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11/04/2015

Autobiographie d’un aventurier de l’Esprit

 

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Extrait de notre magazine trimestriel « Vérité et Espérance/Pâque Nouvelle », n° 94, printemps 2015

autobiogr Fr Brune.jpgDès la troisième page de son autobiographie, le père François Brune (né en 1931) relate sa première expérience spirituelle ; elle se déroule très simplement, peu de temps après sa “communion privée”, il doit avoir sept ans :  Il ne s’agit pas d’une extase, d’une irruption de la grâce me tombant sur la tête (...). Il ne s’agit que de quelque chose de très simple. Le plus curieux, c’est que je n’ai même compris son importance que beaucoup plus tard, quarante ou cinquante ans plus tard, quand j’ai découvert que tout le monde n’avait pas vécu cette expérience toute simple. Cette expérience, c’est tout simplement une rencontre de Dieu dans la prière. Ça ne se décrit pas, tellement c’est simple. C’est une foi absolue, presque concrète, en la présence de Dieu près de moi et la certitude qu’Il m’entend, m’écoute, est tout entier tourné vers moi, attentif à moi. Une sorte de dialogue est alors possible, très réel et j’y crois toujours, je le vis toujours ; à volonté, ce qui est encore plus fantastique. Il suffit que j’y pense pour qu’Il soit là, toujours là, toujours dispos, prêt à m’écouter. (...) Il ne s’agit pas seulement d’une conviction intellectuelle, mais d’une expérience, d’un contact personnel et réel. C’est une sorte de cadeau que Dieu m’a fait...[1]

Un sermon mythologique

Né en Normandie dans une famille très chrétienne de quatre enfants, le jeune François se distingue par son intelligence, un goût très vif de la vérité et de la cohérence entre les paroles et les actes ; il est aussi servi (ou desservi) par un caractère... disons entier. Aussi ne manque-il pas d’être profondément blessé par les paroles d’un prêtre lors de la cérémonie de confirmation (il a alors une quinzaine d’années) :

Mieux vaut s’adresser à la Sainte Vierge plutôt qu’à Dieu lui-même, car, disait-il,  Dieu, si grand que soit son Amour, est tenu par sa justice. Tandis que Marie, n’ayant pas la même responsabilité, peut se laisser aller à suivre son coeur[2].

Le jeune François réagit vivement à ces paroles : ce Dieu farouche n’est pas le vrai Dieu, il n’est pas le Dieu des chrétiens : On était en pleine mythologie. Je retrouvais les histoires des dieux latins et grecs. Il fallait gagner les bonnes grâces de Junon pour qu’elle aille trouver Jupiter et vous obtenir la faveur demandée. En version chrétienne, la Sainte Vierge pouvait tout obtenir de son grand garçon. Il ne pouvait rien lui refuser. On l’avait bien vu aux noces de Cana. Ensuite, comme son Fils était Dieu dans la Trinité, le Père était bien obligé de se montrer solidaire et de signer le chèque. Le tour était joué. Il faut reconnaître que c’est ainsi que l’on présente la plupart du temps l’intercession de la Sainte Vierge ou des saints.[3]

Cet épisode laisse une plaie profonde dans ce jeune homme franc et aiguisé : quelque chose s’est brisé en lui, quelque chose qui le marquera à vie : Ce jour-là, j’ai compris, constaté qu’un prêtre peut être intelligent, homme de grande culture, avoir la confiance de la hiérarchie de l’Eglise pour une mission d’enseignement importante, et pourtant dire des bêtises et des bêtises énormes sur Dieu. Il m’était donc impossible de suivre aveuglément tout ce que les prêtres pouvaient raconter. Il fallait garder sa liberté de réfléchir, de penser, oser juger les gens d’Eglise ayant autorité.[4] Cette dernière phrase résume et explique la suite du parcours intellectuel et spirituel atypique de François Brune.

Lumière et ténèbres

Paradoxalement, c’est à la même époque, dans un camp de vacances en montagne, au contact d’un séminariste rayonnant, qu’il ressent pour la première fois un vague appel à la prêtrise : il émanait de lui une joie d’une qualité rare. Je me rappelle que j’avais eu envie, peut-être, un jour de devenir quelqu’un comme ça...[5] 

Au début des années 1950, le jeune étudiant en classes préparatoires aux grandes écoles se trouve confronté aux questions graves posées par les péripéties du monde : guerre d’Indochine, guerre froide, exil en France de nombreux intellectuels slaves, publications sur les horreurs des camps de concentration nazis... La griffe du Mal, et d’un Mal organisé, se laisse deviner dans l’apparent chaos politique et social ; la conscience de plus en plus nette de ce qui fait l’Histoire du monde : une puissance de Haine, fantastique, métaphysique, une puissance terrifiante, à en donner le vertige [6] (...). Je compris en même temps que si une telle force existait et dominait à ce point le monde, il devait bien y en avoir une autre en sens contraire, une force d’Amour, sans laquelle le monde serait déjà détruit depuis longtemps. Le monde était pris entre ces deux forces contraires, forces du mal, de haine et forces du bien, d’amour. La force absolue de l’Amour ne pouvait être que Dieu (...). Lutter contre les effets du mal, c’est bien : construire des routes et des ponts dans les pays sous-développés, faire la chasse aux virus (...) cela est très bien, mais tout cela ne fait que lutter contre les conséquences du mal, contre ses effets. Essayer de rapprocher le monde de Dieu, c’est mieux, car, là, on s’attaque à la racine du mal. Il était évident pour moi, à cette époque-là, que seule l’Eglise (l’Eglise catholique, évidemment, je n’en connaissais pas d’autre) était à même d’entreprendre cette tâche[7].

