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30/09/2013

Octobre: mois du Rosaire

Sur le blog du « Petit Placide », ce texte (extraits) du Père Garrigou-Lagrange (1877-1964) ) :

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« Parmi les formes habituelles de la dévotion mariale, comme le sont l'Angelus, l'office de la Sainte Vierge, le Rosaire, nous parlerons spécialement de ce dernier, en tant qu'il nous dispose et nous conduit à la contemplation des grands mystères du salut.

C'est, après le sacrifice de la messe, une des plus belles prières et des plus efficaces, à condition de la bien enten­dre et d'en vivre véritablement (…)

On peut sans doute faire déjà une bonne prière, en pensant confusément à la bonté de Dieu et à la grâce de­mandée, mais pour rendre au chapelet son âme et sa vie, il faut se rappeler qu'il n'est qu'une des trois parties du Rosaire, et qu'il doit s'accompagner de la méditation, facile du reste, des mystères joyeux, douloureux et glo­rieux, qui nous rappellent toute la vie de Notre-Seigneur, celle de sa sainte Mère et leur élévation au ciel.

Les quinze mystères du Rosaire, ainsi divisés en trois groupes ne sont autre chose que les divers aspects des trois grands mystères du salut : celui de l'Incarnation, celui de la Rédemption et celui de la vie éternelle.

Le mystère de l'Incarnation nous est rappelé par les joies de l'Annonciation, de la Visitation, de la Nativité de Jésus, par sa présentation au temple et son recouvre­ment parmi les docteurs de la synagogue.

Le mystère de la Rédemption nous est rapporté par les divers moments de la Passion : l'agonie au jardin des Oliviers, la flagellation, le couronnement d'épines, le por­tement de la croix, le crucifiement.

Le mystère de la vie éternelle nous est redit par la ré­surrection, l'ascension, la pentecôte, l'assomption de Marie et son couronnement au ciel.

C'est tout le Credo qui passe sous nos yeux, non pas d'une façon abstraite, par des formules dogmatiques, mais d'une façon concrète par la vie du Christ, qui des­cend vers nous et remonte vers son Père pour nous con­duire à lui. C'est tout le dogme chrétien dans son éléva­tion et sa splendeur, pour que nous puissions ainsi tous les jours le pénétrer, le savourer et en nourrir notre âme.

Par là, le Rosaire est une école de contemplation, car il nous élève peu à peu au-dessus de la prière vocale et de la méditation raisonnée ou discursive. Les anciens théologiens ont comparé ce mouvement de contemplation au mouvement en spirale que décrivent certains oiseaux comme l'hirondelle pour s'élever très haut. Ce mouvement en spirale est aussi comme un chemin qui serpente pour faire sans fatigue l'ascension d'une monta­gne. Les mystères joyeux de l'enfance du Sauveur conduisent à sa Passion et sa Passion au ciel.

C'est donc une prière très élevée, si on l'entend bien, puisqu'elle remet tout le dogme sous nos yeux de façon accessible à tous.

Elle est aussi très pratique, parce qu'elle nous rappelle toute la morale et la spiritualité chrétienne vues d'en haut par l'imitation de Jésus rédempteur et de Marie médiatrice, qui sont nos grands modèles.(…)

Le Rosaire bien compris est ainsi non pas seulement une prière de demande, mais une prière d'adoration à la pensée du mystère de l'Incarnation, une prière de répara­tion, en souvenir de la Passion du Sauveur, une prière d'action de grâces, en pensant aux mystères glorieux qui continuent de se reproduire incessamment par l'entrée au ciel des élus.(…)

Pour mieux voir ce que doit être le Rosaire, il faut se rappeler comment saint Dominique l'a conçu sous l'inspiration de la Sainte Vierge, à un moment où le midi de la France était ravagé par l'hérésie des Albigeois, imbus des erreurs manichéennes, qui niaient la bonté infinie et la toute-puissance de Dieu, par l'affirmation d'un principe du mal souvent victorieux.

