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04/01/2018

Liège : fêtez les Rois le samedi 6 janvier prochain à 17 heures à l’église du Saint-Sacrement (Bd d’Avroy, 132)

Epiphanie 2018.jpg

La Solennité de l’Epiphanie organisée à Liège le samedi 6 janvier prochain à 17 heures en l’église du Saint-Sacrement, est une fête familiale, avec la procession à la crèche, le partage de la galette des rois et l’échange des vœux pour l’an nouveau au cours d’une réception clôturant la célébration.

La messe sera animée par les membres du chœur de chambre « Praeludium », l’organiste Patrick Wilwerth ainsi que les solistes du chant Isabelle Valloton et Peter Cannière

Au programme : les chants grégoriens de la Fête, une messe et des motets polyphoniques pour le temps de la Nativité ainsi que des noëls interprétés à l’orgue.

Fondé en 1994 par Patrick Wilwerth, le chœur de chambre Praeludium est un ensemble vocal de haut niveau dont la plupart des membres sont issus des académies de musique de la région liégeoise. Son répertoire va de la musique ancienne à  la musique contemporaine.

Isabelle Valloton est membre du Chœur grégorien de Paris. Peter Cannière est directeur artistique du Gregoriaans Koor van Leuven et professeur au Centrum Gregoriaans de Drongen (Tronchiennes).

Patrick Wilwerth est professeur d’orgue au conservatoire de Verviers et directeur musical du chœur universitaire de Liège.

 

Une manifestation ouverte à tous. Entrée libre.

Plus de renseignements :

tel. 04.344.10.89 ou sursumcorda@skynet.be

_____________________

Sursum Corda asbl. Association pour la sauvegarde de l’église du Saint-Sacrement au Boulevard d’Avroy, 132 à Liège. Siège social : Rue Vinâve d’île, 20 bte 64. Tel. 04.344.10.89 (si on ne répond pas : GSM 0498 33 46 94).

E-mail : sursumcorda@skynet.be.

Web : http://eglisedusaintsacrementliege.hautetfort.com

Faire un don pour l’entretien et la restauration de l’église? Compte IBAN BE75 0016 3718 0851 de Sursum Corda asbl, Rue Vinâve d’île, 20 bte 64, 4000 Liège.

 

 

Aux anathèmes le Savonarole de l'UCL répond par un livre

mag_105-page-001.jpgÀ propos de l’affaire Mercier :

 Il y a des pertes triomphantes à l’envi des victoires.

(Montaigne, Essais, I, xxx, 32

 

VE PN 105 article Houziaux La-philosophie-pour-la-vie-Grand.jpg

Rideau !

C’était écrit. L’ordalie louvaniste que j’évoquais naguère ici même[1] a rendu son verdict : Exeat Savonarolus propter heterodoxam doctrinam suam. Que la dissertation philosophique du professeur Mercier l’ait désigné à la vindicte d’une certaine bien-pensance laïciste, qui s’en étonnera ? En revanche, plus qu’étrange aura été la brutale réaction du pouvoir organisateur. Mais qui donc en est encore l’autorité faîtière ? Étrange tout de même ce signal envoyé à ses ouailles. Non ?

Dans mon précédent article sur l’ « affaire Mercier », j’ai donné une « Brève chronique de l’événement ». Depuis lors, outre un ouvrage sur lequel je vais revenir, le professeur Stéphane Mercier, soucieux de bien mettre les points sur les i, a publié un article intitulé Silence - Apostasie et démission intellectuelle à l’Université louvaniste et, par la même occasion, le texte de la lettre qu’il adressa, le 26 avril 2017, au président du Conseil d’Administration et au Recteur de l’UCL. Ces documents, accessibles sur le WEB[2], méritent vraiment d’être consultés. On y apprend bien des choses : que M. Mercier n’est pas un néophyte à l’UCL[3] ;  que, durant les cinq semaines qui ont suivi l’exposé incriminé, le cours s’est poursuivi normalement, jusqu’à ce qu’un groupuscule insignifiant n’alerte les médias ; que, sur un total de six cents élèves, une dizaine seulement n’auraient pas apprécié le choix du thème ; que, parmi  les plaideurs qui, face au recteur, ont défendu M. Mercier, figure une juriste de l’Université Libre de Bruxelles, laquelle, en dépit d’un désaccord sur le fond avec l’enseignant, nota qu’une sanction équivaudrait à induire, au sein de l’Université louvaniste, un climat analogue à celui qui prévaut dans les Universités turques. Au final, après la suspension immédiate de son enseignement, et une exigence (avortée) de licenciement requise par une Philénis bien en cour[4], un blâme sera prononcé « en ayant soin de me préciser, écrit M. Mercier, que l’on ne me reproche pas la position que j’ai défendue mais la manière dont je l’ai défendue. Bel exemple de repli stratégique s’il en est ! » Quant au mandat de chargé de cours invité, il ne sera pas renouvelé.