Cette méditation débouche peu à peu sur la résolution de devenir prêtre : faire connaître l’Amour de Dieu au monde, pour le sauver du malheur. Il s’agit donc là d’un tournant absolument capital dans ma vie. Il ne s’agissait pas d’une illumination. Je n’ai entendu aucune voix, pas même une “voix intérieure” comme cela est arrivé pour certains ; ça ne s’est pas fait vraiment en un seul instant. Ce moment-là, près du Panthéon, était l’aboutissement d’une longue et lente évolution, d’une méditation sur le malheur de ce monde [8].

Une ligne doctrinale imposée

Comment “garder sa liberté de réfléchir, de penser, oser juger les gens d’Eglise ayant autorité” quand on entre au Séminaire universitaire de l’Institut catholique ? Très vite François Brune souffre d’une ligne doctrinale imposée, que plusieurs professeurs ne partagent pas, mais sont contraints d’enseigner sous peine de mise à l’écart ; cette doctrine, il la surnomme l’aristothomisme, combinaison délétère de philosophie païenne (Aristote) et de philosophie thomiste (S. Thomas d’Aquin). A l’Institut catholique de Paris, dans les années 1950, le thomisme était enseigné comme “la” vérité ; les déviants (même sur les questions de détails) sont écartés, ainsi Jacques Maritain (pourtant lui-même thomiste) est exilé à Montréal pendant quelques années pour avoir osé contredire celui que F. Brune appelle “le grand Maître dominateur”. L’enseignement le plus officiel de la Sainte Eglise Catholique et Romaine, à son niveau le plus élevé, censé correspondre à celui des universités en science profane, était complètement déconnecté des connaissances de notre époque, bloqué en son état médiéval, comme si rien ne s’était passé depuis le XIIIe siècle !!! Dès cette époque-là, je commençais à pressentir l’effondrement de l’Eglise.[9]

Ce que le Père François Brune reproche à cette théologie, c’est de vouloir faire entrer Dieu dans les strictes limites de la raison humaine, alors que la foi, sans contredire la raison, la dépasse infiniment : Aristote, quatre siècles avant le Christ, ne conçoit pas Dieu comme une Personne qui aime, mais comme un “Acte pur”, comme une sublime et inatteignable Abstraction. Nourri par cette philosophie, Thomas d’Aquin construit, d’après François Brune, une théologie où Dieu est prié de s’introduire dans les catégories mentales de la Grèce antique ; Dieu devient alors, selon les normes humaines, “un roi absolu, un satrape oriental, un tyran. En conséquence, explique S. Thomas d’Aquin, Dieu ne nous aime pas : que je me damne, que je l’aime ou le haïsse, cela ne lui fait aucun effet. En réalité, il ne le sait même pas” [10]. Ce Dieu, qui prédestine les uns au salut et les autres à la damnation, selon son bon plaisir, F. Brune ne le reconnaît pas dans celui des Evangiles, ni dans toute la théologie des Pères de l’Eglise, ni surtout dans les Pères grecs, restés à l’écart des développements théologiques philosophants des pères latins après S. Augustin. Or, le Dieu chrétien opère un renversement total des valeurs : il faut passer de la Transcendance comme perfection de l’Etre et de sa Puissance à une Transcendance faite d’Amour et donc d’humilité, de vulnérabilité, sans limites dans la faiblesse, et par cela même infiniment supérieur à toutes nos façons d’aimer [11].

Il faudra attendre la publication des documents du concile Vatican II (1962-65) pour se réjouir que, puisant dans leur trésor du neuf et de l’ancien, les Pères conciliaires renouent avec la plus vivifiante Tradition : Dieu a appelé et appelle l’homme à adhérer à Lui de tout son être, dans la communion éternelle d’une vie divine inaltérable (Gaudium et spes, 18, 2)[12].

Quelque chose d’extraordinaire...

Mais dans les années 1950 sévit un néothomisme des plus arides... Cette théologie exsangue d’Amour a failli écarter François Brune du sacerdoce voire lui faire perdre la foi ; c’est S. Grégoire de Nysse et la découverte des Pères grecs qui le sauvent. C’est aussi la lecture des mystiques, orientaux et occidentaux, qui finit par construire l’axe central de sa vie : relire nos mystiques d’Occident à la lumière des théologiens de l’Orient chrétien, retrouver Dieu malgré la scholastique [13].

