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20/09/2011

Liège: à propos de la fête de saint Lambert et du jubilé épiscopal

LE CHRIST EN NOS PASTEURS

ET LA VERTU D’OBÉISSANCE

08b St Lambert.jpg Le 3juin 2011 a marqué pour Liège le 10eme anniversaire de l'installation de son 91e évêque, Mgr Aloys Jousten, dont le jubilé épiscopal fut célébré à la cathédrale Saint-Paul le samedi 17 septembre, en la fête de saint Lambert, patron de la cité et du diocèse. Une belle occasion de méditer sur le thème qu'un de nos amis développe ci-après:

Comme chaque année, au mois de septembre, nous avons fêté dans la joie saint Lambert, patron du diocèse et de la ville de Liège et chanté sa messe solennelle à l’église du Saint-Sacrement (Liège) comme à l’église Saint-Lambert(Verviers) : selon la forme extraordinaire du rite romain et en grégorien « more leodiense ».

 Nous connaissons la vie de notre Saint par la relation qu'en a laissée sur le vif un de ses contemporains, puis d’autres après lui ; l’existence même de Liège, née de la présence de son corps qui y repose aujourd’hui encore, lui rend au surplus un pertinent témoignage. Bien campé dans l’histoire – ce qui importe ici, nous le verrons – il est aussi pour nous plus qu’un personnage historique.

Car saint Lambert est évêque, autrement dit « pontife ». Et pontife veut dire : celui qui fait un pont. Le pont entre Dieu et nous.

 Or saint Paul dit bien qu’il n’y a qu’un seul pontife, Jésus-Christ. Saint Lambert, c’est donc notre Jésus-Christ. Il est par participation notre Jésus, Dieu-fait-homme, dont la vie a commencé au Oui de la Vierge Marie, il y a un peu plus de deux mille ans ; lui dont la vie aussi a été de « faire la volonté du Père », en se rendant « obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix ».

 

 L’Église est le Corps du Christ. Corps mystique du Christ, l’Église est physique, on peut la toucher. Elle n’existe d’ailleurs que par le toucher physique qui de proche en proche nous relie à Jésus, Dieu-fait-homme.

Saint Lambert est pontife parce que saint Théodard lui a imposé les mains : saint Théodard, parce que saint Remacle ; saint Remacle, parce que saint Amand, et ainsi de suite, de mains en mains, par contact physique, jusqu’à l’un des Douze, touchés de Jésus-Christ.

 « Qui vous écoute, m’écoute ».La crédibilité de l’Église tient en cette parole, fondement aussi de la distinction entre l’Église enseignée et l’Église enseignante. Il n’est, qui autorise à s’en prévaloir, qu’une succession apostolique ininterrompue et physique, en communion avec le siège de Pierre, d’évêque en évêque. « Nul ne s’attribue lui-même cette charge ».

L’Église n’est pas auto-proclamée comme sont tous ceux qui courent sans avoir été envoyés. Dans l’Église, et dans l’Église seule, le mandat du Christ est palpable, traçable, contrôlable, de mains en mains.

Remarquons bien que si une paire de mains sales se glisse dans la série, Jésus passe par elles tout autant que par les propres. De façon moins lumineuse, oui, mais tout autant : ce n’est pas la vertu de l’ homme qui donne le Christ, c’est le Christ qui se donne par l’homme. Il est le trésor porté dans des « vases d’argile », comme dit saint Paul.

Le Christ s’est donné à nous par Henri de Gueldre, évêque scandaleux du treizième siècle, sans qu’on le voie briller en lui. C’est le même Christ, le même trésor, quel que soit le vase. Quelle que soit la vase…

Nous ne vénérons pas nos pasteurs pour l’argile dont ils sont faits, nous les vénérons pour ce qu’ils portent, le trésor : le Christ. Le vase est précieux par ce qu’il contient.

Si l’on rejette le vase parce qu’il est vaseux, on rejette en même temps le contenu précieux. Ce contenu précieux, le Christ, qui, lui, n’a pas refusé de se laisser porter dans ce vase vaseux. Quelle leçon pour nous qui faisons les difficiles !

Nous pouvons aimer l’Église de tout cœur, car elle est sainte. Toute argileuse sans doute, elle est sainte. Que l’homme ne s’en attribue pas la sainteté, lui qui barbouille son trésor lumineux d’une grasse couche d’argile ! Qu’il se laisse plutôt rendre transparent à sa lumière, comme le fit saint Lambert.

