’est en vain qu’il lie et délie.[4]

Dans la primitive Église, c’était devant l’évêque, comme nous l’avons vu, et quelquefois devant lui et toute la communauté des prêtres (qu’on appelait le sénat ou le presbytérium) que se faisait la confession. Cet usage de se confesser à plusieurs prêtres ensemble a été progressivement abandonné, car l’évêque et le sénat des prêtres étant trop accaparés par d’autres occupations, on établit un prêtre, le pénitencier, dont l’emploi spécifique était d’entendre les confessions.

C’est à Constantinople au IVe siècle que l’institution du prêtre pénitencier est attestée ; il était chargé de recevoir les aveux des pénitents et de diriger leurs exercices de pénitence pour la « satisfaction » des péchés. Pour la confession secrète, les pénitents devaient donc s’adresser obligatoirement au pénitencier local, et à nul autre prêtre. En occident, le recours à l’évêque seul pour recevoir l’aveu des péché et donner la réconciliation a persisté jusqu’au Ve siècle.

Ahyton, évêque de Bâle au temps de Charlemagne, était si pointilleux sur ce point qu’il voulait que ceux qui vont en pèlerinage à Rome, confessent leurs péchés avant leur départ : parce que, ajoute-t-il, ils doivent être liés ou déliés par leur propre évêque ou par leur propre pasteur, et non par un étranger ; mettant ainsi le pape lui-même au nombre des étrangers.

C’est des moines bénédictins que viendra le changement. En effet, en Irlande, les abbés des monastères, qui étaient de simples prêtres, avaient le pouvoir de confesser leurs moines ; saint Colomban (+615), évangélisateur des Gaules, qui confessa beaucoup, n’était pas évêque, mais prêtre, comme le rappelle Bède le Vénérable.[5] A l’époque carolingienne, sous l’influence de ces moines irlandais le prêtre est devenu le ministre ordinaire de la pénitence, et c’est lui qui absout les pécheurs, mais l’évêque reste le ministre ordinaire de la pénitence publique, qui se fait toutefois de plus en plus rare 

Querelles avec les confesseurs itinérants 

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Mais les croisades (accompagnées par des prêtres) et surtout la naissance au XIIIe siècle des ordres mendiants (donc itinérants) ont introduit des changements notables dans cette pratique. Le zèle apostolique des franciscains et surtout des dominicains les poussait à vouloir entendre les confessions des fidèles sans avoir besoin pour cela de l’agrément des pénitenciers, dont la formation théologique, pastorale (et psychologique, comme nous dirions aujourd’hui) laissait souvent fortement à désirer... Les frères Prêcheurs (dominicains) sollicitèrent pour cela une bulle du pape Grégoire IX. Elle leur fut accordée en 1227. Cette bulle est adressée à tous les évêques et aux clercs supérieurs ecclésiastiques : Nous vous prions et vous enjoignons de recevoir favorablement les frères de cet ordre pour la prédication à laquelle ils sont destinés ; et d'exhorter les peuples, dont vous avez la conduite, à les écouler, puisque par notre autorité il leur est permis d'entendre les confessions et d'imposer des pénitences.

Cet empressement des frères Prêcheurs pour la prédication et les confessions, aussi bien que la bulle du Pape qu’ils venaient d'obtenir, déplurent à beaucoup d’hommes d’Eglise importants ; il leur semblait que par ces nouveaux privilèges on troublait l’ordre établi dans l’Eglise par les saints apôtres et les docteurs des siècles passés, et que l’on détruisait l’autorité des pasteurs en donnant d’eux l’image d’hommes incapables ou incompétents. De plus, les décisions du 4e concile du Latran (1215) semblaient leur donner raison en confirmant les droits des prêtres locaux dans leurs prérogatives[6]. Les frictions n’étaient donc pas rares entre les autorités locales et les frères prêcheurs qui se prévalaient fièrement de leurs droits et privilèges accordés par le Saint-Siège.

L’historien Matthieu Paris[7] rapporte que « les frères Prêcheurs, se sentant ainsi appuyés par la cour de Rome, montraient avec ostentation ces privilèges, et demandaient qu’on en fît la lecture dans les églises ». Il raconte aussi qu’ils « demandaient avec impudence à ceux qu’ils rencontraient : Avez-vous été à confesse ? Et si on leur répondait qu’oui, ils reprenaient : A qui ? Que si on leur disait, à mon pasteur, ils traitaient le curé d’idiot, qui n’avait jamais étudié dans les écoles de théologie, ni dans celles de droit, qui n’était pas capable de résoudre une seule question, et disaient : « Venez à nous qui avons appris à distinguer la lèpre de la lèpre, à qui les choses les plus difficiles et les secrets de Dieu ont été découverts. Confessez-vous sans crainte à nous, à qui on a accordé, comme vous voyez, une si grande puissance. Il arrivait donc, poursuit l’historien Anglais, que plusieurs, surtout des nobles et des dames, se confessaient aux frères Prêcheurs, méprisant leurs propres pasteurs, et même les prélats ».