Ce n'était pas seulement la morale chrétienne qui était attaquée; mais le dogme, les1258613539.jpg grands mystères de la création, de l'Incarnation rédemptrice, de la descente du Saint-Esprit, de la vie éternelle à laquelle nous sommes tous appelés.

C'est alors que la Sainte Vierge fit connaître à saint Dominique un mode de prédication inconnu jusqu'alors, qu'elle lui affirma être pour l'avenir une des armes les plus puissantes contre l'erreur et l'adversité. Arme très humble, qui fait sourire l'incrédule; car il ne comprend pas les mystères de Dieu.

Sous l'inspiration qu'il avait reçue, saint Dominique s'en allait par les villages hérétiques, rassemblait le peu­ple, et il prêchait sur les mystères du salut, sur ceux de l'Incarnation, de la Rédemption, de la vie éternelle. Comme le lui avait inspiré Marie, il distinguait les divers mystères joyeux, douloureux et glorieux. Il prêchait quel­ques instants sur chacun de ces quinze mystères, et après la prédication de chacun, il faisait réciter une dizaine d'Ave Maria, un peu comme on prêche aujourd'hui l'heure sainte en plusieurs parties intercalées de prières ou de chants religieux.

Alors ce que la parole du prédicateur ne parvenait pas à faire admettre, la douce prière de l'Ave Maria l'insi­nuait au fond des cœurs. Ce genre de prédication fut des plus fructueux.(…)

Si nous vivons de cette prière, nos joies, nos tristesses et nos espoirs seront purifiés, élevés, surnaturalisés; nous verrons de mieux en mieux, en contemplant ces mystères, que Jésus, notre Sauveur et notre modèle, veut nous assi­miler à lui, nous communiquer d'abord quelque chose de sa vie d'enfance et de sa vie cachée, puis quelque ressem­blance avec sa vie douloureuse, pour nous faire participer ensuite à sa vie glorieuse pour l'éternité. »

Ici :  Octobre: mois du Rosaire.

12/09/2013

Enfin, la révision de la traduction du Pater.

 

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Non, le Père ne nous induit pas en tentation…

 

 

image002.gifAprès plus de quarante ans de controverse, une excellente nouvelle : c’est décidé, on ne dira plus au Seigneur, dans la version française du « Pater » : « ne nous soumet pas à la tentation ». Le 22 novembre prochain paraîtra une nouvelle traduction de la Bible à l’usage de la liturgie des pays francophones avec, notamment, la modification de cette demande du  « Notre Père ». Un nouveau texte (compatible avec celui qui existait avant le Concile) est appelé à devenir la référence pour la prière de l’Eglise.

Notre confrère « Riposte Catholique » commente : 

"La réforme de la réforme suit son cours. Je dirai même qu’elle avance !  A partir du 22 novembre, sera publiée une nouvelle traduction officielle de la Bible pour la liturgie francophone. Dans cette nouvelle traduction se trouve notamment une révision de la traduction du Pater, dont la très controversée sixième demande ne sera plus « Et ne nous soumets pas à la tentation » mais « Et ne nous laisse pas entrer en tentation ».

Les évêques français ont eu en leurs mains un volumineux document de travail, dont Monseigneur Hervé Giraud, évêque de Soissons, Laon et Saint-Quentin, avait fait un résumé publié sur le site de son diocèse en juin 2011.

L’histoire de la traduction erratique de cette formule est à retranscrire.

Le 29 décembre 1965, le président la Conférence des Evêques de France, Mgr Maurice Feltin, archevêque de Paris, annonce l’adoption d’une nouvelle traduction. Le 4 janvier 1966, dans un communiqué commun avec les représentants des chrétiens orthodoxes et réformés, cette nouvelle traduction est annoncée comme étant commune aux trois confessions chrétiennes. Cette nouvelle traduction se rapproche beaucoup de la version utilisée jusqu’alors par les réformés et implique une modification importante de la sixième demande qui était formulée ainsi : « ne nous laisse pas succomber à la tentation ».

