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05/10/2011

"Religio depopulata"

 

LE DESERT DE LA FOI ?

 Face à la désertification des lieux de la foi dans nos contrées, trois solutions sont possibles : la plus radicale consiste à les démolir ou à les réaffecter à des fonctions purement séculières : c’est la tentation d’une Eglise malade qui désespère de guérir. Ceux qui n’ont pas  "laissé toute espérance", comme Dante au seuil du troisième Chant de l’Enfer,  choisissent de doubler le sanctuaire d’un parvis des gentils pour accueillir des activités culturelles en harmonie avec le culte proprement dit. Ce ne peut être qu’une pierre d’attente, celle du jour où nos diocèses en crise s’ouvriront enfin, sans réticence, à l’œuvre missionnaire des pays ou des congrégations nouvelles qui ont reçu la grâce qui leur a été retirée.   

C’est un peu en ce sens que, voici bientôt 8 ans, l’ asbl « Sursum Corda » a choisi, avec l’aide de trois cents amis, de relever un défi auquel l’évêché de Liège se refusait à faire face : sauver, au cœur de la Ville du Saint-Sacrement, l’église qui est spécialement dédiée à l’adoration eucharistique. Ce bel édifice classé du XVIIIe siècle, l’asbl a d’abord du payer son rachat (300.000 €) à l’association diocésaine qui l’avait mis en vente au plus offrant. Ensuite, elle a entrepris de mettre en œuvre l’objectif convenu : organiser et pérenniser l’affectation de l’église au triple service du culte, de la culture et de la conservation du patrimoine religieux liégeois. Pareil engagement (un peu à rebours de la désacralisation ambiante) a peut-être –qui sait ?- quelque chose de prophétique pour répondre aux problèmes que posent les considérations publiées ci-après :

La Wallonie s’interroge :

 que faire du patrimoine immobilier d’une Eglise désertée ?

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« Depuis les années conciliaires, on a observé (de l’aveu même du cardinal Danneels) un « lent déclin » de la pratique religieuse en Belgique. Avec la disparition des générations éduquées avant 1960, ce déclin se solde aujourd’hui par un véritable effondrement général, dont témoigne matériellement la désertification du patrimoine religieux immobilier : églises, chapelles, couvents,  monastères et  autres bâtiments à vocation ecclésiale.

 Faillite sous bénéfice d’inventaire 

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Parmi les 2.800 biens classés en Wallonie, plus de 700  sont destinés à l'exercice d'un culte, avec les répercussions financières que l'on sait sur les pouvoirs publics tant régionaux que locaux.  De plus, 380 églises sont classées comme monuments et 200 chapelles bénéficient de la même protection.  Parmi ces 380 églises protégées, 38 sont  reprises sur la liste du Patrimoine exceptionnel de Wallonie.

A côté de ces monuments faisant l'objet d'une mesure de protection, s'ajoutent les édifices non classés, afférents aussi au culte catholique, qui se chiffrent à plus de 1.900 en Wallonie.

Alors, les pouvoirs publics concernés, tant par l’obligation que leur fait la loi de se porter au secours des fabriques d’église en difficultés financières et de conserver le patrimoine immobilier de ces dernières que par celle de subvenir à la restauration des biens classés, font leurs comptes.

D’une part, le Ministre de tutelle des pouvoirs locaux, Paul Furlan (PS) estime nécessaire une réforme de la loi sur les fabriques d’églises pour « rationaliser » les dépenses publiques obligatoires relatives à l’entretien et à la conservation des lieux de culte.

D’autre part, Isabelle Simonis, Présidente du groupe socialiste au Parlement wallon, vient de déposer, avec le député wallon Daniel Senesael, bourgmestre socialiste d’Estampuis, une proposition de décret visant à réaliser un cadastre des monuments classés affectés à l'exercice d'un culte en Région wallonne. Le but : disposer d'une photographie de la situation existante et d'une base objective nécessaire à toute décision raisonnée, tant en termes de restauration que de réaffectation à d'autres fonctions, comme du logement, des locaux pour associations ou des activités culturelles. De son côté, l’Union des villes et communes plaide pour une simplification de la procédure de désaffectation tout en maintenant l’obligation de la double décision, civile et religieuse et sans remettre en cause l'opportunité d'octroi des subsides, qui est acquise, s'agissant de monuments classés.

Quelle est la réaction des milieux d’Eglise face à cette double initiative politique ?