Que l’homme n’en nie pas non plus la sainteté, lui qui a tant besoin de lumière. Qu’il accepte plutôt qu’elle lui soit donnée dans ces vases d’argile, pétris de la même pâte que lui. Il n’est pas juste que l’argile fasse reproche à l’argile. "Ôte d’abord la poutre…"

 

Qu’il importe de prononcer le "Oui" de notre obéissance ! Par motif surnaturel de foi, d’espérance et de charité.

De foi en cette parole « Qui vous écoute m’écoute » ; d’espérance en cette autre : »Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » ; de charité enfin, et surtout, car l’amour de Dieu consiste à embrasser toutes ses voies : »J’aime le Père, et selon que m’en a donné ordre le Père, c’est ainsi que j’agis. »

« Dieu, personne ne l’a jamais vu : le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a manifesté ». De la façon qu’il a voulue, selon les moyens qu’il a voulus.

Nous ne pouvons connaître le Père, et sa volonté, que par le Fils ; nous ne pouvons agir selon la volonté du Père qu’en nous conformant à la parole de son Fils : en écoutant ceux qu’il nous a dit d’écouter.

Suivre le Bon Pasteur, c’est suivre les pasteurs qu’il a institués et fait instituer.

Parce qu’elle s’adresse au Christ, cette obéissance par motif surnaturel de foi, d’espérance et de charité  comporte en soi l’antidote à toute dérive où peuvent se laisser entraîner ces pasteurs, qui, bien qu’assis « sur la chaire » du nouveau « Moïse », restent néanmoins des vases d’argile : elle a pour pierre de touche la Révélation contenue dans l’ Écriture etla Tradition.

En tout état de cause cependant, quand, à Antioche, Paul « résiste en face » à Pierre « parce qu’il était répréhensible » et qu’il « ne marchait pas droit selon la vérité de l’Évangile », ce n’est pas pour se soustraire à sa juridiction, mais bien au contraire pour y faire appel. Il réclame le jugement de Pierre, qui, selon le beau mot de saint Grégoire « se rangea à s’accorder à son frère inférieur, de sorte que là encore il marchait en tête : dans la mesure où lui qui était le premier au sommet de l’apostolat, fut premier aussi en humilité » (In Ezech. I. II, Hom. VI, § 9.)

Ainsi se règlent à la gloire de Dieu et pour une plus grande sainteté de ses enfants les différends qui peuvent surgir entre ceux dont le cœur n’a d’autre attache que le Christ Vérité. Rien de bon ne se fait dans l’Église que par l’obéissance respectueuse de l’unité. L’unité du diocèse, c’est l’évêque. L’unité des évêques, c’est le successeur de Pierre, l’unité de tous, c’est le Oui au Père, par le Christ Vérité, en conformité à l’action du Saint-Esprit.

 

 Par le Oui de Notre-Dame, Dieu s’est fait homme.

Puissance de l’obéissance à la volonté du Père ! Jésus fut dans le corps de Notre-Dame ; il fut dans ses bras, dans sa maison ; sur les chemins d’une terre que des pieds foulent encore aujourd’hui ; surla Croix.« Femme, voici ton fils ».

Jésus n’est dès lors plus seulement lui, Jésus, mais saint Jean, et les autres. Pas seulement eux, mais ceux qu’ils ont lavés dans le sang de l’Agneau, de proche en proche, par contact physique ininterrompu.

Tous nous avons été baptisés, par tel qui a été baptisé, et ainsi de suite, sans une seule déchirure, par contact physique ininterrompu, jusqu’aux Apôtres, jusqu’àla Croix, par la grâce dela Résurrection.

Telle est la grâce que nous avons reçue, qui met notre main au contact de la main du Christ.

 

Ce courant de grâce ne peut passer que par le Oui de l’obéissance, qui fait de la personne ce qu’elle est dans le dessein de Dieu.

Saint Lambert, ramené à son essentiel, est un Oui. Retirez son Oui qui est l’actualisation du Oui de Notre-Dame…et qu’en est-il de nous ?

Et nous, que faisons-nous de cet Oui arrivé jusqu’à nous ? arrivé par son sang jusqu’à nous ? Allons-nous dire un Non ? Nous avons reçula Vie. Jésus. Jésus Dieu. Nous avonsla Vie entre les mains. Que faisons-nous ?