Quod scripsi, scripsi !

Sans  contester la légalité de la non-reconduction de son mandat, Stéphane Mercier, loin de baisser les bras, s’est rendu non à Canossa mais chez un éditeur, qui publie le texte litigieux[5].  L’essai, à quelques retouches  près, reprend la dissertation incriminée, mais est encadré par un Avant-propos, une Postface et des Éléments de bibliographie. Autant que possible, j’éviterai de répéter ici des considérations déjà  développées dans l’article précité, d’ailleurs aisément accessible sur la Toile.

Dans un Avant-propos sous-titré Sound and fury,  l’auteur relate et commente brièvement les faits : l’alerte lancée aux médias à la suite des révélations de quelque groupuscule féministe biberonné à l’idéologie du genre ; la réaction brutale et d’une inconséquence surréaliste de l’UCL, qui, alléguant des valeurs alignées sur un prétendu droit à l’avortement, élude d’entrée le débat de fond pour le déplacer sur le terrain de la pédagogie (sujet inopportun, étudiants immatures) ; l’impact que pourraient avoir des propos jugés par trop déplaisants sur le nombre d’inscriptions et l’avenir des cours de philosophie dans les divers départements de l’Université ; un militantisme radical.

L’argumentaire

Comme il l’avait indiqué dans le texte destiné à ses étudiants, l’auteur signale, ici dans une Note, que son argumentaire suit de très près celui de Peter Kreeft[6].  À titre liminaire, Stéphane Mercier, après avoir annoncé un argument philosophique, pas un argument théologique reposant sur la Révélation, indique clairement son propos : permettre le débat. Encore faut-il, pour qu’il y ait débat, que l’auditeur soit prêt à entendre un discours qui ne corresponde pas nécessairement à ses attentes, à l’air du temps, mais qui, en aucune façon, ne doit être reçu comme une agression. L’argumentaire proposé vise à défendre le droit de toute personne innocente à la vie dès le moment de sa conception. Le point  de vue « pro-vie » est aujourd’hui, largement contesté, il est vrai. Mais, pour autant, refuser d’en examiner l’argumentation équivaudrait à un aveu de faiblesse.  Pas question non plus d’interdire le débat : ce serait là un procédé typiquement totalitaire. La censure pour convenances personnelles d’un interlocuteur n’a pas sa place en philosophie. Il est tout à fait permis de discuter, je le redis : la philosophie sert précisément à cela. [...] Voilà une longue introduction. Pour sauvegarder le débat, justement, et éviter que sur un sujet délicat, l’échange ne tourne au pugilat.

Le professeur enseigne ensuite à ses élèves le B.A.-BA du raisonnement philosophique, comment « fonctionne »  un argumentaire, ce qu’on entend par prédicat, la nécessité d’une définition précise des termes dans l’énoncé des prémisses, la rigueur requise dans leur agencement pour garantir la solidité de la conclusion. De manière toujours très claire et pédagogique, la présentation de la méthode philosophique est concomitante du développement de la thèse. L’exposé  prend appui sur deux prémisses, des propositions dont tous les termes sont très précisément définis et qui, par un enchaînement logique rigoureux, conduisent à la conclusion.  La première prémisse est d’ordre moral : Il est toujours moralement mauvais de tuer délibérément une personne innocente[7]. La seconde prémisse est factuelle : l’avortement consiste à tuer délibérément une personne innocente en l’occurrence un être humain qui se trouve encore dans le ventre de sa mère.