Le deuxième concile de Constantinople, en 553, affirme à la suite du concile de Nicée (325) que le Christ, consubstantiel au Père dans la nature divine, nous est de même consubstantiel dans la nature humaine. Cette déclaration conciliaire mettait dans l’embarras l’un des professeurs de l’Institut catholique, car trop dérangeante dans le cadre de la théologie thomiste. Son commentaire était le suivant : “Il est évident que le mot consubstantiel ne peut pas avoir le même sens dans les deux cas. Dans la Trinité, les trois personnes sont un seul et unique être. Tous les milliards d’hommes que nous sommes, au contraire, forment autant d’êtres différents et distincts”. François Brune poursuit : Je me rappelle très précisément l’endroit que j’occupais dans la salle de cours et la place où se tenait le Père Henry lorsqu’il prononça ces mots. Je me rappelle aussi que je me dis à ce moment-là que l’interprétation du Père Henry n’était pas possible. Je ne pouvais m’y rallier. Les Pères grecs avaient discuté pendant des siècles entre eux pour choisir les mots les plus adéquats à propos de la Trinité. Ils savaient le sens précis qu’ils donnaient à ce mot : consubstantiel (homoousios). Dans ce texte du concile, le parallélisme était souligné : “le même, consubstantiel au Père selon la nature divine, le même, nous est consubstantiel selon la nature humaine”. Je commençai alors à deviner pour la première fois quelque chose d’extraordinaire, d’incroyable, de complètement fou. Les Pères grecs avaient osé, par cette définition dogmatique, prendre à la lettre le texte de St Jean : “Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous” (...)[14].
François Brune est libéré d’un carcan spirituel. Est-il possible que l’amour de Dieu aille jusque là, jusqu’à nous rendre participants à sa divinité, jusqu’à nous diviniser? Bien sûr, S. Irénée, dès le IIe siècle, avait déjà parlé de cette divinisation, de nombreux mystiques[15] ont décrit concrètement leur union à Dieu, mais sous l’influence de la philosophie scholastique cette participation véritable à la vie divine n’a pas été intégrée dans l’enseignement officiel de l’Eglise, la théologie du “Docteur commun” restant la base de départ inévitable d’où il découle que la divinisation de l’homme en Dieu par le Christ est réduite à la “vision béatifique”, à une contemplation intellectuelle de l’essence de Dieu à partir d’une sorte de poste d’observation privilégié. L’étonnement du jeune séminariste se poursuit : Nous sommes tous des milliards d’individus, avec des corps bien distincts et des histoires très différentes, s’échelonnant dans le temps et dispersés dans l’espace. Cette affirmation des Pères grecs, si je l’avais bien comprise, nous emmenait en pleine folie. Mais les Pères grecs en étaient parfaitement conscients (...). Je n’avais jamais entendu parler auparavant d’une hypothèse pareille et aussi énorme, à savoir que, peut-être, l’humanité entière, contre toute apparence, ne formait qu’un seul et unique être. Les choses n’étaient pas encore claires pour moi, mais je me sentais comme au seuil d’un mystère que les chrétiens d’Orient et des premiers siècles avaient compris, mais que notre Eglise d’Occident, apparemment, ignorait toujours totalement[16].

A cette époque, l’étude historique de la Tradition orientale s’arrêtait à S. Cyrille d’Alexandrie pour enchaîner sur la tradition occidentale, “comme si brusquement, au Ve siècle, tout l’Orient chrétien avait cessé d’exister”[17].

Un parcours atypique

Dénoncé comme “dangereux” par des condisciples en raison de son hostilité affichée à l’enseignement de S. Thomas d’Aquin, François Brune ne doit d’être “repêché” qu’à l’un de ses professeurs :

-          Quels sont alors ses maîtres?

-          Les Pères grecs, avait répondu notre Supérieur. Il ne jure que par eux.

-          Oh, alors qu’il y aille, il n’y a pas de problème.

C’est dans ces circonstances que François Brune est ordonné prêtre en 1960. Il intègre la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice où il entame un pénible noviciat. Le Supérieur : “Oh! C’est un intellectuel celui-là. Il va falloir le dresser!” Nous étions pourtant censés nous préparer à assurer la formation de futurs prêtres au service des diocèses! Mais je pense que pour lui le modèle de prêtre que nous aurions à former était le curé de Cucugnan[18].

On s’en doute, le parcours futur de l’abbé Brune sera agité. Après ses années de formation[19], il est chargé d’enseigner dans différent séminaires diocésains (Nantes, Rodez, Bayeux). Mais, persistant dans ses choix théologiques, il critique ouvertement la théologie officielle thomiste, ce qui le conduit lentement mais sûrement à l’isolement puis à la solitude... Dès 1970, il est déchargé de tout poste d’enseignement dans l’Eglise. Il reste cependant membre de la Compagnie de Saint-Sulpice dont il reconnaît la patience et la tolérance à son égard. Sans ressource venant de l’Eglise, sans même être logé par elle, il fallait bien que je vive et que je gagne ma vie [20]. Disposant de temps libre, l’abbé Brune va étudier les autres grandes religions, le temps de constater que les chrétiens savent mieux que les autres à quel point Dieu nous aime. “Je n’ai trouvé rien, mais absolument rien d’équivalent dans aucune autre religion” [21]. Il rédige alors une première synthèse de son expérience de foi et de ses réflexions : Pour que l’homme devienne Dieu.

La science, les morts, la foi...