Passe encore que nous ayons les mains sales. C’est bien assez que nous ayons les mains sales, n’y ajoutons pas encore le Non. Le Non d’orgueil, d’égoïsme, d’incrédulité, d’indifférence, de défiance…Le Non mortel. Recueillons et transmettons - «  je vous donne ce que j’ai moi-même reçu »- : la Vie rayonnera dans notre argile. Ce n’est pas nous qui ferons cela, notre médiocrité ne doit pas nous arrêter. Jésus rayonnera. D’autant plus que notre vase d’argile s’identifiera davantage, par la grâce de Dieu, au trésor qu’il porte par cette même grâce de Dieu.

 

Saint Lambert s’est identifié à Jésus. On le voit bien en lisant le vieux manuscrit qui raconte sa vie. On le voit tout au long des pages de sa vie. Prenons la dernière. Des assassins sont là –toute une bande- pour le tuer. Ils encerclent le lieu où il se trouve avec deux de ses neveux et quelques compagnons. L’attaque est déclenchée. Lisons le manuscrit, aux vers 364 et suivants :

 Alors la compagnie, et les gens de maison,

et les neveux aussi dont nous avons parlé,

saisissent leur épée et vaillamment résistent :

ils ont tant le dessus qu’ils les boutent dehors.

Ainsi donc le combat fait rage, et les amis de Lambert ont le dessus. Mais que va faire l’évêque ? Saint Lambert n’est pas homme de trempe moins valeureuse que ses fidèles compagnons : il est de noble lignage : on lui sait une certaine expérience militaire et il lui en faut plus que cette poignée de gredins pour être impressionné, fussent-ils armés de pied en cap.

 Vers 367 et suivants : 

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 Alors le Saint de Dieu, d’un cœur plein de vigueur,

prend des armes de guerre et commence à en être,

tout comme s’il allait se mêler au combat ;

puis, il repasse en soi l’enseignement du Christ,

-        qu’un homme desservant les autels consacrés

n’avait pas à porter sur soi cette ferraille

ni tout cet armement ; qu’il ne devait plus craindre

ceux qui tuent les corps mais qui par aucun trait ne peuvent réussir

à supprimer une âme;

il laisse alors tomber ses armes sur le sol

et fait voir son regret de les avoir saisies

alors qu’il était là comme soldat du Christ.

Voyez-vous le vase d’argile qui devient vase de lumière ? qui se fait transparent à la lumière ? Plutôt que de sauver sa vie, il la donne. En donnant sa vie, il gagne la Vie. Pour lui, pour ses amis, pour nous. Il laisse rayonner le beau jour du Christ dans sa splendeur.

Dans ses yeux il n’y a plus que l’amour. Lui-même n’est plus qu’amour. Il donne sa vie et tout ce qui était en elle mort devient Vie.

Saint Lambert recommande donc à ses neveux, dont la conduite n’avait pas été irréprochable, de faire saintement pénitence, puis il reste seul, prosterné devant la croix, où il sera bientôt transpercé d’un coup de lance.

 

Au fond, c’est tout simple d’être un Saint : il suffit de dire Oui.

Ce Oui, on n’a même pas à l’inventer, il suffit de répéter celui dela Vierge Marie. C’est le même. A tout bien considérer, on ne le répète pas, plutôt, on le prolonge.

Le Corps mystique de Jésus se forme alors dans nos cœurs aussi sûrement que son Corps physique dans le sein de Marie pour le salut du monde. Par ce Oui unique d’obéissance, qui laisse jaillirla Vie.

Saint Lambert s’est donc identifié à Jésus. Au Bon Pasteur. Comme Jésus, sa vie, il la donne. Et son sang uni à celui de Jésus féconde encore notre terre liégeoise. Le sang de Jésus est un sang donné. Le sang de Lambert est un sang donné.

Notre sang aussi doit être un sang donné. Il importe peu qu’il soit donné en coulant hors de nos veines ou dans nos veines, mais il importe qu’il soit donné.

Car un sang de chrétien est un sang donné. D’avance. Définitivement. Donné au Père. Voilà pourquoi le chrétien est un martyr quand les circonstances l’exigent. La façon de donner son sang change alors, mais le sang était déjà donné.

L’Église est le corps dont le Christ est la tête. Il n’y a qu’un même sang dans la tête et dans le corps. Dans chacun des membres du corps, c’est le même sang. Un sang donné.

Le sang donné par le Christ sur la croix nous a été donné, il n’a pas été versé dans le vide, il a été donné. Il nous a été donné. Il est devenu nôtre.

Mais ce sang ne nous vient pas immédiatement de la Tête.