L’historien relate aussi un vif incident survenu dans une église en Angleterre.

« Il arriva que quelques-uns des frères Prêcheurs entrèrent dans l’église de S. Alban, pendant que l’archidiacre tenait un synode à l’ordinaire. Ils avaient entre les mains des copies de leurs privilèges, et l’un d’entre eux, qui paraissait quelque chose de plus que les autres, fit signe d’un air impérieux qu’on eût à écouter sa prédication. L’archidiacre lui répondit : Agissez, mon frère, avec plus de modération, attendez un peu que je vous fasse connaître ce que je pense. Nous qui sommes simples et accoutumés aux mœurs antiques, nous ne pouvons qu’être surpris de cette nouveauté ; et il n’est pas surprenant que de telles nouveautés nous étonnent. Pourquoi dites-vous sans pudeur que nous sommes indignes des emplois qui nous ont été confiés ? Vous vous imaginez être les seuls du nombre des élus, cependant personne ne sait s’il est digne d’amour ou de haine. Vous vous ingérez non seulement dans la prédication, mais encore dans les confessions que vous extorquez des fidèles, en sorte qu’il semble qu’il faudra vous appeler dans la suite non seulement Frères Prêcheur, mais encore Frères Confesseurs. Mes frères, je ne crois pas qu’il soit à propos de quitter le certain pour l’incertain, et que vous deviez, sans une mûre délibération et sans le conseil de votre prieur, prêcher et entendre les confessions de ceux sur lesquels l’abbé de ce monastère m’a préposé. Cela est constant par les décrets qui ont été publiés dans le concile général célébré sous Innocent III, lesquels doivent être inviolablement observés dans tous les temps. L’archidiacre ayant ainsi parlé ouvrit le Livre, et lit la Décrétale qui contient le règlement du concile de Latran, avec ces paroles qui suivent immédiatement : C'est pourquoi nous voulons que ce décret salutaire soit souvent publié dans l’église, afin que personne ne puisse s’en excuser sous prétexte d'ignorance. Que si quelqu’un pour de justes raisons veut se confesser à un prêtre étranger, alieno sacerdoti, qu’il demande auparavant la permission, et qu’il l’obtienne de son propre prêtre, a proprio sacerdote, puisqu’autrement il ne peut l’absoudre ni le lier. » 

Ces incessantes querelles de pouvoir – hélas fréquentes dans l’Eglise – ne s’apaiseront que peu à peu au fil des siècles : les « prêtres étrangers » ne seront admis à confesser qu’en accord (implicite ou explicite) avec le curé ou l’évêque local. Que de troubles inutiles pour en arriver à des dispositions de simple bon sens et de charité !

Diacres, baptisé(e)s, reliques...

Pour terminer ce long chapitre sur les ministres de la pénitence, précisons qu’en cas de nécessité, avec l’accord de l’évêque, un diacre pouvait entendre la confession et donner l’absolution. « Il faut aller au-devant des besoins de nos frères, dit S. Cyprien (épître 13); nous permettons donc que ceux qui ont reçu des libelles de recommandation des martyrs, et qui peuvent être aidés par là auprès de Dieu, s’ils viennent à être attaqués de quelques maladies ou infirmités dangereuses, puissent, sans attendre notre arrivée, confesser leurs fautes auprès de quelque prêtre que ce puisse être, et même d’un diacre, si le danger est pressant, afin que leur ayant imposé la main pour la pénitence, ils aillent ainsi en paix au Seigneur ».

Il résulte de plusieurs témoignages semblables que les diacres ont pu entendre les confessions dans l’église d’Occident jusqu’à la fin du treizième siècle en cas de nécessité. Suite à des abus, des évêques et des synodes ont pris des mesures pour interdire cette pratique.

Plus étonnant, il était permis, en cas d’urgence ou de nécessité, de se confesser à un simple baptisé.