L’on ne peut, dans la présente recension, reproduire, dans toute sa richesse logique, le déploiement de l’argumentation. Les points forts en ont été assez longuement évoqués dans mon article précédemment cité. Entre la conception et la mort naturelle, il n’y a, dans notre existence, aucune solution de continuité. Partant, il est absurde de se demander quand apparaît la personne : chacun de nous appartient à l’espèce humaine et son code génétique est complet dès le stade du zygote. L’argument fonctionnaliste qui s’appuie sur le critère de la viabilité est aberrant : c’est toujours le même être qui, de zygote deviendra embryon, fœtus, nourrisson, etc. Une fois l’équation « avortement = meurtre délibéré d’une personne innocente » établie comme un fait, l’auteur met en évidence l’inconséquence d’une législation qui condamne crimes et délits, mais qui, au prix d’incohérences manifestes et de façon totalement arbitraire, décrète l’âge à partir duquel s’impose la protection juridique d’un futur bébé : 13 semaines en Belgique, mais 23 aux Pays-Bas ou 24 en Angleterre. Le non-sens qui consiste à fixer pareilles limites est patent : s’il y avait un saut qualitatif, un moment clair où apparaît une personne là où il n’y avait qu’un tas de cellules, on se demande bien pourquoi vous n’êtes pas également humain en Angleterre et en Belgique au même moment. Sauf à considérer qu’un Belge est plus précoce qu’un Anglais...[8]. La traque aux sophismes du genre et à plus d’une échappatoire sceptique se poursuit dans une vingtaine de pages dont on ne peut, ici, que citer quelques thèmes : la tendance contemporaine à composer avec les principes moraux au nom d’une convenance personnelle et d’un relativisme qui s’autodétruit en s’affirmant comme un impératif absolu, les faux-fuyants du scepticisme, la dérive de l’eugénisme par le recours à des diagnostics qui, parfois, signent des arrêts de mort, la négation d’une altérité radicale de l’embryon par rapport à ses géniteurs.

Une postface très dense

Après avoir déploré qu’en démocratie, et a fortiori à l’Université, les échanges d’idées puissent être confisqués par des mesures discrétionnaires capables de jeter l’opprobre sur ceux qui les prennent, l’auteur rappelle d’abord quelques remarques percutantes (et fameuses) du Professeur Jérôme Lejeune (1926-1994), généticien de grand renom. Si le fœtus n’était qu’un tas de cellules, comme le sont une dent ou un carcinome, pourquoi alors légiférer sur le droit d’éliminer le premier et pas les autres ? Cette élimination, qui est bien un avortement, mais voulu et encadré techniquement, on préfère l’appeler IVG, pudique acronyme que ledit généticien décryptait en Interruption d’une Vie Gênante ? C’est en vain qu’on tente d’édulcorer la question avec des arguments antispécistes[9], qui s’appuient sur les niveaux de conscience et de sensibilité à la douleur, inexistants chez l’embryon, mais présents chez la mère qui le porte : ce n’est pas parce qu’un humain peut mourir sans souffrir qu’il est permis de le tuer en douce, s’exclame notre auteur. Suivent des considérations qui, pour nombre d’entre elles, visent, mais sans fausse concession, à corriger l’impression d’intransigeance qu’ont pu laisser la rigueur et la vigueur de la démonstration philosophique. Le respect toujours dû à une personne n’implique pas une adhésion automatique à ses idées, telle est l’éthique de la discussion. Concernant les cas de viol ou de grave malformation de l’enfant à naître, qu’agitent sans cesse les « pro-choix », Mercier note qu’il s’agit de pourcentages très faibles au regard des avortements pour la justification desquels on invoque ne varietur une « détresse personnelle »[10]. L’auteur montre encore que  les intérêts de la femme ne sont pas menacés par ceux de l’enfant, et il clôt sa postface par une amorce de plaidoyer Pour une véritable cohérence anthropologique. [...] À vrai dire, écrit le philosophe, je ne crois pas que le véritable problème soit de prouver l’humanité du fœtus ou de l’embryon. La grande majorité des gens, au fond, sont bien convaincus qu’il s’agit d’un humain ; et la rage avec laquelle certains clament le contraire est peut-être une manière pour eux d’essayer de se convaincre eux-mêmes de ce dont ils tâchent de persuader les autres avec force cris et gesticulations. La réflexion sur la question de l’avortement en appelle une autre, plus large, à savoir celle de la sexualité dont la signification anthropologique est, aujourd’hui, amputée de sa vertu d’accueil de la vie au profit d’un hédonisme omniprésent. C’est ce rapport malsain à la sexualité qui engendre et explique le recours à un lexique où dominent les notions de prudence, de protection,  d’accident. L’auteur souligne l’importance, en matière de sexualité, de reconnaître un dualisme anthropologique foncier, de respecter notre nature biologique et de renoncer au rêve narcissique de toute-puissance. Sans ces balises [...] c’est la porte ouverte aux pathologies les plus navrantes, dont l’idéologie du gender déploie actuellement les plus abracadabrantes virtualités à grand renfort de battage médiatique complaisant. Une pierre dans le jardin des féministes doctrinaires et autres conseiller‧ère‧s en « politique du genre »...

