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20/12/2011

Noël 2011 : Hodie Christus natus est

MÉDITER NOËL AVEC LES PÈRES 

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Voici un beau texte du pape saint Léon le Grand (440-461) : on y voit mis en relief plusieurs points importants pour notre instruction.

Le saint pape commence par rappeler la transcendance de Dieu et le rien que nous sommes ; la foi, conditionnée par une humilité véritable ; la possibilité pourtant d’accéder à une certaine connaissance de l’œuvre divine, grâce à l’Evangile et aux prophètes.

Il nous fait comprendre que la Sainte Ecriture développe son efficacité en nos cœurs par la voix de l’Eglise ; que, bien davantage qu’une assemblée festive, la liturgie est la réalité de la vie du Christ rendue présente aux fidèles, d’année en année, au cours des siècles. « Que n’étais-je là avec mes Francs ! » s’écriait Charlemagne : eh bien, vous y êtes.

Il établit l’autorité des pasteurs sur cette fonction liturgique qui les fait actualiser, réellement, pour les fidèles, la vie du Christ. Cette actualisation ne peut se réaliser que par leur fidélité à transmettre, en effaçant leur moi, les paroles proférées de la part de Dieu, qu’ils ont reçues de bouche à cœur, par tradition apostolique. Insertion légitime dans la lignée apostolique et fidélité au dépôt de la foi : toutes deux indispensables à l’aujourd’hui du Christ.

On peut comprendre dès lors que le chrétien soit un alter Christus : oui, nous sommes un ‘autre Christ’ : le Saint-Esprit, qui transcende le temps, opère pour nous maintenant, par l’Eglise, ce qu’il a opéré autrefois, par Marie.

D’où le besoin où nous sommes de ne pas nous séparer de la volonté de Dieu. Nulle paix pour nous sans cela. Qui n’aime pas ce que Dieu aime, et cherche à se complaire autrement, est en porte-à-faux par rapport à son être Christ, et se coupe par le fait même de tout accès à la paix.

C’est le mystère liturgique évoqué plus haut qui nous permet donc d’adorer bien réellement comme Enfant dans l’humilité de la crèche celui qui siège maintenant dans la gloire à la droite du Père.

Inséparable de sa nature humaine, visible, est sa nature divine, invisible, mais immuable évidemment.

L’Ecriture, dans l’un et l’autre Testament en fait foi, clairement ; à condition de ne pas la lire en s’abandonnant aux conjectures chimériques dont on se persuade ! Le peuple élu lui-même en est tombé dans l’aveuglement, au point de ne pas reconnaître ce qu’il proclame lui-même en relisant les textes sacrés.

C’est donc aussi aux nations, dont nous sommes, qu’a été révélé par la grâce miséricordieuse de Dieu le mystère de l’Incarnation. Le Fils de Dieu par nature a fait de nous des fils de Dieu par adoption : c’est en faisant comme lui la volonté du Père, c’est en l’imitant en toute chose que nous aurons part avec lui à son héritage.

J.-B. T 

Sermon de saint Léon, Pape

Sermon 29

Sur la Nativité du Seigneur 9

 

Chapitre 1

 

La grandeur de l’œuvre divine, mes bien-aimés,

dépasse bien évidemment et surpasse de beaucoup

la capacité de l’éloquence humaine :

et la difficulté d’en parler

provient justement d’où procède la raison de ne pas se taire.

 Car dans le Christ Jésus, Fils de Dieu,

ce n’est pas seulement à l’essence divine,

mais aussi à la nature humaine,

que se rapporte ce qui a été dit par le prophète :

Sa génération, qui en fera le récit (Is 53, 8) ? 

En effet,

que l’une et l’autre substance se soient réunies en une seule personne,

à moins que la foi ne le croie,

la parole ne l’explique pas. 

Et voilà pourquoi jamais matière ne manque à la louange,

car jamais n’y suffit l’abondance de celui qui loue.

  

Réjouissons-nous donc de n’être pas à la hauteur

d’exposer un si grand mystère de miséricorde ;

et tandis que nous ne sommes pas en mesure

d’expliquer la profondeur de notre salut,

sentons qu’il est bon pour nous d’être dépassés.

 

Personne en effet n’approche plus de la connaissance de la vérité,

que celui qui comprend

que dans les choses divines,

supposé même qu’il fasse beaucoup de progrès,

il lui reste toujours de quoi chercher.

 

En effet,

celui qui prétend être parvenu à ce à quoi il tend

ne trouve pas ce qu’il cherche,

mais échoue dans sa recherche.