Lanfranc, archevêque de Cantorbéry, écrit que « s’il ne se trouve point d’ecclésiastique à qui l’on puisse se confesser, on doit s’adresser à un homme de bien dans quelque endroit qu’il soit ».

Ainsi un soldat, blessé à la guerre, peut se confesser à ses compagnons ; des voyageurs en péril sur la mer, se confessent les uns aux autres.

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Le sire de Joinville[8] raconte, au chapitre 45 de la vie de saint Louis, que l’armée chrétienne ayant été mise en fuite par les Sarrasins, et l’ennemi s’approchant, chacun se confessa au prêtre qu’il put trouver, et, qu’en cette occasion, Gui d’Ébelin, connétable de Chypre, s’étant confessé à lui, il lui avait donné l'absolution.

Dans la même logique théologique, il ne faut pas s’étonner qu’un chevalier en danger de mort pût se confesser à son épée si celle-ci contenait la relique d’un saint.

On rapporte aussi d’étranges coutumes pratiquées en Afrique. Les Coptes et les Ethiopiens, sous l’influence de l’hérésie jacobite[9], ne confessaient pas leurs péchés aux prêtres, mais à Dieu seul et en secret ; pour ce faire, ils déposaient de l’encens sur une braise, et s’imaginant que leurs péchés montaient devant le Seigneur avec le parfum de l’encens brûlé, ils se confessaient sur la fumée qui montait vers le ciel...

                                                                                                                      Pierre René Mélon

(à suivre...)

[1] H. Rouget, op. cit. p. 569.

[2] Evêque d’Edesse au VIe siècle (aujourd’hui Urfa, en Turquie orientale).

[3] On ne peut s’empêcher d’évoquer le cas de S. Pio, à qui il fut interdit de confesser pendant trois ans...

[4] Commentaires sur Matthieu, XII, 14, cité par J. Daniélou, op. cit., p. 83.

[5] Bède, dans son Histoire ecclésiastique du peuple anglais, III, 4.

[6] En voici le texte principal : Que tous les fidèles de l’un et de l’autre sexe, sitôt qu'ils auront atteint l'âge de discrétion, confessent fidèlement tous leurs péchés à leur propre pasteur, en particulier, au moins une fois chaque année, s’appliquant à accomplir, autant que leur force leur permet, la pénitence qui leur est jointe, et recevant avec respect, au moins à Pâques, le sacrement d’Eucharistie, s’ils ne s’en abstiennent pour quelque cause raisonnable par l’avis de leur pasteur, autrement que l’entrée de l’Église leur soit défendue pendant leur vie, et qu’ils soient privés de la pulture des chrétiens après leur mort  (can. 21).

[7] Historia Angliæ, ad ann. 1246.

[8] Joinville : 1224-1317.

[9] Issue de Jacques Baradée, évêque d’Edesse au VIe siècle.

19/07/2016

Âme du Christ: un commentaire sur la célèbre prière de saint Ignace de Loyola

Réflexion faite

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Âme du Christ 

La célèbre prière de saint Ignace de Loyola n’est en réalité pas de lui. Ses origines remontent au XIVe siècle au moins. Elle s’inscrit dans la ligne de la « devotio moderna »  mais son auteur reste inconnu. C’est le fondateur de la Compagnie de Jésus qui la rendit vraiment populaire, jusqu’à nos jours. Elle figure en tête du Testament spirituel du pape Pie XII (dont le confesseur était un jésuite allemand, le futur cardinal Augustin Bea). A ce propos, nous publions ici une réflexion destinée à paraître dans notre Revue destiné à "Vérité et Espérance-Pâque Nouvelle"  :

« L’Anima Christi est une belle prière, éminemment eucharistique, qui convient particulièrement pour l’action de grâce après la communion, ou encore, à un bon moment d’adoration du Saint-Sacrement.  

De quand date-t-elle ?

Elle n’est pas récente mais on peut la prier avec un cœur toujours nouveau. Elle s’inscrit dans une tradition séculaire et vénérable. Ses origines remontent au XIVe siècle au moins, car le British Museum en garde un manuscrit, datant probablement de 1370, fût-ce sous une forme légèrement différente de celle qui est devenue classique. On l’a retrouvée aussi dans l’Alcazar de Séville (palais des rois), à l’époque de Pierre le Cruel (milieu du XIVe s.).

Qui est l’auteur ?