Avant de remercier les personnes qui lui ont accordé leur soutien, l’auteur propose une douzaine de références bibliographiques destinées à prolonger la réflexion.

Un bilan positif

Comme tout essai digne de ce nom, le livre de Stéphane Mercier invite vraiment à se poser des questions. En voici, parmi bien d’autres, quelques-unes qui me sont venues à l’esprit.

  1. L’enseignement de la philosophie morale est-il compatible, en démocratie, avec l’étude de questions controversées mais sur lesquelles le législateur s’est prononcé ? À cette question, l’UCL a clairement répondu par la négative de manière aussi tranchante qu’inexacte[11], assurant, selon les propos de la conseillère du Recteur à la politique du genre, qu’il n’y a pas à sortir de là. Eh bien, si, précisément, il faut « sortir de là », il faut libérer la philosophie du carcan du politiquement correct. Un simple citoyen, philosophe d’appellation contrôlée ou non, a parfaitement le droit de ne pas considérer les lois comme intangibles, irréfragables et éternelles. Ne font-elles pas, d’ailleurs, l’objet d’amendements ? Parfois, ne les abolit-on pas ? Échangeant dernièrement avec un juriste frais émoulu quelques propos sur des sujets « sociétaux », j’ai trouvé assez curieuse sa manière de confondre légalité et légitimité. Soutenir que le droit tient sa légitimité d’une conformation « démocratique » à une évolution « sociétale », c’est professer, par une sorte de syncrétisme, une utopique harmonie entre mœurs, morale et loi ; c’est surtout, au mépris même de la démocratie, imposer la doxa du moment comme une vérité apodictique. On chamboule la société, on traficote la sémantique (mariage, famille), on invente une orthographe « inclusive » qui promeut les mots épicènes, on se penche sur le statut civil d’un troisième sexe, etc. Pour justifier toutes ces « avancées », qui sont autant d’offenses à la saine raison, certains juristes et autres psycho-sociologues s’en tirent à la manière de Sganarelle, le « médecin malgré lui » : Oui, cela était autrefois ainsi ; mais nous avons changé tout cela. Pendant ce temps, une masse de Candides, aux prises avec les tribulations d’un monde déboussolé, stupides thuriféraires de la modernité, cheminent répétant, après les maîtres Pangloss façon 2017, que Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Déjà en 1969, Paul VI, déplorait l’influence sur l’opinion du publique des enquêtes sociologiques : Elles sont à la mode. Elles se présentent avec la rigueur d’une méthode qui semble tout à fait positive et scientifique et avec l’autorité du nombre, de telle sorte que le résultat d’une enquête tend à devenir décisif, non seulement pour observer un fait collectif, mais pour déterminer les normes à adopter pour répondre au résultat obtenu. Le fait devient loi.[12]
  2. Avec des étudiants qui sortent tout juste du secondaire, est-il opportun de disserter sur une grave question de bioéthique ? Avant de répondre précisément à cette question, rappelons que l’exposé incriminé avait pour but premier d’enseigner aux étudiants, non pas en théorie mais par l’exemple, ce qu’est un argumentaire et comment il « fonctionne ». Avec des étudiants qui ne sont pas rompus aux arcanes de la syllogistique, le professeur, s’en tenant à une terminologie minimale, a préféré philosopher sur une question qui touche la dignité humaine et dont la bien-pensance essaie vainement de montrer,  sur