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04/07/2014

Les sept dons de l’Esprit ou l’Échelle intérieure

 

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« Tu septiformis munere… »

 

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Zanotti 171.jpgPlus de sept siècles avant la naissance de Jésus, le prophète Isaïe parle ainsi du Messie : “Sur lui reposera l’Esprit du Seigneur : esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de piété ; et l’esprit de crainte du Seigneur le remplira” (Is. 11, 2-3).

Cette mystérieuse énumération ne s’applique pas seulement au Fils de Dieu incarné, elle propose à notre humanité une voie de sanctification, car nous sommes invités à recevoir les mêmes dons, à gravir les mêmes échelons spirituels pour progresser sur le Chemin, dans la Vérité, vers la Vie. Comme l’écrit Dom Prosper Guéranger dans son Année liturgique (qui a inspiré la substance de ce texte) : “L’humanité de Jésus est le type surnaturel de la nôtre, et ce que l’Esprit-Saint a opéré pour la sanctifier doit en proportion avoir lieu en nous”.

On vient de le lire, la première liste des dons de l’Esprit est descendante ; Isaïe décrit le Messie comme s’il le voyait d’en haut, commençant par la sagesse et terminant par la crainte. Or, le rédacteur inspiré du livre des Proverbes affirme que “la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse” (Prov. 9, 10), comme s’il contemplait les mêmes dons de l’Esprit d’en bas, depuis le sol de notre nature humaine, là où l’aventure spirituelle commence...

Posons le pied sur le premier échelon : la crainte de Dieu. Cette crainte n’est en rien de la peur ou de la défiance vis-à-vis de Dieu ; au contraire, elle exprime la situation initiale objective de la créature face au Créateur : la petitesse. Considérant l’infinité de Dieu, l’homme ne peut que reconnaître d’emblée sa propre insuffisance, ses carences, son péché. La vision du sommet d’une très haute montagne, l’infini des mathématiques ou le ciel étoilé peuvent donner une idée du rapport initial qui s’établit entre Dieu et celui qui le découvre. La vertu primordiale pour entamer et poursuivre jusqu’au bout le voyage spirituel est donc l’humilité. Lestée de son orgueil natif, l’homme peut entamer avec confiance son ascension, sûr que Jésus-Christ le précède tout au long du parcours, car s’il a pris notre condition humaine, c’est pour nous entraîner à sa suite. Il a reconnu le parcours, l’a balisé, équipé de relais...

Les mains nues, le cœur ouvert, l’homme peut à présent approfondir sa relation à Dieu par le moyen de la prière. Il peut s’adresser au Créateur en toute confiance et l’appeler “Père”. La piété unit l’âme au Père d’une façon filiale, familière, respectueuse. Le cœur qui prie est d’abord un cœur qui aime ; un cœur qui aime est disposé au pardon, à la patience, à l’endurance, à la joie. Un cœur qui prie est aussi un cœur qui partage, qui échange, qui donne et se donne. Il participe, dans la mesure qui lui est accordée, à l’échange d’amour trinitaire qui est l’amour même de Dieu, qui est Dieu.

Rendue à la simplicité grâce à la crainte, ouverte au dialogue grâce à la piété, l’âme peut à présent demander à Dieu le don de science : ce don l’aidera à distinguer le bien du mal, lui indiquera le bon chemin au milieu des carrefours de la vie, là où si souvent la voie du bien est discrète tandis que la voie du mal s’ouvre largement devant lui. Grâce au don de science, chacun saura ce qu’il doit rechercher et ce qu’il doit fuir ; la science de Dieu avertira l’homme égaré, l’éclairera sur les choix importants de sa vie, fera disparaître les doutes, écartera les erreurs, fera briller la vérité. S’il se fourvoie malgré tout sans le savoir, une lumière surnaturelle l’avertira des dangers et le dirigera vers la sortie de secours, rudement ou doucement, à la mesure de sa docilité.