Là, on se perd en conjectures. Elle fut attribuée à Bernardin de Feltre, un franciscain (mais celui-ci est de la 2e moitié du XVe s). On l’a mise sous la plume de saint Thomas d’Aquin (1225-1274), et aussi du pape Jean XXII (pape en 1315). Celui-ci accorda à la prière une indulgence de 3000 jours et contribua à sa popularité. Mais en définitive, l’auteur reste inconnu jusqu’à nos jours. 

Saint Ignace de Loyola.

Beaucoup d’éditions des Exercices spirituels de saint Ignace font figurer l’Anima Christi au tout début des exercices, même dès avant le texte des Exercices, comme une sorte de portail d’entrée. On ne peut imaginer une plus belle recommandation. Sans conteste, saint Ignace a contribué à un accroissement de la popularité de cette prière. Dès la première semaine des exercices, pour le triple « colloque » (oraison) conclusif de la méditation, saint Ignace la met au même pied que l’Ave Maria et le Pater noster. C’est dire tout le fruit spirituel que le saint escomptait voir retirer de sa pratique par le retraitant. Mais à l’époque elle était déjà bien entrée dans la dévotion, elle était supposée connue, ce qui dispensait les premiers éditeurs des Exercices de la mentionner dans son entier.

Actuellement.

La prière a été traduite dans la plupart des langues. Le cardinal Newman l’a traduite en anglais.

Pie XII avait coutume de prier l’Anima Christi. La dernière fois, semble-t-il, lorsqu’il reçut les derniers sacrements, peu avant sa mort.

On aurait pu croire cette vieille prière passée de mode, désuète, mais à l’heure actuelle, il en existe plusieurs versions chantées. On peut l’écouter sur YouTube. C’est en dire toute la jeunesse.

 

Pour mémoire, en voici le texte :

 

Anima Christi, sanctifica me.

          Âme du Christ, sanctifie-moi.

Corpus Christi, salva me.

          Corps du Christ, sauve-moi

Sanguis Christi, inebria me.

          Sang du Christ, enivre-moi.

Aqua lateris Christi, lava me.

          Eau du côté du Christ, lave-moi.

Passio Christi, conforta me.

          Passion du Christ, fortifie-moi.

O bone Jesu, exaudi me.

          Ô bon Jésus, exauce-moi.

Intra tua vulnera absconde me.

          Dans tes blessures, cache-moi.

Ne permittas me separari a te

          Ne permets pas que je sois séparé de toi.

Ab hoste maligno defende me.

          De l’ennemi malin, défends-moi.

In hora mortis meae voca me,

          A l’heure de ma mort, appelle-moi,

Et iube me venire ad te,

          Et ordonne-moi de venir à toi,

Ut cum sanctis tuis laudem te,

          Pour qu’avec tes saints je te loue,

In saecula saeculorum. Amen.

          Dans les siècles des siècles. Amen.

 

Arrêtons-nous…

Et lisons la prière avec l’attention de notre esprit et surtout de notre cœur profond. Nous remarquerons que les invocations successives s’évoquent de façon naturelle : âme et corps, corps et sang, sang et eau, puis on résume en passion suivi d’un cri du cœur. Ensuite une série de demandes essentielles pour aboutir à la louange éternelle du Seigneur, clôturée par un ferme amen. Chaque invocation constitue un des aspects du Christ total, que nous pouvons distinguer, pour d’autant mieux les unir dans une belle contemplation du grand mystère de notre foi. Vous sentirez que le mouvement de la prière est proprement « anagogique », qui nous emmène vers le haut, vers le Ciel. 

Pour peu que nous ayons mémorisé la prière, chacune des invocations peut être utilisée comme oraison jaculatoire, pratiquée au cours de la journée, pour garder le contact avec le Christ en nous, au milieu de nos activités les plus diverses et pour nous remettre notre dernière communion en mémoire, après beaucoup de distractions, et préparer notre prochaine communion par une communion spirituelle.  

On s’étonnera de l’absence du terme que nous aimons employer quand nous prions le Christ : son Coeur. Mais à l’époque de la composition de cette prière, la théologie et la mystique n’avaient pas encore déployé la richesse de cette notion, qui nous est à présent bien familière, après les révélations faites à sainte Marguerite-Marie Alacoque, au XVIIe siècle : Cœur Sacré de Jésus, aie pitié de nous… Mais rien ne nous empêche d’ajouter cette invocation, ainsi que, par ailleurs, d’autres qui nous inspirent (p.ex. Lumière du monde, éclaire-moi. Berger de mon âme, conduis-moi…).   