le ton compassionnel mais aussi juridique, qu’elle n’est plus une question. De manière complètement inconséquente, l’UCL, qui venait de rejoindre un réseau[13] visant à garantir la liberté académique, a voué aux gémonies son « invité » parce qu’il avait mis en cause des « valeurs » protégées par un tabou consensualiste. Dans sa lettre aux autorités, Mercier observe : Si d’aventure, j’avais [...] argumenté en faveur de l’évasion fiscale, du mensonge ou de l’excision, je comprendrais devoir rendre des comptes pour avoir abusé de ma liberté académique. Quant à la prétendue immaturité de ses élèves, le maître observe que, primo, l’on feint d’ignorer dans quel monde ils ont grandi et que, secundo, ce sont des citoyens électeurs.
  3. Le professeur a-t-il, dans la manière de traiter la question, manqué de psychologie ? C’est ce qu’ont laissé entendre de nombreuses critiques, évidemment amplifiées par des médias qui professent, à l’égard des « avancées » sociétales, une adhésion quasi systématique. On l’a vu : l’argumentaire est solide, et il est à noter que, faute d’avoir pu relever le gant sur le plan de la logique pour en pointer quelque faille, les contempteurs ont dû se résigner à jouer sur d’autres registres – émotion, droits acquis, modernité –, au demeurant redoutablement efficaces. En dépit des précautions oratoires liminaires, l’exposé magistral aura ainsi suscité des réactions virulentes. Pourquoi cette virulence ? C’est peut-être là que le bât a blessé chez le pédagogue. S’est-il rendu compte que, parmi son auditoire (puis dans le public), il se trouvait probablement une énorme majorité de consciences anesthésiées en matière de bioéthique en général, et d’avortement en particulier ? Pour une part importante de l’opinion publique, s’en prendre à l’avortement, ce n’est pas seulement remettre, philosophiquement, en cause des « droits acquis », c’est, dans un monde où l’avortement est tellement admis qu’il est médicalisé et objet de protection sociale, pis encore, c’est agresser, directement ou indirectement, ses auditeurs. N’aurait-il pas été préférable d’inscrire l’argumentaire dans une perspective historique ? Le réveil (ou l’éveil) des consciences, suivant le fil de l’évolution sociétale, n’aurait-il pas été à la fois moins brutal et plus éclairant sur la dynamique mortifère où la société s’est engagée, par exemple en Belgique depuis l’affaire Peers (1973). Les étudiants auraient vu d’où l’on venait sur le plan juridique et comment s’était continûment élargi le spectre des « indications » de l’IVG. Sous ce rapport, une relecture, en 2017, du discours que Simone Veil[14] prononça en 1974 devant l’Assemblée nationale française permet de mesurer l’ampleur et la tendance constante d’une évolution de l’opinion publique dans un domaine essentiel de la bioéthique. À l’époque, il était surtout question de justice sociale, de situation de détresse, de drame, de tâche de dissuasion, d’acte qui doit rester exceptionnel et, sauf exception thérapeutique, n’a pas à être pris en charge par la Sécurité sociale, bref d’une loi qui, si elle n’interdit plus, ne crée aucun droit à l’avortement. Après cela, il est aisé de dégager un trait essentiel de l’évolution des législateurs en matière de bioéthique et de montrer, par exemple, comment la laïcité française a pu en arriver à panthéoniser une de ses icônes : en somme, un santa subito ! à la mode d’outre-Quiévrain.