Maintenant qu’elle se trouve enfin sur le bon chemin, munie des viatiques de l’humilité, de la piété de la science, l’âme pèlerine peut recevoir le don de force. Elle peut accueillir de Dieu l’énergie physique et spirituelle nécessaire au bon progrès du voyage dans la voie qu’Il vient de montrer. Les obstacles seront nombreux, les combats seront rudes ; l’âme devra lutter contre elle-même, contre ses propres défaillances, ses passions désordonnées, ses lacunes. Elle devra aussi lutter contre l’esprit du monde, la tyrannie des modes, la pression du temps présent. Un autre adversaire ne manquera pas, tôt ou tard, de faire obstacle à celui qui chemine : Satan et ses anges, experts en fausses lumières, chausse-trapes et perfidies souriantes. Le don de force permettra de surmonter ces épreuves (voire la persécution) dans le calme et avec une assurance indémontable. Et par les mérites de la Passion du Christ, les blessures de la vie, aussitôt guéries, pourront produire des fruits inattendus et merveilleux.

Dans le feu de l’épreuve, la force ne peut être laissée à elle-même ; le don de conseil doit lui être adjoint, car il permet de débusquer l’une des tentations les plus efficaces contre l’âme qui progresse vers Dieu : entre deux biens distinguer le meilleur. L’Adversaire du genre humain a montré son habileté à égarer le juste en l’entraînant dans les culs-de-sac spirituels : sectarisme, pharisianisme, jugements hâtifs, pureté hautaine, goût morbide de la mortification, destruction de l’équilibre du corps, de l’âme et de l’esprit, etc. Tout ceci pour les motifs apparemment les meilleurs. Grâce au don de conseil, les vertus peuvent s’harmoniser, s’ajuster à Dieu, et ne pas dégénérer en défauts, car selon l’adage : le mieux est souvent l’ennemi du bien. Le don de conseil nous prémunit contre les soi-disant bonnes résolutions qui ne viennent pas de Dieu, mais de nous-même... N’a-t-il pas dit : “Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes voies ne sont pas vos voies” (Is. 55, 8). Tous les conseillers spirituels devraient supplier l’Esprit-Saint de leur accorder ce don.

Avec le sixième don de l’Esprit, nous dépassons le domaine de l’action pure (sans l’exclure formellement) pour entrer dans une voie supérieure. Depuis cet avant-dernier échelon nous pouvons déjà jouir d’un avant-goût de la félicité que Dieu réserve aux siens dans l’autre vie. Certes, les délices n’ont pas manqué à celui qui cheminait vers Lui : l’émerveillement devant la grandeur divine (crainte), la joie pure au sein du colloque intime (la piété), la paix dans le cœur de celui qui a choisi la voie du bien (don de science), la douceur ineffable qui s’épanouit dans la force spirituelle, la liberté souveraine qui brise les dernières chaînes (conseil)... L’Esprit réserve le don d’intelligence à celui qui a persévéré dans l’ascension : sa vue se déploie sur des paysages nouveaux, il voit plus loin, plus net, plus juste dans sa propre vie et dans celle de ses frères ; il peut lire dans les âmes, dans les cœurs, dans l’Ecriture, il peut – davantage et mieux que durant les étapes précédentes – faire profiter les autres des lumières spirituelles reçues. Sa relation à Dieu est devenue plus intime ; il commence à partager la table du Seigneur, selon ce que le Maître lui donne. Tout est renouvelé, tout est régénéré par une vision intérieure des êtres, des choses et des événements. Il reçoit des paroles intérieures, des visions ou des charismes inattendus, toujours utiles pour le bien de tous. Car celui qui reçoit, ne reçoit pas seulement pour lui-même, mais pour le bien de tous.