 

Or, pour que nous ne soyons pas troublés

par les limites de notre insuffisance,

les paroles de l’Evangile et des prophètes viennent à notre secours.

Par elles, nous sommes enflammés et instruits

 de telle sorte que, quant à nous, la nativité du Seigneur,

en laquelle le Verbe s’est fait chair (Jn I, 14),

il ne nous semble pas tant la remémorer comme passée,

que la contempler comme présente.

 

En effet,

ce que l’Ange a annoncé aux bergers

qui veillaient à la garde de leurs troupeaux,

nous aussi avons été comblés de l’entendre.

Et voilà pourquoi nous sommes à la tête des ouailles du Seigneur :

c’est que les paroles proférées de la part de Dieu,

nous les conservons dans l’oreille du cœur,

comme on le dit encore en la fête d’aujourd’hui :

Je vous annonce en bonne nouvelle une grande joie,

qui sera pour tout le peuple :

aujourd’hui vous est né un Sauveur,

qui est le Christ Seigneur,

dans la cité de David (Lc 2, 10).

 

 En couronnement de cette annonce

vient se joindre l’allégresse d’anges innombrables,

afin qu’en soit plus excellent

un témoignage appuyé de la multitude de l’armée céleste.

D’une seule voix, ils disaient en l’honneur de Dieu :

Gloire à Dieu dans les hauteurs,

et sur terre, paix aux hommes de bonne volonté (Lc 2, 14).

 

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C’est donc une gloire de Dieu

que la petite enfance du Christ nouveau-né d’une mère vierge ;

et la restauration du genre humain

est à juste titre ramenée à la louange de son auteur.

Car l’ange Gabriel lui-même,

envoyé par Dieu,

avait aussi dit à la bienheureuse Marie :

L’Esprit saint viendra sur vous,

et la puissance du Très-Haut

vous prendra sous son ombre :

et c’est pourquoi aussi,

l’Être saint qui naîtra de vous

sera appelé Fils de Dieu (Lc 1, 35).

  

Or la paix accordée sur terre

est celle qui produit des hommes de bonne volonté.

En effet, cet Esprit,

par l’opération duquel le Christ

naît des entrailles de sa Mère immaculée,

c’est par lui

que le chrétien renaît du sein de la sainte Eglise.

Pour ce dernier, la vraie paix,

c’est de ne pas se séparer de la volonté de Dieu,

et de ne se complaire qu’en les seules choses que Dieu aime.

 

 

Chapitre 2

 

Célébrant donc, mes bien-aimés,

l’anniversaire de la naissance du Seigneur

― jour d’élection entre tous les jours des temps passés ―,

bien que soit révolu le déroulement des actions corporelles,

tel qu’il avait été disposé d’avance dans le dessein de Dieu,

et bien que toute l’humilité du Rédempteur

ait été transportée dans la gloire de la majesté du Père,

afin qu’au nom de Jésus

tout genou fléchisse,

au ciel, sur terre et aux enfers,

et que toute langue proclame

que le Seigneur Jésus

est dans la gloire de Dieu le Père (Phil 2, 10, 11),

nous ne cessons pourtant pas d’adorer l’Enfant même

de la Vierge qui nous apporte le salut.

Et cette indissoluble unité du Verbe et de la chair,

ce n’est pas moins au creux de la crèche

que nous la recevons,

que siégeant sur le trône de la souveraineté du Père.  

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Immuable en effet est la Divinité :

quoiqu’elle retînt à l’intérieur de soi-même son éclat et sa puissance,

ce n’est pas pour autant toutefois qu’elle ne fut pas présente

dans ce nouveau-né,

sous prétexte qu’elle ne paraissait pas au regard humain.

 

Ainsi,

par ses origines singulières d’homme véritable,

on allait le reconnaître né,

celui qui était le Seigneur et le fils du roi David.

C’est lui qui chante en effet dans une inspiration prophétique :

Le Seigneur a dit à mon Seigneur :

Siège à ma droite (Ps 109, 1).

Par ce témoignage,

ainsi que le rapporte l’Evangile,

a été réfutée l’impiété des Juifs.

 

En effet,

 

Jésus demandant aux Juifs

de qui ils disaient que le Christ était le fils,

ils avaient répondu :

de David.

Le Seigneur, leur reprochant aussitôt leur aveuglement, dit :

Comment donc David, mû par l’Esprit, l’appelle-t-il Seigneur,

quand il dit :Le Seigneur a dit à mon Seigneur :

Siège à ma droite (Mt 22, 43) ?