Les lecteurs qui connaissent François Brune seront sans doute étonnés qu’il n’ait pas encore été fait mention des livres par lesquelles il s’est fait connaître au grand public : Les morts nous parlent, Christ et Karma, Dites-leur que la mort n’existe pas, La Vierge du Mexique, Saint Paul, le témoignage mystique, Hélas qu’avons-nous fait de son amour?, Le Christ autrement...

Comme l’écrit avec humour le Père Brune : “Si j’annonçais une conférence sur le Christ devant la science d’aujourd’hui, je pouvais espérer 40 auditeurs. Si j’annonçais une conférence sur les contacts avec les morts, j’étais assuré d’avoir 200 personnes au minimum!”[22]

Comment l’évolution s’est-elle faite? C’est à cette époque (milieu des années 1970) que paraissent les premiers livres relatant les “expériences aux frontières de la mort” ou “expériences de mort provisoire” : le grand tunnel, la rencontre avec l’Etre de lumière, la vie qui repasse sous les yeux, le questionnement sur l’amour...

Dans le sillage de ces découvertes, François Brune, s’intéresse à une technique nouvelle : la transcommunication instrumentale. Il s’agit d’une façon pour les morts de communiquer avec nous par le moyen des appareils électroniques : magnétophone, radio, téléphone, ordinateur, télévision. Il ne s’agit pas de spiritisme ni de divination! Ces techniques de communication, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ont été encouragées dans certaines conditions par l'Église et pratiquées par des prêtres. Ainsi le pape Pie XII encouragea-t-il les recherches de contacts avec l’au-delà des Pères Ernetti et Gemelli, car elles étaient en mesure de confirmer la foi en l'au-delà par des moyens scientifiques ; le Père Gino Concetti, collaborateur régulier de l’Osservatore Romano fit une déclaration en 1996 devant l'agence de presse italienne ANSA pour annoncer que l’Église n’interdisait pas les communications avec les trépassés à condition qu’elles soient faites dans des buts scientifiques ou religieux ; le Vatican a créé en 1970 une chaire de parapsychologie où sont réalisées des recherches sur les voix venues de l’au-delà ; la vie des saints est remplie d’exemples de communications avec les saints morts qui les ont précédés ; ces contacts sont même encouragés par le Nouveau Testament : en effet, parmi les dons de l'Esprit Saint, le « discernement des esprits » est cité par saint Paul et saint Jean ; du fait de la précision du grec, les esprits sont ceux des morts ou de démons et c’est la mission de l'Église de les distinguer avec prudence et donc de ne pas faire comme s'ils n'existaient pas[23].

Le Père Brune déplore que l’Eglise ne s’intéresse pas davantage à ces phénomènes (on pourrait y ajouter les développements étonnants de la physique quantique). Il propose cette explication : les réticences de l’Eglise viennent probablement, pour une bonne part, du caractère universel  de ces expériences, indépendamment de toute croyance, de tout sacrement, de tout rite. Elles court-circuitent un peu son rôle, relativisent ses exigences, ses cérémonies et même son message. (...) Pour ma part, il me semble que dans la théologie que j’ai suivie, le Christ est toujours sous-jacent à ces expériences, mais il n’est pas nécessaire que ceux qui les vivent en soient toujours conscients. Souvent d’ailleurs, c’est dans cette expérience qu’ils rencontrent le Christ. Nous en avons de nombreux témoignages.[24]

A la découverte des périphéries...

L’intérêt de l’autobiographie de François Brune est de nous révéler la face cachée d’un auteur rendu célèbre par ses « livres sur les morts ». On découvre un théologien rigoureux et profond, un homme quelquefois emporté, mais toujours simple et plein d’humour. D’aucuns lui tiennent parfois rigueur de ses aventures spirituelles du côté des physiciens et des médiums, mais acceptons aussi que l’Esprit souffle où il veut et qu’il a besoin que d’audacieux chercheurs lancent des passerelles sur des abîmes inconnus ou hissent les voiles de la foi au-delà des eaux navigables connues... ce que le pape François appelle les « périphéries ».

On découvre surtout dans ce livre les combats intérieurs d’un homme honnête, fidèle, sincère et pieux, blessé parfois, mais jamais rancunier, soucieux de vérité et de transmission de la vérité. On pourra être choqué par les propos très durs qu’il tient à l’encontre de S. Thomas d’Aquin et de S. Augustin, en leur reconnaissant toutefois du génie. Mais cette colère ne s’élève que contre ceux qui semblent poser des limites à l’amour de Dieu et le réduire aux étroitesses des moeurs et de la raison humaine. On appréciera particulièrement (c’est d’ailleurs sur cette partie du livre que porte principalement cette brève recension) la qualité du débat théologique entre la sensibilité grecque et la rigueur latine : pour l’occidental, imprégné de thomisme, la foi cherche l’intelligence ; pour l’oriental, la foi est d’abord une expérience. Les mystiques issus des « deux poumons » de la chrétienté réconcilient les positions, car c’est bien la présence du Christ en chacun de nous qui nous permet de commencer à aimer un peu comme Lui.

                                                                                                                      Pierre René Mélon

                                                                                                              piremel@yahoo.fr


[1] François Brune, Ma vie au service de Dieu, Ed. Le temps présent, 2014, p. 15.

[2] Op. cit. p. 17.

[3] Ibidem.