A part les deux dernières lignes, ce sont onze impératifs que nous lançons vers le Seigneur, comme autant de soupirs ou de supplications de notre cœur profond, et non comme des ordres que nous Lui donnerions. Pour qui nous prendrions-nous… Notre Créateur et Seigneur, Lui, riche en miséricorde (Ep 2,4), pourrait-Il résister quand ses élus crient vers Lui jour et nuit (cfr. Lc 18,7)? Nous n’avons pas à L’informer sur nos désirs ou nos besoins, Lui qui « me scrute et qui sait », car : «Avant qu’un mot ne parvienne à mes lèvres, déjà, Seigneur, Tu le sais » (Ps 138,1.4). « Seigneur, Tu sais tout, Tu sais bien que je T’aime » (Jn 21,17).

Et je puis, Seigneur, mettre à l’indicatif présent les impératifs que je formule : Oui, Tu me sanctifies, Tu me sauves, Tu m’enivres,… Tellement je suis confiant que Tu m’exauces, et sûr de ton Amour.

     Âme du Christ, sanctifie-moi

Seigneur, dans chaque communion je reçois en moi, mystérieusement, toute ta Personne, toute ta présence, tout ton Esprit, qui vient renforcer ma prise de conscience que Tu demeures toujours présent dans le fond de mon cœur, car mon corps est devenu le temple de l’Esprit Saint (cfr. 1 Co 6,19). Que je sois donc toujours plus présent à ta Présence, dans mon temple intérieur. Oui, Tu viens en moi en personne, Tu paies de ta personne. Te voilà chez moi, Seigneur, et me voici chez Toi. « Il est grand, le mystère de la foi ». Transforme mon âme en la tienne, afin que tout mon cœur soit vraiment « animé » par ton âme. Je veux m’unir à Toi, Seigneur, pour n’être avec Toi qu’un seul esprit (cfr. 1 Co 6,17). Donne-moi tes yeux, tes oreilles, tes mains, tes gestes, et tout en moi deviendra sain et saint : Tu me guéris et me sanctifies. Ainsi, croyant en Toi, je ferai, moi aussi, les œuvres que Tu fais, et même de plus grandes (cfr. Jn 14,12), avec ta grâce.

     Corps du Christ, sauve-moi

La sainte hostie est devenue, par le ministère du prêtre, ton Corps. Dans ma foi je le sais. Je goûte un morceau de pain et je sais que c’est Toi, mais Toi tout entier. Ta sainte humanité, apparue dans notre chair, est devenue la tête de ton Corps agrandi (cfr. Col 1,18), qui comporte désormais toute ton Eglise, et ainsi je suis devenu, par le baptême, un membre de ton Corps. Ainsi nous, à plusieurs, nous ne formons qu’un seul Corps dans le Christ, étant, chacun pour sa part, membres les uns des autres (cfr. Rm 12,5). Assume-moi de plus en plus dans ta sainte Eglise, et sauve-moi déjà au sein de ton Eglise militante, ici sur terre, en attendant de passer par ton Eglise souffrante vers ton Eglise glorieuse. Quand je communie à ton Corps, à travers celui-ci, je communie donc aussi à ton Corps glorieux, à l’Eglise glorieuse tout entière, à la Vierge Marie ainsi qu’à tous les saints qui forment dans ton Corps la communion des saints. Vraiment, par la communion, le Ciel s’ouvre à moi, car « l’eucharistie unit le ciel et la terre, elle embrasse et pénètre toute la création » (Laudato si, 236).    

     Sang du Christ, enivre-moi

Tu me donnes ton Sang, « versé pour nous et pour la multitude en rémission des péchés», et c’est ta Vie qui coule en moi et qui témoigne de ton ardeur et de ton élan pour sauver tous les hommes, et pour me sauver de ma tiédeur, de mon conformisme, de mon indifférence, de mon péché. Que ta Vie devienne en moi comme un vin capiteux, et me fasse participer à ta ferveur, par l’Esprit Saint. Tu as proclamé « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à Moi et qu’il boive, celui qui croit en Moi ! » Donne-moi à boire ce vin nouveau qui coule de ton Cœur jusqu’à l’ivresse, car elle est bonne, cette ivresse-là :

« Bonne ivresse ! qui verse la joie sans apporter la confusion.

Bonne ivresse ! qui affermit la marche d’une esprit sobre.

Bonne ivresse ! qui répand le don de la vie éternelle.

