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04/10/2016

Notes de lecture (in" Verité et Espérance-Pâque Nouvelle", n°100, automne 2016)

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Notes de lecture:

Les racines juives de la messe par Jean-Baptiste Nadler

« Nous pouvons avoir parfois tendance à oublier que tous les premiers chrétiens étaient des Juifs, et des Juifs pratiquants. Du point de vue formel, cette vérité historique explique le lien qui existe entre les rites juifs et les rites chrétiens. Même après la résurrection de Jésus, nous voyons les premiers disciples accomplir les rites de la liturgie du Temple, fréquenter la synagogue et observer les prescriptions quotidiennes avec plus ou moins de fidélité [...]. Les premiers chrétiens n’ont pas créé leur liturgie ex-nihilo : ils ont progressivement transformé de l’intérieur leur manière juive de prier [...]. Parmi ces premiers chrétiens, certains sont en outre de véritables spécialistes du culte juif. À cet égard, le livre des Actes des Apôtres fourmille de petits détails rarement relevés. Il précise par exemple qu’une « grande foule de prêtres juifs parvenaient à l’obéissance de la foi » (Ac 6, 7), c’est-à-dire devenaient chrétiens en recevant le baptême ; en entrant dans l’Église, ils apportaient donc avec eux leur connaissance intime de la liturgie du Temple. D’autres étaient lévites, comme Barnabé, « lévite originaire de Chypre » (Ac 4, 36). D’autres encore étaient chefs de synagogue » (pp. 51-52).

Ces extraits du livre résument parfaitement le propos de l’auteur : expliciter comment et pourquoi Jésus est venu « accomplir et non pas abolir » (Mt 5, 17) la Révélation de l’Ancienne Alliance, sachant que cet accomplissement – qui se réalise d’une manière imprévisible - est aussi un dépassement. Langue, architecture, vêtements, rites liturgiques (lectures, processions, offrande, encensement, lavabo, rites de communion, bénédiction), le père Nadler passe en revue les aspects de la messe qui trouvent leurs racines dans les rites juifs antiques, d’avant la destruction du Temple en 70.

VE PN 100 racines juives de la messe photo.jpgCe petit ouvrage d’accès aisé, très bien documenté, fourmille de détails passionnants ; il vient combler un certain vide culturel et cultuel contemporain ; il corrige aussi bien des préjugés, notamment ceux qui consistent à croire que la « messe de toujours » n’a pas commencé un certain jeudi, il y a environ deux mille ans, mais en décembre 1563 à la clôture du concile de Trente, ou bien que la messe est un produit dérivé de la foi personnelle du curé ou un objet d’expérimentation de « l’équipe liturgique »...

Jean-Baptiste NADLER, Les racines juives de la messe, Éditions de l’Emmanuel, 2015, 124 p., 12 €.

 

Le testament du Roc par Denis Marquet. Roman historique. 

VE PN 100 testament du roc photo.jpgEn 65 après Jésus-Christ, dans un cachot sordide de Rome, le hasard a réuni deux hommes que tout oppose : le rédacteur du récit, un certain Cletus, jeune rhéteur romain, désabusé, jouisseur, ancien favori de l’empereur Néron, et un Parthe malade, initié aux mystères de Zarathoustra, qui attend la mort avec une indifférence hautaine. Survient alors un troisième homme : Shimon. Cet homme n’est pas comme les autres, il se dégage de ce vieux juif une paix profonde et une lumière intérieure qui va peu à peu délier les langues et les cœurs. Les deux prisonniers prient Shimon de leur raconter comment il en est arrivé à les rejoindre en prison. L’histoire de ce Shimon est celle de Simon-Pierre, ancien pêcheur en Galilée et disciple de Yeshoua le Nazaréen.

Le récit est supposément connu par les chrétiens, mais l’auteur réussit à faire redécouvrir l’histoire extraordinaire de la Rédemption à partir d’un point de vue original – celui d’un vaillant et modeste pêcheur souvent dépassé par les événements –, tout en évitant les écueils habituels aux romans historiques religieux. S’il serre au plus près la vérité historique et les dialogues transmis par les évangiles, Denis Marquet n’hésite pas à « raccorder » logiquement entre eux, certains faits ou paroles isolés ou inexpliqués, sans céder toutefois aux tentations d’ésotérisme de pacotille, de rationalisme borné ou de traditionalisme servile ; son talent de narrateur est au service d’un projet spirituel : montrer la fascinante et déconcertante nouveauté des paroles, des actes et de la vie du Messie, hier et aujourd’hui encore. Car les hésitations, les questionnements, les revirements, les enthousiasmes, les émotions du pêcheur de Galilée et de ses compagnons d’aventure deviennent les nôtres et on ne se lasse pas de suivre le brave Shimon dans ses pérégrinations ; sa sincérité naïve, sa touchante générosité et son humilité déconcertante illustrent mieux l’âme humaine saisie par Dieu que les ambitieuses démonstrations apologétiques.

L’ouvrage est suivi d’un intéressant appendice où l’auteur nous invite « dans les cuisines du roman ». Ce roman facile à lire, profond et revigorant, est une belle découverte.

Denis MARQUET, Le testament du Roc, Flammarion, 2016. 533 p., 21,90 €.

 

Pierre-René Mélon

 

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