Il nous vient par le Corps, c'est-à-dire par l’Eglise. A nous qui lisons ces lignes, par l’un des douze, lequel ? je ne sais, Dieu le sait ; puis de pasteur en pasteur, par Amand, Remacle, Théodard, Lambert. Puis d’Ubert en Floribert, en passant ensuite par Etienne, Notger, Wazon…et par Henri-le-scandaleux- par des saints, des moins saints, des pas saints- par des pauvres pécheurs toujours, des pauvres pécheurs lumineux parfois ; plus récemment enfin par nos contemporains Louis-Joseph, Guillaume-Marie, Albert, et jusqu’à notre Aloys : c’est le sang de Jésus qui est en nous.

Sang qu’eux tous à la suite ont bien ou mal donné, sang qu’ils ont donné tant bien que mal, mais sang toujours donné.

Que serait-il de nous sans eux tous ? Que serait-il de nous, si un seul parmi eux avait manqué ?

Que serait-il de nous si notre lignage s’arrêtait à l’un de ces auto-proclamés qui prétendent un jour donner ce qu’ils n’ont pas reçu, servir l’Evangile du Christ, en lâchant la main dans laquelle il a été remis ? Qui prétendent sauver l’Eglise –on ne sauve pas l’Eglise, c’est en elle qu’on est sauvé !- en s’arrachant à elle ?

Que serait-il de nous si notre lignage s’arrêtait à l’un de ces auto-proclamés qui, butant contre l’argile du vase, ont perdu le trésor ?

Le trésor, il est toujours, ici et maintenant, dans le pasteur auquel l’Eglise donne ce nom qui dit tour : l’Ordinaire.

 

Alors, soyons-en bien conscients : saint Lambert, notre vieux manuscrit nous dit ce qu’il a été, nous dit ce qu’il a fait ; son corps, conservé dans notre cathédrale nous dit qu’on l’a aimé, prié, vénéré, de génération en génération depuis treize fois cent ans, ce n’est pas rien.

Son souvenir est bien présent dans nos cœurs : nous savons par la foi que, admis auprès du Père, il veille sur nous, l intercède pour nous. Nous célébrons sa solennité, c’est notre Lambert glorieux, lui

 En qui le Chœur des cieux trouve à se réjouir

De se savoir augmenté d’un pareil compagnon

 

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Mais Aloys, notre évêque, notre Ordinaire, c’est Lambert, vivant au milieu de nous : en Aloys, c’est Lambert qu’il faut voir, c’est l’ Apôtre, c’est Jésus, « Emmanuel : Dieu-parmi-nous. »

Que c’est beau, un évêque, quand on le regarde pour ce qu’il est vraiment.

Il l’est par la grâce du Oui de la Vierge Marie. Oui continué par Lui, comme un enfant répète le mot de sa Mère, comme il peut.

Que nos prières et notre filiale affection, vraie, lui obtiennent de manifester toujours plus lumineusement ce Oui confié à ses mains d’homme

 

à propos de la fête de saint lambert à liège

Seigneur Dieu, Pasteur et guide de tous les fidèles, regardez avec bienveillance votre serviteur Aloys, que vous avez placé comme pasteur sur le siège de saint Lambert. Accordez-lui d’aider, par la parole et par d’exemple, au bien de ceux dont il est le chef, et de parvenir avec le troupeau qui lui est confié à la vie éternelle. Amen

 JBT

 

27/05/2011

Un nouveau dogme

 

  L'INFAILLIBILITE DES MEDIAS ?

 

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Dans la récente livraison (40e année, n°1) de la Revue « Pâque Nouvelle » on peut lire,paque%203.jpg entre autres, trois intéressantes réflexions (Jacques Naedts , Olivier Bonnewijn, Bruno Jacobs) sur la relation du corps à l’être et à sa destinée et deux exposés sur la vision de l’au-delà dans l’ancien puis le nouveau Testament (J. Ries).

 On trouvera par ailleurs une évocation de l’aoôtre des « petits riens, l’abbé Edouard Froidure (J.-M. Derzelle) ainsi qu’un article sur la procréation médicalement assistée (C. Brochier).

 Une réflexion d’actualité sur  les médias (Marion Guében-Baugniet) a particulièrement attiré notre attention. Nous la reproduisons in extenso ci-après :

 

"Le livre Lumière du Monde - entretiens de Peter Seewald avec Benoît XVI a fait un tabac : déjà vendu près d’un million d’exemplaires, il a suscité beaucoup de réactions dans la presse ! A partir de celles-ci et de façon plus générale, il est instructif de relever les tendances actuelles des médias et les motivations qui les sous-tendent.