En 1969, l’abbé Jean Carmignac publie sa thèse « Recherches sur le Notre Père », qui reste une référence majeure. Lors qu’il tente de s’opposer à certains points de la traduction du nouveau lectionnaire français, son analyse de la sixième demande du Pater sera la première à faire suspecter un caractère blasphématoire dans la traduction œcuménique de 1966. Les évêques français, plutôt que de céder à l’idée de l’abbé Carmignac, car cette idée a été reprise par le mouvement traditionaliste; se sont appuyés sur le travail de l’exégète Jean Delorme , qui cherchait un consensus, pour réconcilier tout le monde. « Ne nous laisse pas entrer en tentation. » n’est ni impératif (« ne nous introduis pas ») ni permissif («ne permets pas… »). Et cette formule laisse entière la possibilité de l’interprétation traditionnelle : « ne nous laissez pas succomber à la tentation. »

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La version grecque (kai mi issénènguis imas is pirasmone, alla rhissai imas apo tou ponirou) a été traduite littéralement : Et ne nos inducas in tentationem. Inducas, comme issénènguis, cela veut dire conduire dans, faire entrer : Ne nous fais pas entrer dans la tentation. De ce point de vue, Ne nous soumets pas à la tentation est donc une traduction correcte. Et pourtant cette traduction est théologiquement mauvaise, car Dieu n’est pas tentateur, seul le démon peut nous faire entrer dans la tentation. Pour le coup on a ici un hébraïsme. Les hébraïsants expliquent que le verbe grec traduit un verbe araméen à la forme causative. Or le causatif peut avoir un sens factitif fort, faire, faire faire, et un sens permissif, laisser faire, permettre de faire. Ce qui est le cas ici, comme en plusieurs endroits de la Septante. Par exemple dans le psaume 140 qui dit littéralement, de façon très proche de la demande du Pater : N’incline pas mon cœur vers les paroles mauvaises. Le sens est : Ne laisse pas mon cœur s’incliner vers les paroles mauvaises. Du moins si l’on tient à traduirepirasmone par tentation. En fait ce mot veut dire d’abord épreuve. Le psaume 25 dit à Dieu : Tenta me, ce qui ne se traduit pas par « Tente-moi », bien sûr, mais par « Mets-moi à l’épreuve ». Sans m’y laisser succomber…(Maximilien Bernard)" .

 Référence: Révision de la traduction du Pater

 

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Monseigneur Léonard plaide en ce sens depuis de nombreuses années et il est heureux de voir, enfin, disparaître d'une prière liturgique (et privée) un contresens inspiré par un  littéralisme maladroit et un oecuménisme mal placé à l'égard des protestants.

Reste à appliquer cette décision et sur ce point, pour les gens pressés, un bémol lu dans "Famille chrétienne":  en pratique, le recours à la Traduction liturgique de la Bible dans la liturgie quotidienne ne se fera pas du jour au lendemain. Bien au contraire, elle devrait selon toute vraisemblance se faire de manière progressive et par étapes. La première d’entre elle pourrait être la publication, en 2014 ou 2015, d’un lectionnaire regroupant l’ensemble des lectures bibliques utilisées pour le sacrement de l’Eucharistie. L’utilisation de la Traduction liturgique de la Bible dans les sacrements devrait de son côté attendre la publication d’une nouvelle traduction du missel, en cours d’élaboration. Cette publication est donc avant tout la première pierre d’un mouvement d’ensemble destiné à permettre aux chrétiens d’exprimer la prière de l’Église en langue vernaculaire dans une traduction de qualité.