*

   Qu’est-ce qu’un philosophe ?  s’interrogeait Chamfort. C’est un homme qui oppose la nature à la loi, la raison à l’usage, sa conscience à l’opinion, et son jugement à l’erreur[15]. Stéphane Mercier est bien un philosophe ! Quod non erat demonstrandum.

Mutien-Omer Houziaux

[1] « À propos de l’affaire Mercier : Savonarole réanimé à Louvain-la-Neuve », Vérité et Espérance. Pâque nouvelle, n° 103, 2e trimestre 2017, pp.15-18. Le texte de cet article est disponible sur la Toile. Sur Google, il suffit de taper, par exemple : « Savonarole Mercier ».

[2]  https://www.ultramontain.be/apostasieucl/ 

[3] A l’UCL : 2000-2004, étudiant ; 2004-2010, assistant et doctorant ; 2010-2014, docteur, chargé de recherches du FNRS ; 2014-2017, chargé de cours.

[4] La conseillère du recteur à la politique du genre, Mme Tania Van Hemelrijck.

[5] Stéphane MERCIER, La philosophie pour la vie - Contre un prétendu « droit de choisir » l’avortement, Quentin Moreau, édit., sept. 2017, XIX + 78 p.

[6]  Peter KREEFT, Pro-Life philosophy, conférence disponible en plusieurs versions sur le WEB. Professeur de philosophie au Boston’s College et au King’s College (New York), , brillant conférencier (à écouter sur Youtube), Kreeft,(né en 1937), a publié de nombreux ouvrages de philosophie, de théologie et d’apologétique.

[7] C’est la formulation qui est retenue en page 10, et qui légitime le développement un peu byzantin (mais plaisant ?) sur des acceptions aberrantes du mot personne, absent du premier énoncé, qui se termine par : ... délibérément un innocent.

[8] L’embryon, tas de cellules, c’est là, ajouterai-je, le genre de couleuvres que la doxa tend à faire avaler pour que l’avortement soit retiré du code pénal et que, par le vote d’une loi liberticide, on pénalise toute « désinformation » dissuasive concernant l’IVG.

[9] L’antispécisme est un mouvement né dans les années 1970. Il conteste les critères qui divisent le règne animal en espèces. Ainsi, Peter Singer, philosophe australien, comparant  l’homme et l’animal sous les angles du degré de la conscience et du seuil de la douleur ose écrire : Human babies are note born self-aware [... ] They are no persons [...] The life of a newborn is of less value than the life of a pig, a dog, or a chimpanzee [...] En conséquence, il estime que la société n’a pas à sacrifier des ressources by increasing the severely disabled children, et il pousse encore l’audace jusqu’à légitimer l’infanticide : a period of 28 days after birth might be allowed before an infant is accepted as having the same right to live as others. (Practical Ethics, Cambridge University Press ; disponible sur la Toile). On n’arrête pas le progrès !

[10] Viols : 0,16% ; problèmes de santé de la mère ou de l’enfant à naître : 3%. Statistiques officielles 2011 pour la Belgique.

[11] Cf. mon précédent article, pp. 15 et 16.

[12] PAUL VI, Face à la contestation, Fayard, 1970, p. 60.

[13] Scholars and Risk.

[14] Simone VEIL, Une vie, Stock, 2007, pp.341-365.– Cf. mon article précédent.

[15] Sébastien-Roch Nicolas de CHAMFORT, Œuvres, II, 14, Paris, 1812.

03/01/2018

Deux, trois pas au Livre de Job

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"Vir erat in terra Hus, nomine Job: simplex et rectus, ac timens Deum: quem Satan petiit, ut tentaret: et data est ei potestas a Domino in facultates et in carnem ejus...

"Il y avait, au pays de Hus, un homme appelé Job, simple, droit et craignant Dieu. Satan demanda de le mettre à l'épreuve et reçut du Seigneur pouvoir  sur ses biens et  sur son corps..."

Job, 1 (offertoire du 21e dimanche après la Pentecôte)

 

job 007.jpg

Il était un homme, appelé Job...

 

Un homme simple et droit,

qui vénérait Dieu

et veillait à garder ses enfants en son amour.