[4] Op. cit. p. 18.

[5] Ibid.

[6] Op. cit. p. 23.

[7] Op. cit. p. 24.

[8] Ibid. p. 24.

[9] Op. cit. p. 28

[10] Ibid. p. 29. “Mais pourquoi Dieu choisit ceux-ci pour la gloire et pourquoi il réprouve ceux-là, il n’y en a pas d’autre raison que la volonté divine... comme de la seule volonté de l’architecte dépend que cette pierre-ci soit en cet endroit du mur et cette autre ailleurs” (S. Thomas d’Aquin, Somme théologique, 1ª, q. 23, a. 5 ad 3 um, traduction de la Revue des jeunes, p. 194-195). Ou encore : “Il est manifeste que les créatures sont en relation réelle avec Dieu ; mais en Dieu il n’y a pas de relation réelle à l’égard de ses créatures” (Somme théologique, 1ª., q. 13, a. 7).

[11] François Brune, Ma vie au service de Dieu, p. 29-30.

[12] Et aussi : “Comme fils, l’homme est appelé à l’intimité même de Dieu et au partage de son propre bonheur” (Gaudium et spes, 21, 3); et encore : “La vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine...” (Gaudium et Spes, 22, 5).

[13] Op. cit. p. 31

[14] Ibid. p. 34-35.

[15] Julienne de Norwich, Maître Eckhart, Mechtilde de Hackenborn, Hadewijch d’Anvers... St Jean de la Croix au XVIe siècle décrivait “l’union transformante”, Angèle de Foligno, au XVIIe : Marie de Sainte-Thérèse, Jean de Saint-Samson, Marguerite-Marie Alacoque, contemporaine : Marie de la Trinité (+ 1980)... Et tant d’autres.

[16] Ibid. p. 34-35.

[17] François Brune, Pour que l’homme devienne Dieu, tome 1, Ed. Le temps présent, 2013, p. 39.

[18] François Brune, Ma vie au service de Dieu, Ed. Le temps présent, p. 52.

[19] Sorbonne en lettres classiques (latin et grec ancien), philosophie et de théologie (cinq ans à l’Institut catholique de Paris et un an à l’Université de Tübingen), licence de théologie de l’Institut catholique en 1960 ; en 1962, il suit deux années à l’Institut biblique de Rome, conclues par la licence d’Écriture Sainte en 1964.

[20] Ma vie au service de Dieu, p. 75.

[21] Op. cit. p. 79.

[22] Op. cit. p. 98.

[23] Pour cette partie, source Wikipedia.

[24] Ma vie au service de Dieu, p. 87.

« Le disciple que Jésus aimait… »

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Extrait de notre magazine trimestriel « Vérité et Espérance/Pâque Nouvelle », n° 94, printemps 2015

On sait que, dans son évangile, saint Jean ne se désigne jamais sous son nom, mais par la périphrase : « le disciple que Jésus aimait ». Ce n’est évidemment pas en vue d’agrémenter son texte d’une figure de style, qu’il y glisserait de-ci de-là, par coquetterie littéraire... Mais alors, pourquoi recourt-il à cette expression ? Comment interpréter ce choix ?

crucifixion_van_eyck.jpgOn ne peut imaginer qu’il entende par là que le Seigneur l’aimait lui, et non pas les autres ! ni même, en atténuant l’hypothèse, qu’il l’aimait « plus que les autres ».

Certes, la tradition est unanime à reconnaître en saint Jean le disciple de prédilection. Avec raison. Aussi bien n’est-ce à aucun autre que Jésus confie sa Mère, avant de mourir sur la croix (cf. Jn 19, 26-27). D’autres indices probants fondent encore cette conviction, sans qu’il soit besoin d’invoquer à cette fin l’appellation « le disciple que Jésus aimait » qui, comme telle, n’implique aucune mise en comparaison avec les autres.

Dans son commentaire sur le passage de la Passion que nous venons de mentionner, Saint Augustin, par exemple, rappelle que l’Evangéliste se désigne en disant que Jésus l’aimait, puis il précise justement : « ...Jésus, à coup sûr les aimait tous, mais lui de préférence à tous les autres, et plus familièrement, au point de le faire reposer sur sa poitrine, à la Cène. » (In Io. Ev. tr., 119, 2) Quand le saint Docteur évoque cette prédilection pour l’apôtre Jean, c’est presque toujours en revenant sur ce point, que Jésus le fit reposer sur sa poitrine. (Cf. In Io Ep. tr., 5, 1 ; Serm., 120, 1 ; 135, 8 ; 388, 2 ; De Cont., 11, 25)

En se dénommant « le disciple que Jésus aimait », l' Evangéliste n’a sûrement pas en vue de faire état de cette prédilection. Lui-même ne rapporte-t-il pas en effet l’épisode où Jésus demande à saint Pierre : « M’aimes-tu plus que ceux-ci ? » (Jn 21, 15) Or cette question résonne comme en écho à la déclaration fanfaronne du chef des Apôtres : « Si tous viennent à tomber à cause de vous, moi, je ne tomberai jamais. » (Mt 26, 33) Il avait dit cela après qu’ils furent sortis « pour aller au Mont des Oliviers » (Mt 26, 30). Un peu auparavant, Pierre, qui avait déjà déclaré à Jésus au Cénacle « Je donnerais ma vie pour vous » (Jn 13, 37), s’était vu avertir de son triple reniement (cf. Jn 13, 38). Maintenant que ce reniement, où il est tombé en effet, l’a éclairé sur lui-même, Pierre répond par trois fois, bien modestement : « Vous savez que je vous aime » (Jn 21, 15-17), sans jamais oser ajouter « plus que ceux-ci ».