Bois donc à cette coupe dont le prophète parle en ces termes : Ta coupe enivrante, qu’elle est glorieuse ! » (Saint Ambroise)

     Eau du côté du Christ, lave-moi

Vidi aquam egredientem… J’ai vu l’eau vive jaillissant du temple (cfr. Ez 47), du Cœur du Christ … Baigne-moi, Seigneur, dans cette eau, de façon toujours nouvelle, car le seul sacrement du baptême, reçu une fois, ne me suffit pas, car constamment de nouvelles souillures viennent me salir. Si Tu veux, Tu peux me purifier (Mt 8,2). Lave-moi, et je serai blanc plus que la neige (Ps 50,9), car c’est pour cela que Tu es venu. Que la fontaine ouverte pour la maison de David lave péché et souillure en moi (cfr. Za 13,1). Accomplis donc ton œuvre en moi, Toi qui as accompli la prophétie « de son sein couleront des fleuves d’eau vive » (Jn 7,38). Poussé par ta seule miséricorde, Tu nous sauves par le bain de la régénération et de la rénovation en l’Esprit Saint (cfr. Tt 3,5). Dans l’allégresse je veux puiser les eaux aux sources du salut (cfr. Is 12,3). Et quand Tu me conduis, Tu me rassasieras dans les lieux arides et je serai, moi aussi, comme une source jaillissante, dont les eaux ne tarissent pas (cfr. Is 58,11).

     Passion du Christ, fortifie-moi   

Que la contemplation de ta Passion, Seigneur, loin de me décourager dans un dolorisme stérile, me donne la force d’affronter avec Toi les épreuves de cette vie, qu’elles soient engendrées par les autres, par ma nature, ou par les tentations de toutes sortes qui infestent notre monde. Ce que je vis, Seigneur, je veux le vivre en union avec toute ta Passion. Ta passion, en effet, n’a pas commencé au jardin des Oliviers, car déjà durant ta vie cachée de Nazareth, la vue des comportements humains devaient être pour Toi une source de souffrance, une réelle passion, faisant mûrir dans ton humanité la vocation divine de livrer ta Vie pour que nous comprenions l’Amour incommensurable du Père. « Ne comprenez-vous pas encore ? » dis-Tu même à tes apôtres (cfr. Mc 8,21), et nous comprenons que Tu en souffres... De même quand ceux-ci discutent entre eux pour savoir qui est le plus grand (cfr. Mc 9,34). Et Tu as souffert de la fatigue au puits de Jacob (cfr. Jn 4,6), et de la faim au désert (cfr. Mt 4,2). Accorde-moi de comprendre ta Passion comme Tu veux que je la comprenne, dans l’Esprit Saint, à travers ce que je vis en union avec Toi. Apprends-moi à aimer passionnément.

     Ô bon Jésus, exauce-moi

Oui, Seigneur, je demande, je cherche, je frappe, et je sais qu’on me donnera, que je trouverai, qu’on m’ouvrira (cfr. Lc 11,9), car mes demandes sont en réelle conformité avec ce que le Père voudrait que je demande : l’Esprit Saint (cfr. Lc 11,13). Mais comme il me tarde de voir que je suis exaucé. Pour être exaucé, il faut que tes paroles demeurent en moi (cfr. Jn 15,7). Apprends-moi à patienter et à Te remercier, car je crois que j’ai déjà reçu ce que je Te demande (cfr. Mc 11,24), car c’est ce que l’Esprit Saint me dit de demander en des gémissements ineffables en moi (cfr. Rm 8,26). Seigneur, Tu nous as dit que le Père sait que j’ai des besoins de toutes sortes mais je dois simplement chercher son Royaume et sa justice, et tout cela me sera donné par surcroît (cfr. Mt 6,32-33). Je Te fais confiance et je suis sûr que Tu arriveras bien à tes fins avec moi, par des chemins qui me sont encore inconnus.

     Dans tes blessures, cache-moi

Ton Corps porte d’innombrables blessures, et l’Eglise ici sur terre considère toutes tes blessures. La persécution T’atteint dans ton Corps, Seigneur, et Tu as crié «Saul, Saul, pourquoi Me persécutes-tu ? » (Ac 9,4), pour que ce persécuteur devienne désormais ce perpétuel persécuté à cause de l’Evangile, dans ton Eglise, jusqu’à compléter dans sa chair ce qui manque à tes afflictions, en faveur de ton Corps, qui est l’Eglise (cfr. Col 1,24). Oui, jusqu’à porter dans sa chair les marques (« stigmata ») de Jésus (cfr. Ga 6,17). Tes stigmates, Seigneur, nous les voyons partout où l’Eglise et toute l’humanité souffre : dans les innocents tués, dans les pauvres délaissés, dans les malades achevés par euthanasie, dans les enfants soldats, dans la traite des femmes esclaves, dans les vieilles personnes dans la solitude, etc. Dans tous ces stigmates, Seigneur, que je puisse m’y immerger et m’y cacher en essayant d’y remédier à l’échelle de mes pauvres moyens, et en premier lieu en les prenant dans mon cœur en Te priant pour eux.