Comment les médias répercutent-ils les textes et paroles du Magistère ? Que penser par exemple de leur interprétation (concernant l’incontournable préservatif) :Benoît XVI vient d’ouvrir une brèche ?

« Ouvrir une brèche » postule qu’il y a un mur, une muraille. La position de l'Église est donc posée erronément comme celle d’une forteresse. Et d’autre part, le présentateur postule que la vérité, c’est lui qui la détient et donc que le pape commence enfin à faire le premier pas vers la vérité en s’alignant sur l’opinion du moment. Voilà qui illustre bien la réalité pratique dans laquelle nous nous trouvons maintenant : le Magistère n’est plus au Vatican, il est sur les ondes. Au point que si le Pape ou un évêque émet un propos tranchant un peu sur le consensus inconsistant qui tient lieu de morale aujourd’hui, la presse, la TV, la radio clament péremptoirement : « Il a dérapé ! » Et le public finit par faire et croire sien ce qu’on n’arrête pas de lui inculquer. Si bien que la position de l'Église sera attaquée tant qu’elle n’aura pas rejoint le relativisme actuel.

P1060678x_t_800.jpgEn parlant de « brèche » on semblait mettre une bonne note au pape parce qu’il se rapprochait de l’opinion commune !Si tant est qu’il s’en rapproche car là encore, il faut bien interpréter ses propos. Dans certains cas précis, l’utilisation du préservatif peut constituer un premier pas vers une décision d’inspiration plus morale, un pas qui commence à tenir compte de l’autre, mais ce premier pas, ce n’est pas depuis la brèche de l'Église. C’est un premier pas depuis le plancher. Il s’adresse à des gens (prostituées et autres) qui n’ont pas encore accédé à un réel comportement moral. C’est une pierre d’attente. Une petite pierre. Nous ne sommes pas encore dans cette véritable humanisation de la sexualité prônée par le Pape.

Priorité des mentalités glissantes sur la vérité évangélique

Qui donc à part l'Église tient publiquement un discours sur la qualité humaine de la vie amoureuse et sexuelle ? Les médias ne cherchent pas la vérité mais à grignoter la position de l'Eglise dans un rapport de force… qui habituellement aboutit à la ridiculiser sans vraiment analyser ce que dit le pape. Et là il devrait y avoir une morale minimale du monde médiatique qui consisterait à lire les textes et à les transmettre exactement comme ils sont dits. On ne recherche pas le sens du texte mais à créer un événement scandaleux. Oserait-on faire pareil au sujet des textes de l’Islam ?

D’autre part, nous risquons de tomber dans le piège du changement perpétuel : nous sommes tous façonnés par une information qui change chaque jour. Immergés dans un immédiat paillettes, insoucieux de vérité, nous devenons addictifs aux nouveautés et aux choses qui se démodent. Peu importe si ce qui est nouveau est bon ou mauvais, ce qui importe c’est qu’il soit nouveau. Or si la vérité sur le plan moral tient compte des mentalités et des évolutions, elle n’est pas déterminée par elles. Ce sont les vérités de l'Évangile qui doivent éclairer les mentalités et non l’inverse. Ou alors que serait-il encore besoin de suivre cet Évangile si les mentalités suffisaient ! Or ce n’est pas « ce qui se fait » qui doit dicter la vérité à ce qui devrait se faire.

Contradictions et paradoxes

Il est délicat de développer une parole de Vérité dans un monde qui ne croit plus à la Vérité, à un public qui considère le discours chrétien à la limite comme des vues dangereuses mais qui, très paradoxalement, a soif de ces paroles chrétiennes. Paradoxe : les gens sont créés pour accueillir la parole chrétienne, mais pas formés à l'écouter. Actuellement c’est le monde médiatique qui est devenu la référence passe-partout, épousant et anticipant les pentes laxistes, évitant au public tout travail d’information personnelle et d’approfondissement, comme s'il jouissait de l’infaillibilité non seulement sur la foi, les mœurs mais sur tous les sujets… Et c’est sur fond de vide.