~

Job était entouré d’estime

et comblé de biens.

~

Il n’est pas entouré d’estime

et comblé de biens

parce qu’il vénère Dieu.

 

Il ne vénère pas Dieu

parce qu’il est entouré d’estime

et comblé de biens.

 

Simplement Job est Job

et Dieu, Dieu.

~

Là,

ni « parce que », ni « pour que ».

Simplement Job est Job

et Dieu, Dieu.

C’est tout.

 

C’est Tout.

Il ne faut pas chercher plus loin.

~

Dieu garde l’homme en bienveillante main ;

il « ne dort ni ne somnole » :

il veille.

 

« Regardez les oiseaux du ciel...

Regardez les lis des champs... »

Dieu pourvoit à tout

et au-delà.

 

Job le sait : Job est Job

et Dieu, Dieu.

~

Il ne faut pas chercher plus loin.

Job est un homme simple et droit.

Job vénère Dieu :

Il est Job ; Dieu est Dieu.

~

Dieu pourvoit.

A tout.

Pour rien.

Dieu est Dieu.

~

« Il fait lever son soleil

sur les bons, et sur les méchants ;

et sa pluie, il la prodigue

aux justes et aux injustes.»

 

Dieu est Dieu.

Il donne à chacun

comme il lui plaît.

Dieu donc comble Job ;

Job se tient simple sous le regard de Dieu.

Tout cela sans calcul.

 

Ainsi vont selon Dieu les choses.

En leur principe.

« In principio... »

~

Sous le regard de Dieu,

Job est auprès de Dieu.

 

A l’image du modèle...

mais de cela, il n’a point révélation

― bien plus tard viendra

la plénitude des temps ―

... à l’image du Verbe-modèle.

 

« Au principe, le Verbe était auprès de Dieu. »

~

La clé de l’Ecriture,

de toute l’Ecriture,

c’est le Verbe de Dieu.

 

Abraham, Isaac, Jacob, Joseph,

Job et les autres,

chacun à sa façon le préfigure.

 

Chaque trait de l’Ecriture

est touche de pinceau

où librement s’exprime

la liberté de l’homme.

 

Chaque trait, sa liberté ;

et le tableau pourtant,

les personnages,

les récits :

tout y aboutit au Verbe de Dieu.

~

Pleine vraiment est la liberté de l’homme.

Et voici : quelque usage qu’il en fasse,

jamais elle ne met en échec

le dessein de Dieu.

 

Par oui, par non,

c’est le dessein de Dieu qu’elle avantage,

toujours.

 

Moïse y concourt,

Pharaon y concourt.

 

La bourrasque se lève-t-elle contraire ?

vent debout cingle le vaisseau.

~

Avance donc, Satan, viens,

allez, viens

parmi les fils de Dieu,

toi qui te présentes devant le Seigneur

pour dénigrer son Juste.

Un jour, comme les fils de Dieu

venaient se présenter devant le Seigneur,

Satan aussi s’avança

parmi eux.

 

«  D’où viens-tu ?

― De parcourir la terre. »

~

« ... tel un lion rugissant

cherchant qui dévorer... »

précisera le bon saint Pierre.

 

Le Nouveau le dit

tout ainsi que l’Ancien.

C’est l’Ecriture.

Satan rôde, et jamais ne se lasse,

il rôde et il dévore.

~

Qui ne reçoit

humblement

l’avertissement

ne sait

ni le danger

ni le recours.

~

«  D’où viens-tu ?

― De parcourir la terre.

― As-tu remarqué mon serviteur Job ?

Il n’a point son pareil sur la terre :

un homme intègre et droit.

― Est-ce pour rien que Job vénère Dieu... »

Voilà le propos assassin !

C’est à bon droit qu’on te nomme le Menteur,

le Calomniateur,

toi qui ne vois que mal

là où il n’est que bien.

 

Parce que ton œil est ténèbres

tout ce que tu vois est ténèbres.

~

Et moi, hélas,

ne suis-je pas disciple complaisant

à ta détestable école,

qui tant de fois me prends

 à prêter à autrui

un noir penser,

que tu m’instilles ?