     Ne permets pas que je sois séparé de Toi

Tu es le bien-aimé de mon âme, et comme dans le Cantique des Cantiques, il me plaît de Te savoir derrière notre mur, guettant par la fenêtre, épiant par le treillis, et de m’entendre dire : « Lève-toi, ma bien-aimée, ma belle, viens. » (Ct 2,9-10).

Mais mon âme est inconstante, mon esprit versatile, et la moindre distraction, préoccupation ou souci me font perdre le contact et je dois de nouveau Te chercher, Toi, que mon cœur aime, et bien des fois je ne T’ai point trouvé (cfr. Ct 3,2). Pourtant, Tu me devances et me poursuis, Tu as mis la main sur moi (cfr. Ps 138,5). Surtout, Seigneur, qu’aucun péché ni négligence ou manque d’ardeur ne T’éloignent de moi, car Tu vomis les tièdes. Heureusement, ceux que Tu aimes, Tu les reprends et les corriges, et voici que Tu Te tiens à la porte et Tu frappes. Pour que Tu sois près de moi et moi près de Toi (cfr. Ap 3,16.19-20).

     De l’ennemi malin, défends-moi

Que le dragon, l’antique serpent, le diable, satan, celui qui égare le monde entier (cfr. Ap 12,9), ne parvienne à m’égarer par ses tentations, ses séductions, ses mirages et ses ruses ! Oui, comme nous prions dans le Notre Père : « ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du mal ». « Tu es mon allié, ma forteresse, ma  citadelle, celui qui me libère, Tu es mon bouclier qui m’abrite » (Ps 143,2). «  Tu es celui qui me sauve des filets du chasseur et de la peste maléfique » (Ps 90,3). Que je sois donc critique et clairvoyant avec moi-même, et « donne-moi la Sagesse, assise près de Toi, car je suis ton serviteur, le fils de ta servante » (Sg 9,4-5) . Oui, je suis enfant de Marie, humble servante, car Tu m’as donné Marie, ta mère, comme ma mère (cfr. Jn 19,27), et je sais qu’elle écrase la tête du serpent (cfr. Gn 3,15, selon la Vulgate), pour défendre ses enfants de toute atteinte. Je sais qu’auprès d’elle, sous le manteau de son Magnificat, et dans l’adoration, je n’ai rien à craindre. Sub tuum praesidium confugimus, sancta Dei Genitrix,… « Sous l’abri de ta miséricorde nous avons un refuge, sainte Mère de Dieu, … » (prière du IIIe ou IVe siècle !). Comme elle est longue, la lignée de ceux qui, dans la foi, ont eu recours à ta Mère, Seigneur, pour éloigner le malin, et pas un seul n’a jamais été déçu. Qu’elle m’apprenne à veiller et prier, pour ne pas entrer en tentation (cfr. Mt 26,41).

     A l’heure de ma mort, appelle-moi

A cette heure-là, c’est mon espérance, Tu m’appelleras par mon nom, qui me fut donné lors de mon baptême. Mon nom est inscrit dans la paume de tes mains (cfr. Is 49,16), mais Tu me donneras un nom nouveau, gravé sur un caillou blanc (cfr. Ap 2,17), blanc comme ta victoire. Ce sera mon identité unique, glorieuse et éternelle auprès de Toi. Cependant, avant ce moment ultime, Seigneur, beaucoup de moments de « mort » sont disséminés dans ma vie, des moments de « morti-fication », de renoncements à ma volonté propre, de dépossession de moi-même, d’abandon entre tes Mains, de don de ma vie en ce temps qui s’écoule ici-bas. Rappelle-moi alors ma vocation première, ainsi que ma vocation ultime. Qu’en ces moments-là je puisse reconnaître ta voix qui m’appelle à devenir comme Toi, pur amour, tout donné.