 La tentation d’une Eglise sécularisée 

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Selon le député Senesael « il n'y a pas encore eu de concertation officielle avec les autorités cléricales » mais il précise en avoir discuté avec l'évêque de Tournai « qui ne verrait pas d'inconvénient au projet à condition que cela se fasse en bonne intelligence et concertation", précise le député. Mgr Harpigny est aussi l’un  des trois évêques membres du comité épiscopal pour les relations avec les pouvoirs publics,

Qu’en pense Mgr Jousten, l’autre évêque « wallon » membre de ce comité épiscopal ? Réponse peut-être le 22 octobre : l’évêché de Liège organise ce jour-là, dans l’ «Espace Prémontrés » (autrement dit, l’évêché), un colloque intitulé « un logement pour tous ». Son objet est de réfléchir, notamment, sur la réaffectation sociale des biens d’église « dans un contexte économique et social où le fossé entre riches et pauvres se creuse et où la difficulté de se loger décemment s’accroît » car « l’Eglise ne peut rester indifférente. En effet, elle dispose de bâtiments inoccupés et il en va donc de sa crédibilité dans l’annonce libératrice de l’Evangile de s’impliquer pour contribuer, en collaboration avec d’autres, à relever le défi du logement ».

C’est déjà mieux que d’avoir la velléité de  revendre des biens à usage cultuel ou ecclésial pour les transformer en restaurant, friterie, boîte de nuit ou  mosquée. Comme le note Paul Vaute dans la « Gazette de Liège » du 24 septembre, « ces dévoiements de finalités et de symboles heurtent le sens commun, comme le feraient d’éventuelles tentatives de reconvertir une (ex-)synagogue en ashram ou une (ex-)maison du peuple en casino »

 Une pierre d’attente pour l’avenir ? 

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Mais le logement est-il la réponse adéquate ou la seule alternative ? Dans le commentaire précité, Paul Vaute, constate que si « les croyants désertent d’eux-mêmes les maisons du Seigneur, quitte ensuite à verser une larme quand on en prononce la fermeture définitive ou le retour à la collectivité qui leur cherchera un nouvel usage, l’attachement au patrimoine, on peut fort heureusement faire, en de nombreux endroits, barrage aux désaffectations pour cause de défection des fidèles (…) : là où la communauté chrétienne est trop clairsemée pour justifier la charge financière publique engendrée par l’édifice, la piste d’une fonction mixte, ecclésiale pour une partie et culturelle ou sociale pour une autre, doit sans doute être encouragée ». Dans un esprit conforme à la destination principale du bâtiment, ajouterions nous, et sans qu’il soit dès lors question de le désacraliser. C’est la voie dans laquelle certains responsables de lieux de culte se sont déjà engagés et elle mériterait certainement d’être approfondie.

 « Aperite portas » 

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Il  est enfin une autre réponse, beaucoup plus fondamentale, pour réinvestir les lieux de la foi : celle d’une évangélisation dégagée de la mentalité de l’enfouissement répandue dans les milieux cléricaux : si cette nouvelle évangélisation dont on parle est autre chose qu’un slogan ou un rêve  bureaucratique, nos évêques devraient ouvrir toutes grandes leurs portes aux missionnaires issus des communautés nouvelles ou des pays dans lesquels  la foi catholique est épanouie et où «la  moisson est abondante ». Or, trop souvent, ces derniers trouvent, dans les structures de nos diocèses, mines circonspectes, accueil parcimonieux voire portes closes, pour des raisons « culturelles » ou « pastorales » qui en cachent d’autres. Là se trouve peut-être la cause première de la désertification dont on se plaint.

Nous avons également publié cette note sur le blog « Belgicatho », ici : La Wallonie s’interroge : que faire du patrimoine immobilier d’une Eglise désertée ? et sur le même sujet ont peut aussi lire la réflexion de Paul Vaute dans la « Gazette de Liège » du 24 septembre : Lalibre.be - Un besoin d'églises

  Rien n'est irréversible:

Un paradoxe exemplaire

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Dom Gérard 

Hormis Dieu, rien n’est irréversible : à cet égard, nous voudrions, pour clore notre propos, l’illustrer encore par cette histoire exemplaire :

 24 août 1970 : Un moine bénédictin arrive en mobylette, son barda sur le porte-bagages, à la petite chapelle de Bédoin, vouée à sainte Madeleine, dans le Vaucluse. Au pied du mont Ventoux. Que vient-il faire ici ? A l'heure des renouveaux et des changements, il entend continuer sa vie monastique, tout simplement, et, avec la bénédiction de son Père abbé, faire “l‘expérience de la tradition” : prière, silence, travail manuel, office en latin, liturgie traditionnelle. De quoi demain sera-t-il fait ? “C'est l'affaire du Bon Dieu” répond le Père Gérard, futur abbé de l’abbaye Sainte Madeleine du Barroux,

 27 août 1970 : Un premier postulant se présente à la porte de La Madeleine : “Mon Père, je veux être moine. — Ici, c'est impossible ! Je n'ai rien pour vous accueillir.” Mais le jeune homme insiste...

 1971 : La vie monastique s'organise. Résolument. Le petit prieuré en ruine est restauré. Dieu envoie des vocations. Il sont bientôt onze moines.

