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21/04/2014

Vient de paraître : Vérité et Espérance/Pâque Nouvelle, 1er trimestre 2014

 

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SOMMAIRE

Editorial : La Croix, douloureuse et glorieuse 

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Scalfari en remet une couche

Les Antilles et Haïti auront leur cardinal

Quand l’ONU entend rééduquer l’Eglise

France : la mobilisation contre la « familiphobie » ne faiblit pas

A Rome : consistoire sur la famille

Ukraine : les images censurées par la presse occidentale

Euthanasie des mineurs : l’enfant face au choix ?

Culture de mort en Belgique : une première mondiale

Fraternité des Saints-Apôtres : les trois premières ordinations

Fête-Dieu 2014 : Liège renouera avec la grande procession 

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Transfiguration et Crucifixion

Allons d’un pas allègre vers la bienheureuse espérance

« Le » roman catholique réédité 

 

Secrétaires de Rédaction : Jean-Paul Schyns et Ghislain Lahaye

Editeur responsable: SURSUM CORDA a.s.b.l. ,

Vinâve d’île, 20 bte 64 à B- 4000 LIEGE.

La revue est disponible gratuitement sur simple demande :

Tél. 04.344.10.89  e-mail : sursumcorda@skynet.be 

Les dons de soutien sont reçus au compte IBAN:  BE58 0016 3718 3679   BIC: GEBABEBB de Vérité et Espérance 3000, B-4000 Liège

 

Euthanasie des mineurs : l’enfant face au choix ?

LLC.jpg6 février 2014 : La réflexion  reproduite ci-dessous était destinée à « La Libre Belgique » (qui n’y a pas donné suite) au plus fort des débats citoyens suscités « in extremis » contre l’odieuse proposition de loi belge d’extension de l’euthanasie aux mineurs d’âge. L’auteur de ce billet, Louis-Léon Christians (photo), est docteur en droit et docteur en droit canonique. Professeur à la faculté de théologie de l’université catholique de Louvain (Louvain-la-Neuve), il dirige la chaire de droit des religions. L’auteur s’exprime ici à titre personnel

"A l’avant plan, un commun sentiment de révolte contre la douleur, et une solidarité avec les enfants en grande souffrance et leurs familles. Mais à l’arrière‐plan, on découvrira aisément un combat idéologique, dont les enfants eux-mêmes ne seront plus, pour certains, qu’un prétexte. Comment croire que le corps médical ait été jusqu’à présent impassible à la douleur d’enfants malades incurables en fin de vie? Qui pense réellement qu’une loi soit nécessaire pour changer l’engagement  des médecins dont l’éthique et la déontologie sont des balises bien plus dignes et bien plus constructives qu’une bureaucratie légale?

Qu’il faille poursuivre des abus éventuels, nul n’en doute. Faut-il pour cela tellement déconsidérer les capacités de l’humanisme médical? En réalité, là n’est pas l’enjeu. Evoquer la souffrance de l’enfant et sa mort, tend à devenir chaque jour davantage une simple rhétorique. Un pathos qui conduit à peu de frais à enfermer la position adverse dans le rôle de l’infâme.

Au-delà de ce constat, nous souhaiterions évoquer un drame plus profond qui semble s’ouvrir. Il tient à un aveuglement facile et trompeur sur le concept de liberté et à un tri de plus en plus arbitraire entre les verdicts publics de vulnérabilité ou d’autonomie.

On évoque la liberté dont l’enfant souffrant pourrait bénéficier et le choix qu’il pourrait faire de recevoir une dose létale. On souligne combien les enfants souffrants seraient plus matures que ceux qui, en bonne santé, n’ont d’autres soucis que de vivre paisiblement. Liberté et maturité, tel serait ce qu’apporte la loi à un enfant souffrant. Lui, qui, en pleine santé, ni n’est mature, ni libre, même dans le cadre de la Convention des Nations-Unies sur les droits de l’enfant.