Si l’intelligence est illumination, la sagesse est union. Cette union avec le souverain bien est le but et l’origine de notre être, car bien avant notre naissance dans le temps, nous avons tous été aimés et désirés par Dieu de toute éternité. Chacune de nos vies se déploie comme un livre en trois tomes : la vie dans la pensée de Dieu, la vie dans la chair, la vie dans le ciel. Dans la pensée de Dieu, nous étions déjà dans le Christ, Parole éternelle du Père, “par qui tout fut créé” ; dans la vie terrestre, nous cheminons avec l’Esprit qui nous défend et nous console ; dans la vie céleste, nous sommes ressuscités avec le Christ, corps et âme glorieux. La sagesse nous fait participer dès ici-bas à la royauté de Dieu, elle nous conforme à la figure de Jésus-Christ, l’Homme-Dieu. Loin d’être l’apanage de la Vierge Marie, Siège de la Sagesse, ce don sublime est accessible à tous, ainsi que l’écrit saint Jacques : “Si la sagesse fait défaut à l’un de vous, qu’il la demande au Dieu qui donne à tous avec simplicité et sans faire de reproches : elle lui sera donnée. Mais qu’il demande avec foi, sans éprouver le moindre doute” (Jc 1, 5-6).

Demandons et nous recevrons “une bonne mesure, tassée, secouée, débordante”... (Lc 6, 38).

Le meilleur est à venir.

 Pierre René Mélon

Pain et Trinité : la quatrième demande du Pater

 

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« Pour notre substance, au jour le jour »

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Cf. Mt 6, 11 ; Lc 11, 3

Zanotti 170.jpgDans la prière qu’il nous enseigne, Notre-Seigneur nous apprend à demander au Père de nous donner notre pain « pour notre substance aujourd’hui » (Mt), ou « pour notre substance au jour le jour » (Lc). Telle est la plus proche transposition que l’on peut faire, en français, du texte grec de nos évangélistes.

Dès lors que nous répétons cette prière chaque jour, demander notre pain pour notre substance « aujourd’hui » ou « au jour le jour », c’est tout un. Il n’y a pas de difficulté sur ce point : ce que nous devons par là consolider en nos cœurs, c’est la confiance sans souci du lendemain, celle qui convient à un enfant qui se sait aimé de son Père.

La chose est d’importance, car cette précision tranche en nous, comme une épée de feu, entre le vieil Adam pécheur qui se veut autonome, palpant de ses mains ses provisions pourrissantes dont il imagine se faire un rempart, comme par défiance envers cet Amour provident, et le nouvel Adam, libre : lui, il se nourrit de cet Amour bien plus encore que des biens qu’il en reçoit. Car chaque bouchée de pain, même terrestre, se reçoit alors déjà comme une petite eucharistie.

Dieu veut nous faire comprendre que nous n’avons pas d’autre garde-manger que lui-même : quand il nourrit les Hébreux de la manne au désert, il leur enjoint expressément d’en recueillir « ce qui suffit au jour le jour » (Ex., 16, 4) ; il n’en fallait pas garder jusqu’au matin suivant (16, 19) ; et ceux qui s’obstinaient à en mettre de côté trouvaient le lendemain les vers qui y grouillaient dans la pourriture (16, 20).

Car c’est folie que de vouloir bâtir son assurance autre part qu’en Dieu : rappelons nous cet homme favorisé d’abondantes récoltes et qui se dit qu’il a quantité de biens en réserve pour de nombreuses années (Lc 12, 19) ; ou bien encore celui qui s’en va creuser la terre pour y enfouir en sûreté l’argent de son maître (Mt. 25, 18). L’avertissement de Notre-Seigneur est clair « Là où est ton trésor, là est aussi ton cœur » (Mt 6, 21) Notre cœur, c’est entre les mains du Père qu’il nous montre que nous avons à le remettre. Nulle part ailleurs.

Ce pain que nous demandons donc au jour le jour est notre pain « pour notre substance ». En saint Matthieu et en saint Luc on lit le même terme grec, terme dont on ne trouve aucune autre attestation que celle-là dans toute la littérature grecque.

L’Antiquité grecque nous en donne elle-même confirmation par la bouche d’Origène (185-254) : ce terme, dit-il, « n’est employé par aucun des savants parmi les Grecs, et il n’est pas davantage usité dans le langage courant, mais il semble avoir été inventé par les évangélistes. » (De la Prière, 27, 7, trad. G. Bardy.)