     Et ordonne-moi de venir à Toi

Car auprès de Toi j’ai une place unique et déjà réservée. Et quand Tu m’as préparé cette place, Tu promets de venir à nouveau et Tu me prendras auprès de Toi, afin que là où Tu es, moi aussi je sois (cfr. Jn 14,3). Déjà je Te rends grâce pour ce dessein de ta miséricorde, dont je ne saisis toujours pas la profondeur, et dont je ne suis vraiment pas digne. Mais dans mon indignité, je m’enhardis de crier : « Amen, viens, Seigneur Jésus ! » (Ap 22,20) et ordonne-moi déjà maintenant de venir à Toi pour être avec Toi, et être envoyé dans le monde pour y être ton apôtre (cfr. Mc 3,14). Ordonne-moi, qui suis encore, comme Bartimée, dans la cécité et l’obscurité de ma condition mortelle et qui Te supplie : « Seigneur, Fils de David, aie pitié de moi. », de venir à Toi. Alors, quittant mon manteau corporel, je m’élancerai vers Toi et je Te demanderai : « Fais-moi de grâce voir ta gloire ! » (Ex 33,18), et Tu me donneras de Te voir face à face, et je Te suivrai en glorifiant Dieu (cfr. Mc 10,46 ss ; Lc 18,38 ss), le visage transfiguré, transformé en ton image, allant de gloire en gloire (cfr. 2 Co 3,18).  

     Pour qu’avec tes saints je Te loue

Oui, que s’accomplisse alors, en plénitude, ce que nous demandons au Père, dès ici-bas : «… quand nous serons nourris de son Corps et de son Sang, et remplis de l’Esprit Saint, accorde-nous d’être un seul Corps et un seul Esprit dans le Christ. Que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta Gloire, pour que nous obtenions un jour les biens du monde à venir auprès de la Vierge Marie, la bienheureuse Mère de Dieu, de saint Joseph, son époux, avec les Apôtres, les martyrs et tous les saints » (Pr. Euch. 3), et qu’avec ceux-ci, « qui ont vécu dans ton amitié, nous ayons part à la vie éternelle, et que nous chantions ta louange, par Jésus-Christ, ton Fils bien-aimé » (Pr. Euch. 2). Oui, avec la foule immense, je chanterai : le salut, la gloire et la puissance à notre Dieu, car ses jugements sont vrais et justes. Célébrez notre Dieu, serviteurs du Seigneur. Exultons de joie et rendons-Lui la gloire… (cfr. Ap 19,1-2.5.7).

     Dans les siècles des siècles. Amen.

Toujours plus, de plus en plus, et déjà maintenant, plus profondément, plus intensément, plus ardemment, je découvre ainsi l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur (Rm 8,39). « Par Lui, avec Lui et en Lui, à Toi, Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire »…   

 J. Naedts »

Dévotion eucharistique tous les mardis (17h-19h)

Liège, église du Saint-Sacrement, Bd d'Avroy, 132

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09/07/2016

Magazine « Vérité et Espérance-Pâque Nouvelle » : n° 99, été 2016

Le magazine trimestriel « Vérité & Espérance – Pâque Nouvelle » édité par l’association « Sursum Corda » (responsable de l'église du Saint-Sacrement à Liège) a publié sa livraison d'été. Tiré à 4.000 exemplaires, ce magazine abondamment illustré parcourt pour vous l’actualité religieuse et vous livre quelques sujets de méditation (les articles, mentionnés ci-dessous en bleu, sont disponibles en ligne sur le blog de l’église du Saint-Sacrement: cliquez sur le titre de l’article).

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Au sommaire de ce numéro n° 99 (été 2016) : 

contrat Delta ingenieur stabilité339.jpg 

Brève histoire du sacrement de pénitence (I)

La lettre des pauvres de Poitiers

Solennité de la Fête-Dieu 2016 à Liège 

contrat Delta ingenieur stabilité340.jpg

Rome et le monde : 

« Amoris laetitia » : une exhortation post-synodale discutée

Les racines de l’Europe

Du sexe des anges à celui des diacres

Belgique:

La capitale belge, miroir d’une Europe cosmopolite ?

Bruxelles : ne fermez pas nos églises !

L’archidiocèse de Malines-Bruxelles congédie la Fraternité des Saints Apôtres

 

Secrétaires de Rédaction : Jean-Paul Schyns et Ghislain Lahaye

Editeur responsable: SURSUM CORDA a.s.b.l. ,

Vinâve d’île, 20 bte 64 à B- 4000 LIEGE.

La revue est disponible gratuitement sur simple demande :

Tél. 04.344.10.89  e-mail : sursumcorda@skynet.be 

Les dons de soutien à la revue sont reçus  avec gratitude au compte IBAN:

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