Mais la question est plus dure encore. On évoque le petit nombre d’enfants qui ont demandé la mort dans le cadre de la loi hollandaise. C’est oublier que la loi assure également une totale mutation symbo­lique, qui concerne nécessairement la gé­néralité des enfants en fin de vie, et plus encore l’universalité des enfants qui pour­raient se projeter dans un avenir de souf­france.

Face à un choix « offert », une obligation est posée: celle de prendre une décision. Chaque enfant ne fera pas choix de la mort, mais chaque enfant sera confronté à ce choix. Jamais plus la vie ne sera acquise, malgré la souffrance ou son atténuement. Chaque jour deviendra hypothétique, suspendu à un acte de choix, à prendre ou ne pas prendre. Comment échanger encore un regard sans que la loi ne vienne rappeler qu’un «autre choix» est possible ? On a évoqué les enjeux économiques de telles décisions. L’avenir sera juge. Mais plus encore c’est la façon dont l’enfant va s’imaginer dans les yeux d’autrui qui va devenir une charge nouvelle de sa vie si difficile déjà. Il est mûr a-t-on proclamé. Il suffit d’un accord des parents. A-t-on oublié que le Parlement a adopté il y a peu une loi sur l’abus de vulnérabilité qui permet de « protéger » les victimes de déstabilisation psychologique, mêmes majeures ? A-t-on oublié la formule historique de Lacordaire: « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit ».

Ni la réalité de la souffrance, ni la dignité médicale ne sauraient être transformées par une loi. En revanche, la vie morale de l’ensemble des enfants hospitalisés serait confrontée à une nouvelle obligation: celle de choisir, à chaque seconde.

Le courage éthique du médecin n’est-il pas un choix plus honorable que de mettre à charge de chaque vie d’enfant le poids psychologique d’une «option» de vie ou de mort ?

 Louis-Léon Christians »

Le jeudi 13 février 2014, les députés fédéraux belges ont fait plus fort que leurs homologues néerlandais : la Belgique étend sa loi sur l’euthanasie aux mineurs, sans limite d’âge.  La Chambre a approuvé le projet de loi par 86 voix pour, 44 contre et 12 abstentions. Le texte a reçu le soutien des socialistes, des libéraux, des écologistes et de la N-VA. Quelques députés ont toutefois voté différemment du reste de leur groupe. La seule surprise, c'est que le nombre des opposants et des abstentionnistes est un peu plus élevé que ce à quoi on pouvait s'attendre.

Pour l’heure, seule l’ouverture aux mineurs a trouvé un consensus, mais l’euthanasie comme « option en fin de vie » pour tous fait inexo­rablement son chemin dans l’opinion pu­blique belge .

En février 2013, à l’aube des débats sur l’extension de l’euthanasie aux mineurs, les sénateurs socialistes avaient en réalité dé­posé 13 propositions de loi pour affiner le dispositif. Objectif ? Proposer l’obligation pour un médecin qui refuserait de prati­quer une euthanasie de l’indiquer « dans les sept jours » et d’adresser alors son pa­tient à un confrère, faciliter la procédure de « demande anticipée » et la rendre valable sans limitation de durée, améliorer "la formation" et "l’information" des méde­cins et du personnel soignant, notamment par la création d’un centre d’expertise par province. Enfin, étudier la possibilité de « prendre en compte » le cas des per­sonnes atteintes d’Alzheimer ou d’autres maladies mentales dégénératives.

Le « meilleur des mondes » de la nouvelle religion séculière roule sur un boule­vard dans le plat pays. Irréversible ?