On ne peut donc interpréter le terme qu’en se fondant sur ses éléments constitutifs. Plusieurs explications ont ainsi été proposées dans le sillage de l’analyse assez complète qu’en a donnée Origène : nous retenons ici celle de saint Basile de Césarée (329-379), qui a l’avantage de les synthétiser toutes. C’est le pain, dit-il, « utile à notre substance pour la vie quotidienne. » (Règles courtes, 252e)

Mais la question est maintenant de savoir quel est ce pain « utile à notre substance pour la vie quotidienne ».

Pour y répondre, il convient de se rappeler ce qui caractérise la substance du chrétien : c’est une substance créée par le Père, sauvée par le Fils, et menée à sanctification par l’Esprit.

Bien entendu, chacun de ces trois aspects est en réalité le fait de la Trinité indivise, car seules les opérations intérieures à la divinité peuvent rigoureusement être attribuées à l’une des Personnes divines séparément des autres : le Père seul engendre le Fils ; le Fils seul est engendré par le Père ; l’Esprit seul procède de l’un et de l’autre.

On attribue toutefois aussi par appropriation à telle ou telle Personne certaines actions portant sur les créatures : car bien que leur efficience relève indivisiblement des trois Personnes, la relation qu’elles établissent entre Dieu et la créature peut être plus ou moins propre à l’une des Personnes. C’est en ce sens qu’il faut comprendre que le Père est notre créateur, le Fils notre sauveur et l’Esprit notre sanctificateur.

Voilà comment aussi le pain que nous demandons au Père peut être mis en relation avec chacune des Personnes de la sainte Trinité.

Dans le Pater, nous demandons en effet d’abord le pain qui doit entretenir notre être créé, le pain naturel, celui qui sort de la main du Père depuis qu’au commencement il créa le ciel et la terre.

Tâchons de ne pas oublier que « la création ne peut être réduite à l’événement qu’a été le commencement de toutes choses. Elle est une permanente situation où la créature subsiste à tout instant aussi bien qu’au premier et qui lui fait recevoir son être, en tout temps, comme un don permanent du créateur. » (L. BOUYER)

Ce premier « pain » que nous demandons englobe ainsi sous le terme désignant la nourriture par excellence tout ce qui permet à notre être naturel de subsister.

Cette interprétation de la demande s’autorise de nombreux Pères de l’Eglise, entre autres saint Grégoire de Nysse : « ce qui suffit à la conservation de notre substance corporelle » (Sermon 4, 745) et saint Jean Chrysostome : « pour le corps, ce que la nécessité commande » (Homélie 19 sur s. Matthieu, 5).

La demande exprime par là la reconnaissance de notre entière dépendance à la volonté créatrice du Père sans laquelle nous ne sommes rien : « Tu es celle qui n’est pas. Je suis celui qui suis. » (Sainte CATHERINE DE SIENNE, Dialogues, 10).

Mais puisque depuis la faute originelle notre vie est caduque, ce serait trop peu demander au Père que de lui demander seulement de quoi entretenir en nous ce qui de toute façon doit aboutir à la mort.

Par notre baptême, notre être est maintenant greffé sur le Christ. Sa vie, c’est le Christ, et nous avons à le nourrir en recevant le Corps même du Fils, le pain Eucharistique qui nous sauve pour la vie éternelle.

Le décret sur la Communion quotidienne (Sacra Tridentina Synodus, 20 déc. 1905) l’affirme expressément : «Quand Notre-Seigneur nous ordonne de demander dans l’oraison dominicale notre pain quotidien, il faut entendre par là ― presque tous les Pères de l’Eglise l’enseignent ― non pas tant le pain matériel, la nourriture du corps, que le pain Eucharistique à recevoir chaque jour. »

Saint Ambroise donne en conséquence ce commentaire : « Si c’est un Pain quotidien, pourquoi attends-tu une année pour le recevoir ? » (Des Sacrements, 5, 4)

Le Corps sacramentel du Christ est en effet le Viatique qui nous sauve, « maintenant et à l’heure de notre mort ». Puisse donc le Père nous faire la grâce de mettre tous les jours à notre disposition ce Pain de Vie, et en particulier au moment où mort et vie se livreront en nous leur duel décisif (cf. séquence de Pâques). Puisse-t-il de même nous mettre dans les dispositions requises pour le recevoir.