Un autre épisode ― et celui qui se nomme le disciple que Jésus aimait y est cette fois personnellement impliqué ― a dû le marquer profondément : alors qu’il vient d’entendre Jésus annoncer sa Passion, sa propre mère demande pour lui et son frère Jacques les premières places dans le Royaume, et donne ainsi au Maître l’occasion de mettre en garde ses disciples contre tout désir de préséance. (cf. Mt 20, 20-28)

Saint Jean viendrait-il après cela se mettre en avant comme disciple préféré ? Autant dire que l’évangéliste n’aurait rien compris à l’Evangile.

Il ne semble pas non plus que ce soit pour garder l’incognito que l’Apôtre efface ainsi son nom : une expression plus neutre, comme « l’un des disciples », ou quelque autre de ce genre, eût alors mieux fait l’affaire.

Ici, tout au contraire, personne ne doute qu’il s’agit bien de lui : la discrétion en l’occurrence n’aurait, pour sûr, rien de bien discret ; et, même si la formulation employée ne peut, ainsi que nous venons de le voir, procéder d’une haute estime que saint Jean nourrirait de lui-même, elle ne laisse pourtant pas de le mettre, en quelque sorte, en lumière.

Nous sommes donc bien face à un paradoxe, comme il arrive souvent dans les évangiles. N’est-ce pas en cette direction qu’il faut chercher la solution à la question soulevée ?

« Le disciple que Jésus aimait » : n’avons-nous pas en ces mots un condensé de rayonnante humilité ?

Mais, pour bien comprendre cela, il nous faut d’abord faire un détour par la grisaille du jeune homme riche, puis par les ténèbres de Judas...

Jeune homme riche.jpgEn saint Marc (10, 21), il est dit tout explicitement du jeune homme riche : « Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. »

Cette remarque peut paraître étrange, si l’on y réfléchit un peu : faut-il entendre que Jésus ne l’aimait pas auparavant ? qu’il a fallu que ce jeune homme lui déclare ce que sa divinité, du reste, n’ignorait pas, pour qu’il se mît à l’aimer ? Assurément non.

Jésus l’aimait déjà, mais ce jeune n’en avait pas conscience. Il ne voyait en lui qu’un « bon maître » (ibid. 17). Aussi Jésus commence-t-il par l’inviter à tirer les conséquences des mots qu’il vient de prononcer : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. » (18)

Puis « il posa son regard sur lui ». Ce regard-là n’est pas pour chercher une information, mais pour en donner une, et bien davantage encore.

Il pose sur lui son regard pour se manifester à lui. C’est la manifestation de son amour : « et il l’aima. » Le regard de Jésus s’accompagne toujours d’une grâce opérante ― comme ce fut le cas, par exemple, pour saint Pierre après son reniement : « le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre » (Lc 22, 61) ― ; grâce assez puissante, dans le cas qui nous occupe, pour entraîner son bénéficiaire à sa suite : « viens, suis-moi » (21), mais dont celui-ci ne profitera pas, étouffé qu’il était par les ronces (cf. Lc 8, 14), « car il avait de grands biens » (22).

Ce jeune demeure donc ce qu’il est. Rien de plus que lui-même. Un pauvre « jeune homme riche », et c’est bien sous cette dénomination triste qu’il nous est resté connu, lui qui, notons-le tout de même, observait néanmoins depuis sa jeunesse tous les commandements. (20)

La nouvelle identité de disciple que Jésus aimait, qui lui était alors offerte, avec tout son rayonnement, il ne l’a pas saisie. « Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. » (Jn 1, 11)

6792788686_2f1646bc28.jpgLe cas de Judas est plus bouleversant encore. « Celui qui le livrait leur avait donné un signe : "Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le." Aussitôt, s’approchant de Jésus, il lui dit : "Salut, Rabbi !" Et il l’embrassa. Jésus lui dit : "Mon ami, ce que tu es venu faire, fais-le !" » (Mt 26, 48-50)

Ainsi donc, au moment même où Judas s’approche de lui pour le livrer, Jésus l’appelle « mon ami ». C’est la Vérité qui parle : n’y voyons pas une simple formule de civilité, moins encore une appellation ironique, ni même amère. Les mots du Seigneur ne peuvent avoir que leur sens plein : Judas, à ce moment précis, est « le disciple que Jésus aimait ». « Mon ami » ne peut s’entendre d’aucune autre façon.

La réalité est donc que dans l’acte par lequel Judas le trahit, Jésus l’investit encore de son amour ; il lui offre la qualité de « disciple bien-aimé », capable de l’introduire dans la Vie divine, malgré sa faute, qui, pour grave qu’elle soit, n’est pas à ce moment encore le « péché contre l’Esprit ».