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« Le » roman catholique réédité

PHO8099aa60-81ba-11e3-acd3-7cac2231ad06-805x453 (1).jpgLes Editions du Cerf rééditent en 2014 Augustin ou Le Maître est  là  (Spes, 1933) (noté dans la suite simplement : Augustin), immense chef d’œuvre. Son auteur, Joseph Malègue (1876-1940), naît dans une famille croyante à une époque où les catholiques sont mis à l’épreuve en France : la laïcisation de l’Etat qui, chez certains républicains (pas tous), est anti- chrétienne, et, surtout, le modernisme, application aux textes chrétiens fondateurs de méthodes historico-critiques qui remettent en cause la foi, la divinité de Jésus au premier chef.(1)

Malègue accumule, au gré de multiples formations, une immense culture, philosophique, théologique, littéraire, économique,... En contact avec les acteurs de toutes obédiences de la crise moderniste (qui éclate en 1907 avec la mise au pas de tout le clergé français par le Vatican), il en saisit l’enjeu, décide de le transposer dans Augustin,  commencé en 1912. Malgré les suites d’une maladie grave, les difficultés professionnelles, la guerre, il va jusqu’au bout et publie le roman chez Spes en 1933. A compte d’auteur ! Mais devient aussitôt un grand de la littérature. Il meurt sept ans après. Augustin est édité 11 fois de 1933 à 1966. Malègue, apparemment oublié, garde de fervents lecteurs dont Jorge Bergoglio qui le cite comme cardinal puis pape, ce qui déclenche la réédition aujourd’hui d’Augustin (pour certains, l’autre roman, posthume, bien entamé, publié en 1958, Pierres noires : Les Classes moyennes du Salut, est encore supérieur : Malègue a publié aussi des nouvelles et essais nombreux). 

Le roman

Le romancier nous fait pénétrer lentement dans la durée de son héros, Augustin Méridier, enfant grave, intelligent, sensible. Par exemple son émotion lors d’une visite avec son père, professeur au lycée d’Aurillac, à la comtesse de Préfailles. La petite fille de celle-ci, Elisabeth, éclatante beauté de dix-huit ans, prend le jeune garçon de sept ans maternellement dans ses bras, geste chaste qui n’en introduit pas moins Augustin dans le monde féminin et son mystère. L’émoi ressenti alors se reportera plus tard sur la nièce d’Elisabeth, Anne, orpheline de père et de mère qui hérite de la grâce d’Elisabeth. Les deux femmes s’adoptent l’une l’autre, soit comme fille, soit comme mère. Rêveusement amoureux d’Elisabeth depuis ses sept ans, Augustin, vingt-cinq ans plus tard ,va désirer Anne passionnément. Il y a aussi ce qui le lie à son père dont il découvre, au lycée, l’échec face à l’indiscipline de sa classe. Père et fils s’aiment tant qu’ils n’en parlent pas : « Aucun d’eux ne le dit à l’autre, mais il savait qu’il le savait (p.61). »

Avec Largilier, à l’Ecole Normale Supérieure à Paris, c’est la mise à nu réciproque des âmes par la formule magique de l’amitié : « Devant toi, mon vieux, çà m’est égal (p. 335). » Brillant professeur de philosophie à Lyon, Augustin reste fasciné par sa mère, sa sœur, profondément croyantes (comme Anne). Il est « hanté par les femmes » écrit Agathe Châtel. Il l’est aussi par cet amour « qui n’est pas quelque chose de Dieu, mais Dieu lui-même» (2). Le modernisme lui fait cependant perdre la foi.

L’année où il va prendre un poste à la Sorbonne, à trente-cinq ans, il se découvre tuberculeux. Se sachant condamné, il passe en revue sa vie et la divise en trois (p. 756-757): son enfance adhérant naïvement aux dogmes (Acte I),le modernisme et la perte de la foi puis la remise en cause de celui-ci sans retrouver la foi (Acte II).  L’Acte III, encore non joué, il l’imagine avec une ironie amère: mariage et retour à la foi. Alors que la maladie l’éloigne d’Anne à jamais et qu’il veut mourir agnostique. Il rejette cependant le modernisme, car celui-ci se voulant sans a priori en nourrit un contre le surnaturel et parce qu’il évite la question du « je » du Christ.