Et de fait, si nous sommes par l’Eucharistie assimilés au Christ, c’est pour vivre à son image. Sachons dès lors que la nourriture que nous demandons au Père ne saurait enfin être différente de la sienne. Celle dont il a déclaré lui-même : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé accomplir son œuvre. » (Jn 4, 34).

Le lien est ainsi souligné entre la première partie du Pater, qui est de portée générale, et la seconde où viennent s’inscrire nos petites personnes ; entre la troisième demande « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel » et cette quatrième qui en est l’application à notre cas particulier : « Donnez-nous aujourd’hui notre pain », ce qui, à la lumière de la parole du Christ que nous venons de rappeler, revient à dire : « Donnez-nous aujourd’hui de faire votre volonté ».

Or, qu’est-ce que la volonté du Père, sinon notre sanctification, ainsi que l’affirme saint Paul ? (1 Thess 4, 3) La sanctification que l’Esprit opère peu à peu en nous, si nous voulons bien le laisser faire.

 En exprimant de tout cœur et dans toute sa richesse cette quatrième demande, conformons-nous donc pleinement au dessein de Dieu Trinité, qui, nous créant, pourvoit aux besoins de notre être créé ; qui, nous sauvant, nous procure le gage de notre salut ; et qui n’attend plus que notre bon vouloir pour nous sanctifier, comme il convient que le soient ses enfants bien-aimés.

Jean-Baptiste Thibaux

Famille Chrétienne ? A Liège, une conférence du Président du Conseil pontifical pour la famille

 

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En route vers le synode sur la famille 

Zanotti 176.jpgLe 26 mai dernier, à l’église Saint-Jacques à Liège, Mgr Vincenzo Paglia, président du Conseil pontifical pour la famille  a donné une conférence et répondu à plusieurs questions concernant le prochain Synode des évêques sur la pastorale du mariage et la situation de la famille dans la société actuelle. C’est Mgr Jean-Pierre Delville qui a accueilli le prélat devant un parterre d'invités et une très nombreuse assistance. La soirée s’est terminée par le chant du Regina Caeli, repris en choeur par toute l’assemblée. Le texte de la  conférence de Mgr Paglia se trouve sur le site web de l’évêché de Liège. Extraits :

 « Devant nos yeux, la crise profonde que la famille traverse partout dans le monde est évidente, en particulier là où le niveau de vie augmente. L’hégémonie d’une culture de l’individualisme et du consumérisme –qui va de pair avec la mondialisation du marché pur et simple– semble avoir pour premier effet l’affaiblissement d’abord, et la destruction de la famille ensuite, et avec la famille, la destruction de toutes les formes de vie associée stables. (…).Dans cette perspective, la famille n’est pas niée, mais elle est placée à côté des nouvelles formes d’expérience relationnelle qui sont apparemment compatibles avec elle, même si en vérité, elles la démontent ".

"La mondialisation et l’ « individualisation » de la société

Le thème du mariage et de la famille doit être placé dans la perspective du processus d’ « individualisation » de la société contemporaine. Au cours des derniers siècles, nous avons vu s’affirmer la subjectivité, une étape positive car elle a permis l’affirmation de la dignité des individus. Mais l’exaspération de ce processus est en train de porter la société vers une dérive pathologique. (…) En confirmation de cette tendance, il est assez inquiétant de relever, en Europe, une augmentation des familles « unipersonnelles ». Si d’un côté, nous assistons à l’effondrement des familles dites traditionnelles (père, mère, enfants, grands-parents, petits-enfants), de l’autre nous voyons augmenter les familles formées par une seule personne. Cela signifie que la diminution des mariages, tant religieux que civils, ne correspond pas à une augmentation d’autres formes de cohabitation, comme par exemple les couples dits de fait ou les couples homosexuels, mais bien à l’augmentation du nombre de personnes qui choisissent au contraire de vivre seules. Quelle en est la raison fondamentale ? Le choix de rester seul signifie que toute liaison liée à un engagement est ressentie comme insupportable, trop lourde. Et la conséquence qui en découle est la tendance à une société qui devient toujours plus dé-familiarisée, composée d’individus qui, s’ils décident de s’unir, le font sans aucun engagement durable (…)