A propos de réforme des textes issus de la réforme liturgique, la messe célébrée en français comporte aussi une autre traduction erronée (ce n'est pas la seule) notoire : celle  de l’article du Credo (de Nicée-Constantinople, en usage à la messe du dimanche) proclamant notre foi « in filium (…) consubstantialem Patri ».  Les premières réclamations et protestations contre la suppression du « consubstantiel au Père », remplacé dans le Credo en français par un insuffisant « de même nature que le Père », sont de l’année 1967, alors que la messe était déjà en mutation vers ce qui deviendra la messe de Paul VI en 1969. "De même nature » n’est pas en soi une expression hérétique ; c’est une expression qui ne dit rien : un fils est évidemment de même nature que son père. Mais inscrire « de même nature » à la place de «consubstantiel » manifeste, au moins en apparence, une intention hérétique ; et en fait, c’est supprimer une affirmation que les trois Personnes divines ne sont qu’un seul Dieu. Quid d'une réforme de la réforme sur ce point qui tenait tellement à coeur au grand philosophe thomiste Etienne Gilson et à tant d’autres intellectuels chrétiens?

JPSC  

17/07/2013

Mgr Delville : un évêque qui nous parle

 200_200_e2f970b49174c5d6ba877496e45b25db-1370007343.jpgNous reprenons ici le texte de l’entrevue que Mgr Jean-Pierre Delville a accordée à Christian Laporte et Paul Vaute pour le quotidien « La Libre Belgique » . Ce texte a été publié par le journal le 10 juillet 2013, quatre jours avant la consécration de celui qui devient le 92e successeur de saint Lambert.  

L’entretien met en lumière quelques traits du nouvel évêque : un homme au jugement mesuré, ouvert et transparent, semble-t-il.  Sa fibre sociale ne donne pas l'impression d'être le fruit d’une idéologie mais de sa bienveillance naturelle. Ce professeur à la Faculté de Théologie de l’U.C.L. diplômé de l’Université grégorienne à Rome, titulaire d’une licence en histoire de l’Université de Liège, premier prix d’orgue du Conservatoire de cette même ville est aussi un polyglotte distingué. Bref, une formation pluridimensionnelle et d’excellents atouts pour faire un vrai pontife : un jeteur de ponts -dans un diocèse qui en a  bien besoin- au service d’une seule ardeur pour l’unique Parole.  

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l'évêche de Liège, en bord de Meuse

 

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Son blason porte la devise : « Fluminis impetus laetificat civitatem Dei » : l’élan du fleuve réjouit la cité de Dieu. Tout un programme pour l’Évêque et le Diocèse de la grande Cité mosane. Est-ce dans cet impetus que « La Libre » puise le titre de son article ? 

Jean-Paul SCHYNS   

Mgr Delville : il n’y a plus ni gauche, ni droite 

par Christian Laporte et Paul Vaute

Publié le mercredi 10 juillet 2013 à 05h40 - Mis à jour le mercredi 10 juillet 2013 à 09h30

Ce dimanche 14 juillet, l’abbé Jean-Pierre Delville deviendra le 92e évêque de Liège, succédant à Mgr Aloys Jousten. C’est au Séminaire Saint-Paul de Louvain-la-Neuve, où il préside le collège destiné à accueillir les prêtres étudiant à l’UCL, que nous l’avons rencontré avant qu’il ne passe en retraite les derniers jours précédant son ordination.

Né à Liège en 1951, accompagnateur spirituel de la communauté Sant’Egidio en Belgique francophone, Mgr Delville est - ou plutôt était - également professeur d’histoire du christianisme à l’Alma Mater, fonction qu’il doit à présent abandonner.

Lors de votre présentation à la presse, le 31 mai dernier, vous avez cité parmi vos préoccupations celle des vocations. 

En effet, cela me tient à cœur notamment pour avoir présidé le Séminaire de Louvain-la-Neuve et donné cours au Séminaire de Liège. La crise actuelle des vocations ne doit pas être ramenée à la difficulté de vivre le célibat. Les Eglises protestantes connaissent aussi cette crise. Mais il faut revaloriser le profil du futur prêtre. Il faut qu’il soit appelé, désiré, porté. 

Vous avez aussi mis l’accent sur le rôle des laïcs et en particulier des femmes. Comment valoriser les vocations qui n’incluent pas le célibat ?