Les évangiles et le « je » du Christ

En général les savants admettent le caractère historique du Christ (sans tous dire qu’il est vrai homme et vrai Dieu). Beaucoup aujourd’hui (comme Camille Focant), considèrent les évangiles comme des récits. Qui mettent justement en jeu des personnes, des « je ». Les romanciers qui créent leurs personnages reconnaissent que ceux-ci s’imposent à eux et finissent même par les surprendre tellement est puissante la singularité de chaque être, même imaginé. Or ni le modernisme, ni l’Eglise qui l’affronte, aveugles aux personnes, ne prennent en compte le « je » de Jésus : l’Eglise l’enferme en la façade abstraite de ses dogmes, le modernisme en  l’abstraction d’une vision positiviste des faits « objectifs ».

Les évangélistes sont des auteurs de récits vrais, pleins d’incrédules et d’incrédulité (à l’instar d’Augustin), ensuite bouleversés par le Christ. Et ce passage de l’incroyance à la foi c’est l’intrigue tant des évangiles que d’Augustin. La foi n’était pas plus facile il y a 2000 ans (3).L’Incrédulité de Thomas du Caravage, couverture d’Augustin en 2014 le rappelle. Aussi peu naïf que les évangiles, le peintre représente Thomas enfonçant le doigt dans la plaie du Christ et le front plissé, non du fait de l’effort pour voir, mais de la perplexité face à la lumière éblouissante venue de la nuit du tombeau vide.

Auprès de ce tombeau, on le sait, Marie-Madeleine, ne trouvant plus le corps de Jésus, s’adresse à quelqu’un qu’elle prend pour le jardinier mais qui l’appelle par son prénom, « Marie ! ». Elle croit alors en Jésus ressuscité : le « je » de Jésus lui dit « tu ». Deux pronoms essentiels oubliés par la critique moderniste et l’abstraction dogmatique.

Retour au roman

Augustin se meurt au sanatorium de Leysin. Largilier lui rend visite. Ils se redisent laPHO7529c4c0-7f6d-11e3-a3d8-f2e1126077f4-300x470.jpg formule magique de l’amitié. Augustin a rejeté le modernisme, mais, crucifié par sa carrière et son amour brisés, exclut tout retour à la foi. Jusqu’à ce que Largilier lui rapporte le mot d’un « ex-athée » : « Sans le Christ, j’aurais la haine de Dieu », pour conclure : « Loin que le Christ me soit inintelligible s’il est Dieu, c’est Dieu qui m’est étrange s’il n’est le Christ (p. 796).»

Le modernisme niait la divinité du Christ, mais si Dieu est amour, seul un Dieu crucifié, assumant le drame humain—souffrance et mort—, est pensable : Augustin l’admet d’autant que cela confirme son penchant à trouver Dieu dans l’expérience religieuse, une expérience que Largilier va produire en lui lançant quelque chose du même ordre que le « Marie ! » du Christ près du tombeau vide. Augustin, retrouve alors la foi en plein accord avec sa conscience de penseur. Il récrit, à la veille de sa mort, son article sur le modernisme, par souci intellectuel de lui donner la conclusion vécue à laquelle Largilier l’a conduit.

Malègue évoque couleurs, sons, odeurs, splendeur des paysages, beauté des femmes, ironie, humour, émotion, dans une langue inoubliable. Sa  «pensée » fondue dans l’intrigue, participant au « je » et  au « tu » de personnages vrais et libres, nous transmet comme personne ne l’a jamais fait avec cette force, mais humblement, l’intelligence de et dans la foi.

José Fontaine

 

(1) J’utilise Wikipédia sur Malègue et son roman où j’ai énormément travaillé. (2) Bergson, Les Deux Sources de la morale et de la religion. (3) Sandrine Hubault, Le désir d’une vie infinie, in F.Lenoir et J-Ph. De Tonnac (dir.), La mort et l’immortalité, Bayard Paris, 2004, p. 535-545.

Joseph Malègue, Augustin ou Le Maître est là, (préface d’Agathe Chepy-Châtel) Editions du Cerf, Paris, 2014, 832 pages, environ 30 €

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