Ce que pourrait dire l'Église désormais sera jugé à l’aune des vues des médias, ultra-dogmatiques encore que soumises aux fluctuations du moment. Nous grandissons tous sous la houlette du Magistère médiatique. Avec une force de pénétration très grande et diffuse les médias forment l'opinion. Nous sommes dans un univers qui n’a plus le sens des limites. C’est pour cela, comme l’a déjà fait remarquer Mgr Tony Anatrella, psychanalyste spécialisé en psychiatrie sociale, qu’on parle beaucoup de personnalités éclatées, voire liquides qui s’identifient à tout ce qui existe mais sans plus avoir aucune consistance intérieure. En fait de morale sexuelle, le désir de l’instant ne peut être une référence pour orienter et assumer sa sexualité. Au contraire, l’homme doit se référer à des valeurs supérieures à lui, celles qui humanisent la sexualité : le don, l’engagement, la fidélité... Certains hommes de médias semblent enfermés dans l’idée infantile de savoir si le préservatif est permis ou défendu. Ce qui d’ailleurs dénote une culpabilité sourde vis-à-vis de la sexualité médiatique.

Comment se fait-il que l’Église « ne passe pas » dans certains médias  ?

La cause en est profonde. Elle se situe bien au-delà des dysfonctionnements de la communication.Le-Choc.png La mission de l'Église est de se faire le vecteur du message du Christ, d'une vérité d’un autre ordre que la vérité du monde. Dans la mesure où ces deux s'opposent, il y aura toujours, au moins pour une part, une opposition entre la logique du monde et celle l'Évangile qui est celle, qu’on le veuille ou non, de la porte étroite. Lorsque Jésus enseigne, il ne cherche pas à faire l’unanimité. Il est venu déranger au nom de son Père pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. Il leur dit : Soyez dans le monde sans être du monde.

La morale laïque a été pendant près d’un siècle – voire même jusqu’il y a cinquante ans – à peu près la même que la morale chrétienne. Les choses ont changé. Aujourd’hui en fait de morale, seule l'Église catholique a une parole publique qui est revêtue d’un certain courage et même d’un courage parfois héroïque. Il lui serait tellement plus commode de se compromettre avec le monde alors que des évêques risquent d’être traduits en justice dans l’exercice d’un enseignement en adéquation avec leur foi. Quant aux religions non chrétiennes, on est plus prudent lorsqu'il s'agit d’interviewer leurs représentants sur les sujets dits « sensibles » (dont, entre autres, l’homosexualité) alors que, soit dit en passant, bien souvent elles sont beaucoup plus sévères. De la qualité amoureuse des relations et de la morale sexuelle, le monde des médias se soucie peu. En revanche, il est le premier à souhaiter le mariage… pour les prêtres et les homosexuels, alors que les lois ne cessent de favoriser le divorce et de proposer des ersatz de mariage (tels le PACS, etc.) aux couples hétérosexuels. Ce qui intéresse, c'est la logique de la transgression. Au fond, le message de l'Église, hors le très petit nombre, qui le respecte ? … Alors pourquoi s’obstiner à titiller ce message ? Peut-être parce que c’est le seul qui témoigne d’une certaine grandeur, d’une certaine noblesse et c’est à son ombre qu’on retrouve quelque dignité humaine en en parlant. Les éducateurs chrétiens expérimentent qu’intuitivement, les consciences savent où est la vérité. Mais pour partie seulement, car d’autre part ils constatent aussi qu’elles sont brouillées… pourtant elles attendent de l'Église une certaine autorité avec un langage universel.

On est aujourd’hui confronté au pluralisme tellement obligatoire qu’il est devenu pensée unique, et mène droit au relativisme : toutes les religions se valent, alibi commode pour n’en approfondir aucune. Une pensée unique très flottante, évolutive, on le verra bien de façon éclatante en bioéthique dans les années à venir.

Le pape : point de référence ?

Oui. Car on reconnaît en lui une certaine excellence personnelle d’abord et une excellence de sa fonction. Mais le pape ne doit pas être  seul. Dans chaque pays, il faut aussi les évêques et leurs prêtres, et parmi les chrétiens : des intellectuels, des scientifiques, des politiciens, des chefs d’entreprise, des enseignants, des responsables et animateurs de mouvements, et cetera. Ce n’est pas tout de pointer d’un doigt lucide les positions sournoisement hostiles des médias  occidentaux à l’adresse de l'Église catholique. Encore faudrait-il ne pas leur laisser toute la place. A de rares exceptions près, il y a aujourd’hui trop peu d’orateurs, de grands penseurs chrétiens. Et s’ils existent potentiellement, peut-être n’ont-ils pas toujours le courage de se démarquer de cette « pensée unique ». D’autant plus que, s’ils sont laïcs, afficher leur foi chrétienne pourrait nuire à la carrière d’aucuns… Il leur manque cette liberté de ton et c’est très dommage. Même certains membres du clergé subissent un peu comme par osmose l’influence du ton ambiant ou n’osent pas toujours livrer le fond de leurs convictions.