Il ne faut pas se limiter aux intitulés officiels des ministères laïcs comme l’acolytat ou le lectorat. Ils doivent être incarnés dans des activités nouvelles, y compris sociales. L’expérience des pays du Sud, où des laïcs sont responsables de communautés, peut nous aider à cet égard. C’est dans ce cadre que nous pouvons réfléchir au rôle de la femme, non pas comme prêtre mais dans les fonctions où elle a sa place. On voit beaucoup de communautés nouvelles dirigées par des femmes, comme les Focolari avec Chiara Lubich et maintenant Maria Voce. Il y a aussi des secteurs comme la santé et la famille où les femmes ont une sensibilité particulière, même si ce n’est pas exclusif. Il ne faut pas se focaliser sur l’idée de devenir prêtre. Depuis Vatican II, le prêtre n’est plus celui qui fait tout. 

Vous avez dit qu’il faut que les "clans" se parlent dans l’Eglise. L’unité dans la diversité, c’est le grand défi ? 

On s’est fort polarisé sur une vision gauche-droite ou progressistes-traditionnalistes. Aujourd’hui, on voit mieux qu’il n’y a pas de position idéale. Il y a des diversités qui sont quand même une richesse. 

C’est dans cet esprit que vous allez parfois célébrer la messe selon le rite préconciliaire à l’église du Saint-Sacrement à Liège ?

Oui. Il y a une richesse et une beauté dans le rite d’avant Vatican II qui méritent d’être valorisées. Il faut cesser les exclusions réciproques. Eric de Beukelaer, comme doyen du centre-ville, a aussi cette volonté. 

Quel a été le rôle de la communauté Sant’Egidio dans votre parcours personnel ?

J’ai rencontré Sant’Egidio à Rome où j’avais été envoyé pour étudier la théologie en 1978. L’équilibre qu’il y a chez eux entre la prière et la solidarité avec les plus pauvres m’a beaucoup frappé. Il faut voir l’enthousiasme des jeunes qui consacrent, presque chaque jour après 16 heures durant leur vie d’étudiant, un temps pour l’amitié avec les pauvres, qui se termine par un temps de prière. A l’époque, la communauté n’existait qu’en Italie et elle était considérée comme inexportable, surtout dans les pays du nord. Puis, cela s’est développé, à Anvers dès 1985 et ensuite du côté francophone. 

Mgr Jousten s’est signalé par quelques coups de gueule retentissants à propos des drames sociaux de la région liégeoise (Inbev, ArcelorMittal…) Vous comptez faire de même ?

Je serai un évêque qui s’engagera dans la promotion de la justice sociale, certainement. L’idée même de justice sociale, à réaliser à travers les structures publiques (Etat) et intermédiaires (syndicats), est née dans l’Eglise catholique à la fin du XIXè siècle, à partir de la réflexion sur l’injustice sociale dont le prolétariat était la victime. Il y a eu à la fois intégration et réaction au socialisme qui envisageait alors la révolution. Aujourd’hui, chrétiens et socialistes se retrouvent sur un même terrain qui est celui de la social-démocratie. Mais il y a une grande différence, c’est que les problèmes dépassent le cadre de l’Etat et ont pris une dimension mondiale, qui les rend plus complexes. C’est au niveau mondial qu’il faut concevoir des lieux de solidarité entre nos pays, régions, diocèses et ceux du Sud.

Quel rôle vous sera dévolu au sein de la Conférence épiscopale ?

Il est trop tôt pour le dire mais je m’installerais bien dans les compétences de mon prédécesseur et donc dans les matières relatives à l’engagement social. Cela dit, ma formation d’historien me sera aussi utile ici : elle permet de prendre un certain recul mais aussi d’apporter des idées. L’histoire nous éclaire sur nombre  de situations et la compréhension du passé permet d’éclairer le présent et de trouver des voies originales.

Vous pensez à quelque chose en particulier ?