Il est bien sûr impossible d’entrer dans le secret de la relation d’une âme à Dieu, et il n’est pas bon de le faire. Il importe seulement de recueillir des données de l’Evangile les leçons qu’on en peut tirer. On y lit : « Voyant que Jésus était condamné, Judas, qui l’avait livré, fut pris de ‘remords’ ; il rendit les trente pièces d’argent aux grands prêtres et aux anciens. Il leur dit : "J’ai péché en livrant à la mort un innocent." » (Mt 27, 3-4)

Le français distingue assez nettement entre « pénitence » et « remords », tandis que le terme grec ici traduit ne permet pas par lui-même de trancher entre les deux notions. C’est par prolepse que les Traducteurs comprennent « remords ». Peut-être était-ce pourtant dans un premier temps de la pénitence, puisqu’on y trouve la restitution (et il était avare), la confession de la faute, et un témoignage tendant à la réparation de l’injustice commise.

On peut encore à ce moment voir en Judas « le disciple bien-aimé », car, en tout ce qu’il fait là, diffère-t-il tant de saint Pierre, « qui pleura amèrement » ? Au for externe, en tout cas, Judas fait même alors plus que Pierre. Quant à leur for intérieur, on n’y a pas accès.

Mais Judas « jetant alors les pièces d’argent dans le Temple, se retira et alla se pendre. » (Ibidem, 5)

Pourquoi, sinon parce qu’il a porté sur lui son propre regard, en souverain, au lieu de se voir par le regard de Jésus, toujours aimant, malgré sa faute ; cette faute qui aurait dû le dépouiller entièrement de lui-même pour le « réduire » à la seule identité de « disciple que Jésus aimait » ― et que Jésus aimait d’autant plus, car Dieu tire le bien du mal. ―

Non, il sera plutôt Judas. Sans vie, sans mouvement, sans être (cf. Ac 17, 28) : « le fils de perdition » (Jn 17, 12).

Nous pouvons maintenant revenir à saint Jean. Par cette dénomination : « le disciple que Jésus aimait », il n’a donc pas pour but de se mettre à part des autres disciples, ni de se cacher ; mais, contrairement au jeune homme riche et à Judas, qui n’ont pas reçu la grâce dont ils étaient favorisés, il reconnaît, lui, et accepte, que son être consiste à être aimé de Jésus. En dehors de cet amour, il n’est pas. C’est cela qu’il proclame.

Donner un nom, pour les Anciens, c’est marquer l’appartenance. Voilà pourquoi Dieu amène les animaux vers l’homme « pour voir quels noms il leur donnerait » (Gn 2, 19) ; voilà pourquoi aussi il impose ou change le nom de ceux qu’il choisit : Isaac, Jean [le Précurseur], ... ; Abraham, Pierre, ...

Pour saint Jean, se désigner sous le nom de « disciple que Jésus aimait », c’est invoquer sur lui le Nom du Seigneur ; c’est affirmer que « Jésus est Seigneur [c’est-à-dire Dieu] » (1 Cor 12, 3), et affirmer que « Dieu est Amour » (1 Jn 4, 8). C’est en tirer les conséquences : ne vouloir d’autre consistance que celle de cet Amour.

Telle est bien la quintessence de son enseignement, dès le prologue de son évangile, dans son évangile même, et dans ses épîtres, où il en donne un admirable résumé :

« Dieu est amour. Voici comment l’amour de Dieu s’est manifesté parmi nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui. Voici en quoi consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés. [...] Quant à nous, nous aimons parce que Dieu lui-même nous a aimés le premier. » (1 Jn 4, 8-10 et 19)

saint-jean.11.2.jpgLe titre de « disciple que Jésus aimait » procède de cet amour qui est premier, et qui a besoin d’être reçu : car l’amour qui s’impose n’est pas amour, et l’amour refusé entraîne inévitablement (par nature, non par intention de celui qui le donne) la perte de celui qui le refuse. L’amour primordial de Dieu a donné la vie ; l’homme s’en est détourné, et c’est la mort qu’il a trouvée. Jésus-Dieu son Fils est envoyé pour restaurer cette vie perdue, la restaurer plus admirablement qu’elle n’avait été créée (cf. l’oraison Deus, qui humanæ substantiæ de l’offertoire, et l’oraison suivant la 1re leçon de la Vigile pascale) ; il vient rendre tangible l’Amour. Encore cette fois, il est premier.

Encore cette fois, il a besoin d’être reçu. Ainsi l’enseigne saint Augustin : « Il nous a aimés le premier, lui qui toujours est beau ; et en quel état nous a-t-il aimés, sinon dégoûtants et défigurés ? Ce n’est pas pourtant pour nous laisser dégoûtants ; mais pour nous changer, et, de défigurés que nous étions, nous rendre beaux. Comment serons-nous beaux ? En aimant celui qui toujours est beau. Dans la mesure où croît en toi l’amour, autant croît la beauté ; car c’est la charité qui est la beauté de l’âme. » (In Io Ep. tr., 9, 9)

Aux temps de l’Antiquité, ce sont les disciples qui allaient chercher un maître. Eux le connaissaient, lui ne les connaissait pas. Il n’en va pas de même pour Jésus ; c’est lui qui a l’initiative : « Avant que Philippe t’appelle, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu. » (Jn 1, 48) En posant son regard, Jésus « fait » le disciple. Dans la suite, il déléguera la vertu de son regard : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples. » (Mt 28, 18-19)

Ainsi font ceux qui avec la même humilité que saint Jean ne revendiquent rien, mais acceptent de n’avoir d’autre vie que d’être aimés du Christ. Saint Paul qui pouvait affirmer en vérité : « pour moi, vivre c’est le Christ » (Ph 1, 21) nous en donne conséquemment le plus fameux exemple.