Sans doute y a-t-il une prudence spirituelle et humaine à observer. Un discernement psychologique aussi, sous peine parfois d’être contre-productif. Cela dit, nous sommes dans une période où les choses doivent se dire nettement et s’argumenter comme essaie de faire le Saint Père. Ensuite, que certains médias déforment, c’est leur problème mais au moins les choses sont dites universellement.

Vatican II a souligné le fait que la sanctification du temporel revient aux laïcs chrétiens. Le temps n’est plus où l’on pouvait tout attendre d’un clergé fourni sur mesure... Toute la communauté chrétienne est concernée par la mission. Aux laïcs donc d’adopter des professions ou des activités leur permettant visiblement de prendre la défense de l'Évangile, de le vivre et d’en témoigner. Et ce n’est pas un mince défi ! Aujourd’hui où, comme jamais auparavant, la barque de Pierre doit ramer à contre-courant de l’inversion de beaucoup de valeurs, de l’absence de sens et du laxisme ambiants, sa mission est particulièrement ingrate et périlleuse. Et pourtant… il revient aussi à ceux qui se veulent ses disciples de louer le Seigneur pour toutes ces grandes avancées de l’humanité, pour tant de belles et charitables réalisations, d’actes d’amour salvateurs, qui ont jalonné notre Histoire et continuent aujourd’hui de la marquer, grâce à des hommes, des femmes et même des enfants qui ont puisé toute leur audace à la source de leur foi. Oui, il est aussi des chrétiens heureux ! Et – Dieu merci ! – quelques journalistes convaincus pour le répercuter. Une pensée de gratitude ici à France Catholique, La Croix, Famille Chrétienne, R.N.D., L’Homme Nouveau, etc.

Et tout particulièrement dans nos pages un vibrant merci à feu notre cher Mgr Michel Dangoisse, toujours prêt aussi à monter au bon créneau dans L.L.B. et L’Avenir.

Et le point de vue de Peter Seewald, journaliste non-conformiste ? 

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Pour terminer revenons-en un instant au co-auteur de Lumière du monde. Seewald est né en 1954 dans une famille catholique, aux confins de la Bavière et de l’Autriche. Dans les années 1968, le jeune Seewald est séduit par le gauchisme révolutionnaire. Il signe sa « sortie d'Église » en 1973. Puis, peu à peu, il s’interroge. « Non sans méfiance, j’entrais parfois dans une église… ». Et … « un jour, j’ai compris que les idéaux de ma jeunesse, je les retrouvais tous dans le message du Christ. Il suffit de lire l’Évangile. Les réponses y sont beaucoup plus radicales que celles du Manifeste de Marx.» Puis, au fil de ses rencontres avec Benoît XVI, l’ancien journaliste du Spiegel et du Bild, qui avait quitté l’Église, y est revenu. Le pape et son interviewer partagent une même interrogation : où va notre société ? où prend-elle ses racines ?

C’est donc à partir de ce questionnement essentiel que s’est développée la relation, professionnelle et personnelle, entre le pape et le journaliste. Le tout dans un climat de confiance : « Le pape ne s’est jamais récusé devant aucune de mes questions. Parfois, j’hésitais, je sentais le poids de sa charge. Mais finalement, j’ai posé toutes mes questions, sur toutes les affaires, même scandaleuses. »

Pour obtenir ces six heures d’interview échelonnées sur une semaine, Peter Seewald est revenu trois fois à la charge. Qu’il a eu raison ! Il est rare de lire un aperçu aussi lumineux de la société occidentale. Avec toute sa pénétrante subtilité, le Pape la décrypte, parfois avec tristesse, plus souvent avec confiance, lucide et ferme mais toujours charitable et porté à l’ouverture. De bout en bout, un chrétien !

Et du coup, on comprend la réaction énergique de Peter Seewald à l’intention de ses confrères journalistes, notamment ceux qui ont réduit son livre d’entretiens avec Benoît XVI à la question du préservatif : « Lorsqu’on « étroitise » tellement une question, cela montre une crise du journalisme qui n’est plus capable de discerner l’essentiel et de le faire partager à ses lecteurs.»

Et le journaliste de confier : « Pour moi, Benoît XVI est plus qu’un grand penseur intellectuel : un maître spirituel. Et un homme profondément humble et bon qu’il est important de connaître « en version originale ».