Par rapport à la place de la femme, dans l’Eglise primitive il y avait une grande diversité avec, par exemple, la place prise par les veuves. L’ histoire stimule aussi par rapport au proche passé : c’est Jean-Paul II qui s’est inspiré de plusieurs modèles de l’histoire tels saint Stanislas, les prêtres polonais ou du Christ lui-même. Moi-même, j’ai parmi mes modèles l’abbé Antoine Pottier qui fut le grand promoteur de la justice sociale et donc de la démocratie chrétienne en Wallonie. Non seulement il prôna la création de syndicats chrétiens à Liège, mais fut aussi l’inspirateur de nombreuses législations sociales.

A un moment de votre carrière, vous avez été un des porte-paroles de l’Eglise. Cette dernière est toujours un peu dans les cordes. Ne faut-il pas améliorer la communication ?

Il faut certainement valoriser la communication en ses divers lieux. Vous pensez sans doute au drame de la pédophilie. Pour moi, ce n’est pas qu’une question d’image mais ce sont de terribles réalités. Les atrocités commises par certains clercs ont eu des répercussions terribles sur la vie des victimes. Cela dit, si l’image de l’Eglise a été écornée, on est arrivé à plus de vérité mais aussi une purification et l’Eglise doit continuer à manifester sa compassion pour les victimes. On a découvert aussi la grande fragilité de la vie humaine. Il faut en tout cas continuer à manifester de l’attention aux victimes et valoriser l’usage de la parole.

N’a-t-on pas trop agressé l’Eglise ?

Il y a eu une focalisation mais qui s’explique : quand une autorité morale se méconduit, elle se retrouve dans l’œil du cyclone. Cela dit, ces derniers temps on a eu de très belles images d’Eglise depuis l’avènement du pape François. J’aurais aussi tendance à valoriser les choses belles. Je pense par exemple aux Journées mondiales de la jeunesse ; d’où aussi l’importance de grands événements pour le dire.

Le nouveau pape fait de la bonne communication…

C’est un style un peu nouveau qui repose sur beaucoup de valeurs. Son fil rouge, c’est l’attention à l’autre et ce même en dehors de l’Eglise. Son déplacement à Lampedusa, ce lundi à la rencontre de ceux qui sont venus d’Afrique chercher un peu de bonheur en Europe est un signe de plus de son attention pour toutes les formes de la condition humaine. En outre, tout ce qu’il dit, tout ce qu’il fait, l’est toujours avec un grand cœur.

Son appel à la collégialité interpelle aussi le 92e évêque de Liège ?

Oui, car un évêque n’est pas seulement responsable de son diocèse mais aussi coresponsable de l’Eglise universelle. Le fait d’appartenir à une communauté internationale me frappe et me renforce dans ma perception de la validité de l’inspiration  évangélique de toutes les cultures.

L’Eglise doit-elle s’investir davantage dans la culture ?

Elle doit être présente à la culture d’aujourd’hui et entrer en dialogue avec la raison et avec la science. En fait, la foi chrétienne a déjà beaucoup inspiré la culture, quand on pense à Bach ou Haendel ou à tant de grands peintres…

L’évêque de la communauté de Sant’Egidio plaide aussi pour le dialogue interconfessionnel ?

Oui, avec le judaïsme et avec l’islam mais aussi la laïcité. C’est une caractéristique du monde contemporain : cela implique une reconnaissance réciproque. La spiritualité de l’islam peut beaucoup apporter aux chrétiens, il y a une influence du catholicisme social sur le bouddhisme et sur  l’hindouisme. Les chrétiens doivent aussi redécouvrir la valeur de la liberté. Le croyant est interpellé sur la liberté de son choix d’où l’importance du dialogue  qui est porteur pour tous. C’est le sens de la Marche pour la paix qu’organise Sant’Egidio le premier janvier. Lors de sa dernière édition, nous avons tous été marqués par l’intervention sous forme de prière d’une jeune fille musulmane. C’est dans un moment comme celui-là qu’on perçoit l’importance d’un sentiment de reconnaissance.