 Janvier 1977 : La communauté grandit toujours. On couche dans des caravanes et des cabanes de chantier : La Madeleine devient trop petite. Il va falloir bâtir.

 20 septembre 1978 : Un terrain de trente hectares est acquis entre le Ventoux et les Dentelles de Montmirail, sur la commune du Barroux. Le site est beau et sauvage. Mais construire coûte cher ! Dom Gérard sillonne donc la France pour quêter. Un grand courant de générosité est suscité. Des milliers de dons, parfois bien modestes, permettent aux moines de mener à bien leur projet audacieux.

 1979 : Quatre jeunes filles se sont regroupées autour de Mère Élisabeth, moniale bénédictine. A la suite des moines de Bédoin, elles veulent faire, elles aussi, “l‘expérience de la tradition”. Après avoir déménagé en différents lieux, elles pourront trouver à leur tour un terrain dans la commune du Barroux et donner naissance à la future Abbaye Notre-Dame de l'Annonciation.

 21 mars 1980 : Pose de la première pierre, sur laquelle est gravée la devise du monastère : Pax in lumine “Paix dans la lumière”.

 2 juillet 1989 : Le cardinal Mayer confère la bénédiction abbatiale au fondateur, Dom Gérard

 25 janvier 1999: L’abbaye compte maintenant plus de soixante moines, et elle commence à devenir trop petite. Va-t-il falloir songer à essaimer ?

 21 novembre 2002 : Mgr Descubes, alors évêque d'Agen, ayant donné son accord, et tandis que les moines sont presque soixante-dix, huit d'entre eux partent fonder en Lot-et-Garonne le Monastère Sainte-Marie de la Garde à Saint-Pierre-de-Clairac. Une nouvelle aventure commence... 

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Dom Louis-Marie

Dans le récent numéro (230, octobre 2011) du mensuel « La Nef », le nouveau Père Abbé du Barroux, Dom Louis-Marie, interrogé sur ce nouvel essaimage à Saint-Pierre de Clairac, répond à Christophe Geffroy :

N’est-ce pas paradoxal de construire un nouveau monastère, quand tant d’anciennes abbayes semblent vides, voire abandonnées ?

 TRP Dom Louis-Marie – L’idéal aurait été pour nous de trouver une abbaye déjà construite. C’est pourquoi, avant de lancer les travaux, j’ai écrit à un évêque pour lui demander si nous pouvions reprendre une abbaye qui venait d’être entièrement restaurée. Mais ça n’a été ni possible ni souhaitable pour le diocèse. Il ne faut pas oublier que pour fonder dans un diocèse, il faut absolument l’autorisation de l’évêque. Cet accueil, après une longue recherche et de multiples déconvenues, nous l’avions trouvé dans le diocèse d’Agen (…)

Votre abbaye recrute, au point que vous avez été obligé de fonder ailleurs en 2002 ; là aussi, vous êtes à contre-courant car on parle partout de la « crise » des vocations : avez-vous une « recette » ?

  -Non. Pas de recette. La recette, c’est Dieu, donc ce n’est pas une recette qu’on pourrait sortir du tiroir. La seule chose qui compte pour nous est d’être fidèle à notre vocation, d’y croire, de l’aimer, de vivre dans la piété filiale. Cela dit, les jeunes, c’est évident, cherchent la radicalité que le Saint-Père a rappelée lors des JMJ dans son discours aux religieuses. Ils ont besoin de structures claires et nettes, et non pas d’une recherche indéfinie d’identité en perpétuelle mutation. Ils veulent de véritables maîtres d’oraison et de vie. Et puis nous avons eu le charisme de Dom Gérard, qui a attiré beaucoup de jeunes, et puis, vous le savez bien : les jeunes attirent les jeunes (…).

 À propos de « crise » des vocations, n’est-elle pas due, tout simplement, à la diminution du nombre de catholiques pratiquants ? La « solution » n’est-elle donc pas dans la nouvelle évangélisation, notamment de la famille ?

 Je crois que pour la nouvelle évangélisation, il vaut mieux suivre l’exemple du Saint-Père aux JMJ. Il s’est adressé d’abord à de jeunes religieuses, à des séminaristes et enfin à des universitaires puis, pour finir, aux jeunes du monde entier. Tout renouveau de l’Église commence par la réforme du clergé et des religieux. Le Saint-Père a exhorté les jeunes religieuses à la radicalité dans la foi, radicalité dans l’attachement au Christ, à l’Église et à leur mission. C’est valable pour les évêques, les prêtres, les diacres. Si l’on veut toucher les familles, il faut renouveler le clergé et les religieux, leur redonner le sens de la radicalité. Il est vrai toutefois que la reconstruction de la famille, si possible nombreuse, est elle aussi une priorité et pour la société, et pour l’éclosion normale des vocations (…) 

 

 

 « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit car sans moi, a dit Jésus, vous ne pouvez rien faire. . » (St Jean, 15, 5)

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