Ce regard du Christ est aussi posé sur nous, qui fait de nous « ses disciples qu’il aime », nous apportant grâces et pardon comme alors aux disciples contemporains de sa vie sur terre. Et il nous les apporte de manière non moins tangible pour nous que pour eux, en voulant que nous les puisions à pleines mains dans son Corps-Eglise, tout particulièrement dans l’amour du prochain et dans les Sacrements.

Quand nous entendons l’Evangile, nous voyons bien la misère du jeune homme riche et nous aurions tant voulu d’un Judas qui serait venu se jeter au pied de la Croix ; nous appelons Saints ceux qui au contraire se sont laissé imbiber de cet Amour au point de s’y conformer tout entiers.

Il est plus facile sans doute de tirer de ces exemples les claires leçons qu’ils nous donnent, que de les mettre en pratique, nous-mêmes, pour nous-mêmes, bien concrètement. Rien d’étonnant à cela : il nous faudrait passer par d’adoption totale de notre qualité baptismale de disciple que Jésus aime. Notre Maître ne nous a-t-il pas avertis : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. » (Jn 15, 5) ?

Mais « Tout est possible pour celui qui croit. » (Mc 9, 23) Comme le bienheureux saint Jean, ne cessons pas, en paroles, puis surtout en actes, d’invoquer sur nous Jésus qui nous aime.

Jean-Baptiste Thibaux

Le Nunc Dimittis de Mgr Léonard

 

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Extrait de notre magazine trimestriel « Vérité et Espérance/Pâque Nouvelle », n° 94, printemps 2015: 

photo%20Mgr%20Leonard.jpgLe dimanche 28 décembre dernier, Mgr A-J Léonard a ordonné un nouveau diacre pour la Fraternité des Saints Apôtres, dans l'église Sainte-Catherine. Le nouveau diacre, l'abbé Kurt Suenens, est originaire du Brabant flamand. Il était passé par le séminaire de Leuven, avant de rejoindre la Fraternité du Père Zanotti-Sorkine. 

Au cours de son homélie, Mgr Léonard a développé le thème du "Nunc Dimittis" de Syméon (évangile du jour), expliquant qu'il espérait que le Seigneur lui dise à lui - son serviteur - qu'il pouvait désormais se reposer en paix. Mgr Léonard a cité comme exemple du travail accompli, le boom des séminaristes dans l'archidiocèse : 3 quand il est devenu archevêque, 53 aujourd'hui ! 

Comme un pied-de-nez à ceux qui prévoient déjà son remplacement, Mgr Léonard a expliqué qu'il pouvait peut-être rester encore 1, 2 ou 3 ans à la tête de l'Eglise en Belgique. Avec humour, il s'est lancé dans une imitation du général De Gaulle lorsqu'on l'interrogeait sur la fin du gaullisme : "Encore 10 ans, encore 20 ans, encore 30 ans".

Extrait de son homélie :

"Maintenant, ô Maître souverain, Tu peux laisser Ton serviteur s’en aller en paix, selon Ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que Tu préparais à la face des peuples.  En ce qui me concerne, je suis très heureux que nous ayons cette année, se préparant à devenir prêtre, pour le diocèse, qu'il soit belge ou brésilien ou polonais, ou que sais-je.  (...) nous en avons actuellement 53 qui se préparent à devenir prêtre.  Quand j'ai commencé mes visites du diocèse il y en avait 3. (le 8/10/2010).  Et grâce à la générosité de jeunes qui s'engagent pour le diocèse, ils sont maintenant 53.  La fraternité (des Saints Apôtres) a commencé il y a deux ans.  Ils sont maintenant 21 en tout, 4 prêtres, bientôt dans quelques instants deux diacres, et puis d'autres qui se préparent, et si cela continue comme cela, moi je dis, comme Syméon, maintenant Seigneur tu peux laisser ton serviteur s'en aller en paix (rires).  Je ne sais pas quand je partirai, cela peut être dans un an, çà peut être dans deux ans, çà peut être dans trois ans, ou comme disait De Gaulle- quand on l'interrogeait sur l'après Gaullisme - il ajoutait avec humour, cela peut être dans 5 ans, cela peut être dans 10 ans.  Je n'en sais rien, mais quand le moment arrivera, si cette oeuvre a continué de prospérer, je pourrai aussi chanter mon Nunc Dimitis, en laissant au diocèse en tous cas ce cadeau-là : avoir un bon nombre de jeunes qui se préparent à devenir prêtre.  Et c'est le principal : les évêques, cela passe, mais le peuple de Dieu et les hommes et les femmes qui s'engagent, l'avenir d'un diocèse, lui ne passe pas."