Mais tous ces dialogues sont pollués par les radicalismes…

Il faut les combattre en se parlant, partout ou c’est possible. Et avec des paroles qui vont au-delà des a priori et des désillusions. Il ne faut pas craindre d’aller à contre-courant…

Tous les samedis, avec d’autres bénévoles, vous servez les repas aux pauvres du Kamiano, le restaurant de Sant’Egidio à Liège. Vous allez continuer ?

Oui, je vais continuer. C’est important pour moi. Le nom de Kamiano a été inspiré par l’exemple du père Damien. C’est ainsi que les indigènes le surnommaient. Damien a travaillé au service des lépreux tout en contribuant à la recherche du vaccin contre cette maladie. Il a invité pour cela de nombreux médecins à Molokaï. Il n’y a pas chez lui de dualité entre l’action immédiate sur les personnes et la recherche de solutions structurelles. Avec le restaurant aussi, nous essayons de ne pas seulement donner une rustine à une personne mais de la mettre en contact avec les réseaux de solidarité qui peuvent la soutenir. La notion d’amitié est aussi importante. Ce n’est pas un self où on vous balance la nourriture sans plus. On vous reçoit en famille et vous pouvez nouer une amitié qui est une clé dans la vie humaine parce que c’est un acte volontaire, raisonné et pas seulement un acte qui résulte de la sensibilité ou des sentiments. Ce n’est pas parce que je suis sensible aux belles blondes ou aux gens qui ont l’accent espagnol ! C’est parce que je vois quelqu’un, même avec ses défauts. Ce que l’Evangile appelle »agapè », c’est l’amour mais aussi l’amitié.

Où en est le chantier des paroisses à Liège ?

Je visiterai les communautés chrétiennes à partir des unités pastorales. Il est important de voir les capacités de chacun à partir d’entités plus grandes et de réunir les compétences à leur service. Cela dit, il est important de maintenir les foyers communautaires locaux : on ne peut négliger la dimension des quartiers et des villages existants. Lors d’une visite à des prêtres liégeois au Brésil, j’ai été frappé par le dynamisme de chapelles de quartier où l’on prie encore intensément. Donc il faut trouver une bonne articulation entre une direction responsable et une certaine décentralisation. Je trouve cela personnellement très stimulant.

Votre messe d’ordination (*) aura-t-elle un thème particulier ?

Elle gravitera autour du thème de mon blason qui s’inspire d’un extrait du psaume 45, « le fleuve, ses bras réjouissent la ville de Dieu » gravé sur les fonts baptismaux de Saint-Barthélemy. Nous l’illustrerons de manière originale lors de la procession des offrandes par l’évocation d’une série de saints qui me sont chers : Damien, Lambert, Julienne de Cornillon".

Référence ici : Mgr Delville : il n’y a plus ni gauche, ni droite 

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Prière pour l’évêque 

O Dieu!
Qui veillez sur vos peuples avec bonté
et qui les conduisez avec amour,
daignez accorder l'esprit de sagesse
et l'abondance de vos grâces
à notre Evêque,
à qui vous avez confié
le soin de notre conduite,
afin qu'il remplisse fidèlement
devant vous les devoirs du ministère pontifical,
et qu'il reçoive dans l'éternité
la récompense d'un fidèle dispensateur.
Par notre Seigneur Jésus-Christ.

Amen
 

__________

Copie de joie8.jpgP1010177.JPG(*)    Le dimanche 14 juillet 2013, 15h00 ,à la cathédrale Saint-Paul à Liège. La consécration a été faite par Mgr Léonard devant près de deux mille personnes, avec le concours de vingt-cinq évêques venus de Belgique mais aussi du Luxembourg, de France, d'Allemagne et d'Italie (le nouvel évêque est membre de la communauté Sant'Egidio).

     Pour la petite histoire,  signalons que l'église du Saint-Sacrement (à gauche, seconde photo) avait prêté les ornements portés par Mgr Léonard (à gauche, première photo) lors de cette célébration.