 

Vous vous êtes coupé la voie d’intelligence, ô Juifs,

et tandis que vous ne considérez que la seule nature de la chair,

vous vous êtes privés de toute lumière de vérité.

 

En effet,

 

attendant le fils de David de sa seule souche corporelle,

selon les conjectures chimériques dont vous êtes persuadés,

tandis que vous avez mis votre espoir en un homme sans plus,

vous avez rejeté Dieu, Fils de Dieu.

Ainsi,

ce qu’il nous est glorieux, à nous, de proclamer,

pour vous,

cela ne peut vous servir de rien.

 

Car nous aussi,

quand on nous demande de qui le Christ est le fils,

nous proclamons par la voix de l’Apôtre

qu’il est né de la race de David selon la chair (Rom 1, 2).

Aussi sommes-nous instruits à son sujet

au début de la prédication de l’Evangile,

quand nous lisons :

Livre de la généralogie de Jesus-Christ,

fils de David (Mt 1, 1). 

 

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Mais voici pourquoi nous nous démarquons de votre impiété :

c’est que celui que nous savons né homme,

de la postérité de David,

celui-là,

selon que le Verbe s’est fait chair (Jn I, 14),

nous le croyons Dieu coéternel à Dieu le Père.

Ainsi donc,

si tu étais à la hauteur, ô Israël, de la dignité de ton nom,

et si tu parcourais les révélations des prophètes

d’un cœur sans aveuglement,

Isaïe te découvrirait la vérité de l’Evangile,

et ce n’est pas sourd que tu l’entendrais dire

par inspiration divine :

Voici qu’une vierge concevra,

et mettra au monde un fils,

et il sera nommé Emmanuel,

ce qui veut dire Dieu-avec-nous (Is 7, 14 ; Mt 1, 23).

 

Et si tu ne le voyais pas dans la si grande précision du nom sacré,

du moins aurais-tu appris à le connaître dans la parole de David,

pour ne pas nier,

contre le témoignage du Nouveau Testament et de l’Ancien,

Jésus-Christ, fils de David,

que tu ne reconnais pas pour Seigneur de David.

 

Chapitre 3

 

Voilà pourquoi, mes bien-aimés,

vu que,

par la grâce ineffable de Dieu,

l’Eglise des fidèles des nations a obtenu

ce que la Synagogue des Juifs

jugeant d’après la chair 

n’a pas mérité,

selon ce que dit David :

Le Seigneur a fait connaître son salut :

en présence des nations,

il a révélé sa justice. (Ps 92, 2) ;

et selon ce que prêche Isaïe :

Le peuple qui était assis dans les ténèbres

a vu une grande lumière ;

sur ceux qui habitaient

dans la région de l’ombre de la mort,

une lumière s’est levée, pour eux (Is 9, 2) ;

 

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et encore :

Les nations qui ne vous connaissaient pas

vous invoqueront,

et les peuples qui vous ignoraient

se réfugieront auprès de vous (Is. 55, 5) :

         tressaillons d’allégresse au jour de notre salut, et,

élevés par la Nouvelle Alliance à partager le sort

de celui à qui le Père dit par le prophète :

Tu es mon Fils,

moi, aujourd’hui, je t’ai engendré.

Demande-moi,

et je te donnerai les nations pour héritage,

et pour domaine les confins de la terre (Ps 2, 7),

glorifions-nous de la miséricorde de celui qui nous prend en adoption.

Car,

comme le dit l’Apôtre :

Vous n’avez pas reçu un esprit d’esclaves

pour retourner à la crainte,

mais vous avez reçu un esprit de fils d’adotion,

dans lequel nous crions : Abba, Père ! (Rom 8, 15).

 

Il est juste en effet, et convenable,

que la volonté du Père

qui fait un legs

soit accomplie par ses fils d’adoption ;

et, selon ce que dit l’Apôtre :

Si nous souffrons avec lui,

avec lui aussi nous serons glorifiés (Ibid. 17),

que partagent l’humilité du Christ,

ceux qui vont partager l’héritage de sa gloire (cf. Rom 8, 3).

 

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Que le Seigneur soit honoré en sa petite enfance,

et qu’on ne tienne pas pour injure à sa Divinité

sa naissance et sa croissance corporelles :

car à sa nature immuable,

notre nature n’ajoute, ni ne retire rien.

Mais celui qui

dans une condition semblable à la chair de péché

a daigné partager la forme humaine

demeure égal au Père

dans l’unité de la Divinité.

C’est avec lui,

et avec le Saint-Esprit,

qu’il vit et règne pour les siècles des siècles. Amen.

 

(Traduction par nos soins)