Marion Guében-Baugniet

 

 

 

Pâque Nouvelle. Secrétariat et Abonnements : Marc Emond, rue Longivaux, 15 A B-5330 Maillen. Tél : +32 (0)83.61.36.30 Courriel : marc.emond84@yahoo.fr

 

 

 

 

 

05/04/2011

Témoignage

 

LE CARÊME DE NICOLAS

23 ans, étudiant en droit aux Facultés de Namur

 

108_a96246e959a1ec60530444e3aa69ed08.jpgPour moi, le Carême est l'occasion de me défaire des choses inutiles qui encombrent ma vie de tous les jours. Le Carême, c'est choisir quelques comportements qui m'éloignent quotidiennement de Dieu, mais que je fais sans vraiment m'en rendre comtpe, et tenter de les erradiquer. Pour ce faire, l'Eglise propose trois voies pour choisir nos petits 'sacrifices'.  

 Premièrement, il y a le partage. Cette voie consiste simplement à mettre une place pour les autres dans ma vie. Personnellement, j'ai choisi de m'ouvrir un peu plus aux autres, de les écouter vraiment et de retenir ma langue lorsqu'il est question de les critiquer ou d'être médisant. Concrètement, j'ai choisi de voir en priorité ce qu'il y a de bon dans toutes les personnes que je croise et que je côtoie et non plus de me méfier des autres en les jaugeant du premier regard.

Deuxièmement, il y a le jeûne. Personnellement, je n'approche pas le jeûne cetteimagesCAHX87FX.jpg année via sa facette alimentaire. En tous cas, pas dans un premier temps. Pour des raisons de santé, je ne peux pratiquer un jeûne à l'état pur. Mais j'ai fait le voeu de m'abstenir de viande les mercredis et les vendredis afin de me rappeler le sacrifice du Christ ainsi que de jeûner de manière progressive afin de faire une petite place bien physique en moi pour Dieu. C'est-à-dire que, progressivement, je vais éviter de boire du café, ensuite de manger du chocolat, toutes ces choses qui ne sont pas nécessaires et qui nous procurent du plaisir. Certains diront que c'est du masochisme, j'aurais envie de leur répondre que ce n'est que de l'ascèse. En effet, lorsque l'on s'abstient de manger du chocolat pendant trois semaines, par exemple, on se rend compte du réel plaisir qu'il nous procure lorsqu'on en mange enfin. Je veux pointer là un gros problème dans notre société: la surconsommation. On a plus le goût de rien. On a toujours trop. En gros, ce ''jeûne alimentaire'' comme je l'appelle, me permet de me ''désintoxiquer'' de cette surabondance. Mais le plus important, c'est qu'il m'aide à partager la condition de ces personnes qui n'ont pas la chance d'avoir accès à cette surabondance.

imagesCAT7PJ3S.jpgTroisièmement, et pour finir, il y a la prière. J'ai choisi de tout simplement consacrer un peu plus de temps à la prière quotidienne et de donner quelques minutes supplémentaires à l'adoration au moins une fois par semaine lorsque mon planning me le permet.

Finalement, le Carême, pour moi, c'est ''simplement'' exacerber les qualités que Dieu nous demande de revêtir toujours et en tout lieu et pour lesquelles Jésus est l'exemple par exellence qu'Il nous demande de suivre. Mais au-delà de cet aspect, il y a également cette ouverture vers l'altérité, vers cette universalité qu'est l'Eglise.

En effet, Dieu nous donne une Eglise faite de tant d'affinités, et j'ai tendance à n'approfondir qu'une seule d'entre elles. Alors, ma grande résolution finale, cette cerise sur le gâteau qu'est le Carême, c'est tout simplement d'être présent PARTOUT où le Seigneur me demande d'être, même et surtout (puisque le Carême c'est cette exacerbation dont je parlais) dans ces endroits de l'Eglise que je ne connais pas assez bien et vers lesquelles je ne vais pas spécialement spontanément.

 

 Lu sur le blog de notre confrère BELGICATHO

 

 RECONCILIATION, PRIERE ET SILENCE

 A L'EGLISE DU SAINT-SACREMENT

(Boulevard d'Avroy, 132 à Liège)

 

 

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Tous les mardis de 17h00 à 19h00

Confessions

un prêtre à votre disposition de 17h00 à 18h45

Adoration

17h00 vêpres  grégoriennes, suivie de la méditation de l'évangile du jour

18h00 chapelet suivi des litanies du Sacré-Coeur

18h45, bénédiction du Saint-Sacrement suivie de l'angélus.