La nécessité d’une « famille »

Pourtant, l’aspiration à des relations affectives durables et capables de nous aider lors des situations difficiles de la vie est inscrite au fond de notre cœur. Toutes les études sociologiques le relèvent. Cela signifie que, lorsque la culture contemporaine promeut l’objectif de l’autonomie absolue des individus, en réalité elle ne fait que tromper, car elle propose un objectif qui n’est pas bon. Et de toute façon –et cela est encore pire– elle ne prépare pas à affronter les épreuves et les sacrifices que toute relation durable et véritable exige. Cette tromperie est le résultat d’idéologies faciles dont la dernière, celle qui est prêchée par la révolution sexuelle, reste parmi les plus pernicieuses. (…). Si nous voulons rendre solide la société, il faut faire de même avec la famille : c’est dans la famille que l’on commence à construire et à promouvoir le « nous » de l’humanité. (…). Affaiblir la famille signifie être à la merci des sentiments, de leur instabilité et de l’incertitude. Ainsi, la réflexion de Benoît XVI, qui reliait l’éclipse de la famille dans la société contemporaine à l’éclipse de Dieu, est tout à fait significative. Sans une référence à l’Au-delà (avec une majuscule), il est difficile qu’elle puisse comprendre l’autre que soi.

L’Évangile de la famille

(…) Il ne s’agit pas tant d’une doctrine que plutôt d’un don à accueillir. Il est décisif que les chrétiens, en particulier les époux chrétiens et les familles chrétiennes, vivent ce trésor et le fassent resplendir comme une belle et passionnante réalité. Dans un monde marqué par la solitude et la violence, la famille et le mariage chrétiens doivent être une « bonne nouvelle » qui aide ce nouvel humanisme dont la société contemporaine a extrêmement besoin. (…)

Il y a aussi un bon nombre de questions d’ordre culturel et politique que nous ne pouvons pas ne pas étudier. Je pense, par exemple, à la question de l’identité de genre, à savoir de ce que signifie aujourd’hui être un homme et être une femme. La destruction de la spécificité sexuelle, telle que proposée par la nouvelle culture du genre, qui triomphe aujourd’hui dans tous les contextes internationaux, doit trouver des réponses claires et convaincantes de notre part. Comme est en outre cruciale la question de la transmission culturelle entre les générations, et donc également de la transmission de la foi. (…). D’autres sujets devraient être inclus dans une pastorale de la famille attentive à la réalité contemporaine : les droits des individus; le droit des enfants à naître, à grandir et à vivre dans l’amour et dans la dignité toute leur vie; le droit de mourir sans être tué; le droit des malades à être soignés d’une manière attentive; le droit d’avoir un travail digne et sûr; le droit de la famille de ne pas être exploitée par la dictature du profit financier; le droit d’avoir du repos et de ne pas être réduit en esclavage par le rythme du travail afin de produire sans aucune halte, et ainsi de suite.

Il s’agit d’un domaine vaste et complexe qui nécessite des interventions culturelles et politiques aussi bien que spirituelles. Il doit en jaillir une nouvelle sagesse, une nouvelle force, aptes à promouvoir et à défendre le mariage, la famille et la vie. (…). Il s’agit d’une action difficile et complexe, mais qui ne peut pas être reportée. Il faut une nouvelle alliance entre la famille et l’Église pour montrer la beauté du « nous » à une société attristée dans son orgueil myope (...)" Ref . sur le site web du diocèse de Liège : Famille chrétienne ? L’Évangile de la famille dans un monde globalisé – JPS