 

« Que si une action pouvait avoir cent visages,

il la faut regarder

en celui qui est le plus beau. »

C’est bien le Tentateur

qui réclame de nous passer au crible.

Il ne le peut toutefois

sans l’agrément de Dieu.

 

Dieu ne nous soumet pas à la tentation

Dieu ne nous fait nul mal.

Mais c’est de sa main,

de la main de Dieu,

de Dieu sans qui rien ne se peut,

que nous recevons

tentation et mal.

 

A la requête de l’Ennemi.

~

L’Ennemi frappe Job

encore, encore et encore.

 

Et Job dit :

« Le Seigneur a donné

le Seigneur a ôté :

comme il a plu au Seigneur

ainsi en a-t-il été fait :

que le nom du Seigneur soit béni ! »

 

L’Ennemi frappe Job

« peau pour peau »

encore, encore et encore.

 

Et Job dit :

« Si nous accueillons le bonheur

comme un don de Dieu,

comment

ne pas accueillir de même le malheur ? »

~

L’Ennemi frappe

mais Job ne s’y trompe pas.

C’est de la main du Seigneur

qu’il accueille le coup.

Et Job bénit le Seigneur.

Dieu accède à la requête de Satan,

de Satan qui plus tard,

à nouveau,

réclamera les Apôtres cette fois,

pour les « cribler comme du froment. »

 

Satan s’acharne

et de la fournaise qu’il embrase

coule, or pur,

l’amour de l’homme pour Dieu.

 

L’amour désintéressé.

 

Simplement

Job est Job

et Dieu, Dieu.

C’est tout.

L’amour désintéressé,

celui auquel aspire le cœur

vraiment épris,

celui qui fait fils de Dieu

à l’image du Verbe,

celui qui donne plénitude à l’homme,

par participation

au Sacrifice du Verbe fait homme

crucifié :

l’officine de Satan en est la forge,

la pierre de touche

et le creuset.

~

Satan met en œuvre la souffrance

et Dieu y produit son Saint.

En haute estime,

en grande confiance.

 

Il sait son cœur,

car il l’habite.

Le Seigneur sait le cœur de Job.

Dieu est Dieu :

il sonde reins et cœurs.

Job ne sait pas les voies du Seigneur

Job est Job :

il ne peut comprendre Dieu.

 

Il n’a qu’un recours,

s’en remettre au Seigneur.

En pleine confiance,

plein de nuit.

~

Dieu est Dieu,

et Job, Job.

~

Immense est sa nuit.

Et Job maudit le jour qui l’a vu naître.

Immense est sa nuit.

Elle est immense comme Dieu la fait.

~

Il n’en peut plus.

« Mon Dieu, mon Dieu,

pourquoi

m’avoir abandonné ? »

 

Job est à présent

en le Verbe enlevé.

 

En le Verbe élevé.

~

Immense est sa nuit,

immense son « pourquoi ? »

Immense apparaît

la fidélité de son cœur,

la fidélité

en l’Unique Recours :

« Mon Dieu, mon Dieu. »

Dieu est l’Unique.

 

« Seigneur, à qui irions nous ? »

 

Quelle que soit la détresse,

à lui le cri revient.

Il ne peut en être autrement :

Dieu est l’Unique,

il n’y a pas d’autrement.

 

La fidélité de Job

la voilà.

 

Elle n’est pas conditionnelle :

elle est.

 

Dieu est,

alors elle est.

A Dieu unique

réponse unique.

~

Pourquoi est-il dit

que les amis de Job

n’ont pas bien parlé de Dieu ?

― Leurs discours pourtant étaient sages ! ―

 

Pourquoi le courroux de Dieu

s’est-il enflammé

contre Eliphaz de Téman,

contre Bildad de Shuah,

contre Çophar de Naamat ?

 

Leurs discours n’étaient-ils point sages ?

 

Leurs discours

cherchaient à Dieu justification.

 

Folie.

Dieu est.

Jean-Baptiste Thibaux.

 Extrait de "Vérité et Espérance-Pâque Nouvelle" n° 104, automne 2017.

Editeur: sursumcorda@skynet.be